Accueil » Actualités » Avec Jean-Luc Mélenchon, « L’UE, on la change ou on la quitte », mais surtout on la quitte

Avec Jean-Luc Mélenchon, « L’UE, on la change ou on la quitte », mais surtout on la quitte

Voulez-vous instaurer un contrôle des capitaux en France, faire défaut sur notre dette publique et quitter l’Union Européenne? Votez Mélenchon!

A une semaine du premier tour des élections, nous découvrons avec stupeur que beaucoup de citoyens soutenant Jean-Luc Mélenchon ignorent totalement son programme européen. Au sujet de notre prise de position en faveur d’Emmanuel Macron ou de notre poisson d’avril, nous avons été largement interpellés sur les réseaux sociaux et sur notre site par des gens s’apprêtant à voter pour lui, et nous soutenant mordicus qu’il ne propose pas une sortie de l’Europe. Pourtant son programme prévoit, en toutes lettres et dans tous les cas de figure, un référendum sur la sortie de l’Union européenne.

Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, sa montée très récente dans les sondages fait que ses propositions ne sont en réalité pas connues de beaucoup de gens qui le découvrent, d’autant qu’il s’applique désormais à ne plus être le candidat « du bruit et de la fureur ».

La première partie de cette article est donc strictement consacrée à la description du programme de Jean-Luc Mélenchon, dans ses propres termes et sans appréciation de notre part. Ce n’est que par la suite que nous le commenterons, et que nous expliquerons surtout en quoi nous le trouvons, disons problématique.

  1. Le programme de Jean-Luc Mélenchon: « L’UE, on la change ou on la quitte »

La phrase en titre, qui résume les propositions de Jean-Luc Mélenchon, n’est pas de nous mais directement tirée du programme.

Jean-Luc Mélenchon propose une approche en deux phases, qu’il baptise Plan A et Plan B.

Le Plan A, c’est la renégociation des Traités européens, pour permettre la mise en place de la politique qu’il préconise et de manière générale recouvrer la souveraineté populaire. En cas d’échec interviendrait le Plan B, qui est la sortie de l’Union européenne (et pas seulement de l’Euro)

La sortie des traités européens actuels s’impose à nous. Ce sera nécessairement un rapport de force, notamment avec le gouvernement allemand. Nous proposons donc une stratégie de gouvernement en deux temps avec un plan A et un plan B en cas d’échec du plan A. Le plan A, c’est la sortie concertée des traités européens par l’abandon des règles existantes pour tous les pays qui le souhaitent et la négociation d’autres règles. Le plan B, c’est la sortie des traités européens unilatérale par la France pour proposer d’autres coopérations.

Quelle est l’ampleur de la renégociation souhaitée?

  • Mettre fin à l’indépendance de la Banque centrale européenne, modifier ses missions et statuts, autoriser le rachat de la dette publique directement aux États, interdire à la BCE de couper les liquidités à un État membre. Sans attendre, la Banque de France sera mise au service de ces objectifs
  • Dévaluer l’euro pour revenir à la parité initiale avec le dollar
  • Mettre au pas la finance, prohiber les instruments financiers toxiques, taxer les transactions financières, contrôler les mouvements de capitaux pour empêcher les attaques spéculatives
  • Organiser une conférence européenne sur les dettes souveraines débouchant sur des moratoires, une baisse des taux d’intérêt, des rééchelonnements et annulations partielles
  • Arrêter la libéralisation des service publics (rail, énergie, télécoms…)
  • Mettre en place un protectionnisme solidaire : arrêt de la libre circulation des capitaux et des marchandises entre l’UE et les pays tiers, arrêt des politiques de libre-échange qui ruinent les économies en développement et détruisent l’industrie européenne, autorisation des aides d’État aux secteurs stratégiques
  • Mettre fin au dumping à l’intérieur de l’UE par une politique volontariste et rapide d’harmonisation sociale et fiscale par le haut dans toute l’UE avec inscription d’une clause de non-régression des droits sociaux
  • Refonder la politique agricole commune pour garantir l’autosuffisance alimentaire, la relocalisation et l’agriculture écologique et paysanne
  • Abandonner le marché carbone et mettre en œuvre une véritable politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre avec des critères de convergence impératifs

En cas d’accord, le résultat des négociations sera soumis à référendum au peuple français qui décidera souverainement de sa participation à l’Union européenne refondée ou de la sortie.

Il en ressort donc qu’en cas de succès des négociations aura lieu un référendum sur la sortie de l’Union Européenne, ou le maintient dans une UE refondée. En cas d’échec des négociations aura également lieu un référendum sur la sortie de l’Union européenne, ou le maintient dans l’Union existante.

Avons-nous mal compris? Voici ce qu’en disent les porte-parole de Jean-Luc Mélenchon:

Jacques Généreux, qui a corédigé le programme économique et européen:

Les mesures unilatérales de sortie des traités de stabilité, détachement des travailleurs, etc… sont justifiées car l’Europe n’existe déjà plus: « Notre Union est en voie de dislocation. La question n’est donc plus de savoir s’il faut sortir ou non d’une Union déjà morte. Elle est de savoir comment redonner un souffle à un vrai projet de coopération européenne. »

Ce trait de plume ayant permis d’effacer d’un seul coup toute la construction européenne existante, on peut tourner les yeux vers l’avenir: « Si nous n’avions le choix qu’entre la soumission sans conditions à des traités toxiques ou le retour à la souveraineté monétaire, nous demanderions au peuple français de décider. Mais nous avons un autre choix, car nous ne sommes pas dans la situation de la Grèce, et parce que personne ne veut que la France sorte de quoi que ce soit car, encore une fois, ce serait juste la fin de l’euro et de l’UE. La France, tout en restant formellement dans l’euro, peut prendre toutes les mesures et les libertés qui l’autorisent à mener une autre politique.  »

Au passage, seul le rapport de force est de nature à produire le changement, les procédures démocratiques ne pouvant y parvenir. Sur le projet d’Assemblée défendu par Hamon: « Le PS croit aux miracles, espérant qu’un jour l’Europe sera à gauche toute et qu’un accord unanime pourra alors intervenir pour une refondation progressiste de l’Europe. […] Et quand bien même nous aurions cette fameuse Assemblée parlementaire de la zone euro, quel serait son pouvoir d’inverser la marche de l’Europe si elle est constituée de députés majoritairement de droite ou de la fausse gauche centriste qui, à ce jour, a soutenu l’Europe des marchands ? Non, je crois qu’il faut surtout instaurer un rapport de force.  »

En résumé: sortie unilatérale de tous les points qui dérangent dans l’UE, puis tentative d’imposer un rapport de force en menaçant de faire exploser l’Euro, et en définitive en cas d’échec, sortie de l’UE.

Pour sa porte-parole Danielle Simmonet, « C’est pas un chantage à l’Europe. Si Jean-Luc Mélenchon est élu sur un programme anti-austérité, d’investissements, de planification écologique, il faut qu’il puisse mener sa politique. […] A l’issue des négociations avec l’Union européenne, le peuple tranchera »

Donc Sauvons l’Europe assure ici la publicité du programme de Jean-Luc Mélenchon, pour tous ceux qui l’ignorent. Il se joue en trois phases: d’abord dénonciation unilatérale de tous les traités européens non conformes aux souhaits de l’éventuel nouvel élu, puis négociations pour une nouvelle Europe de Gauche sur la base d’une menace de faire exploser l’Euro, puis référendum sur la sortie de l’Europe (nouvelle ou ancienne).

Par ailleurs, comme il est anticipé que ça se passe mal, un contrôle des capitaux est mis en place dès l’arrivée au pouvoir et avant même le début des négociations.

2. Dans les faits, un programme anti-européen

Débutons ici le commentaire. En réalité, et sous les précautions oratoires d’un pro-européanisme farouche, ils s’agit bien tout simplement de quitter l’Union européenne. Quelque soit le résultat des négociations, ce choix sera soumis aux Français, et en cas d’échec des négociations ce sera explicitement dans le but du Frexit.

Or nous ne pouvons douter, au vu des expériences précédentes, que ces négociations menées le couteau sous la gorge seraient un échec, compte tenu de l’ampleur de la réorientation à effectuer. Jean-Luc Mélenchon et ses porte-parole assument totalement d’ailleurs que cette réorientation en correspond pas aux programmes politiques démocratiquement choisi des autres pays européens, qui ne peuvent donc y consentir que sous la contrainte.

Sans même discuter du caractère fraternel d’une tel méthode, rappelons que la Grèce et le Royaume-Uni viennent de la tester successivement, avec fort peu de succès.

Ce qui nous est proposé ici n’est donc pas un exercice de refondation démocratique, mais un pur rapport de force entre gouvernements qui ne tient pas compte des volontés des peuples concernés, et qui a toutes les chances d’aboutir à la destruction de l’Europe existante.

On nous vend sur les décombres de l’Europe institutionnelle les jeunes pousses d’un nouveau printemps européen des peuples. En réalité, si la France contraint à l’explosion de l’Europe nous serons face à une crise économique violente pour les pays concernés, des mesures d’urgence de type contrôle des capitaux (comme le prévoit le programme de Jean-Luc Mélenchon), et une acrimonie durable entre pays européens victimes de ce coup de force. Sans doute pas les bases idéales pour reconstruire dans la fraternité. C’est à un Brexit puissance cent que nous convie Jean-Luc Mélenchon.

3. Le Mythe de l’austérité

Tout ce programme repose sur le mythe d’une austérité européenne antidémocratique qui a écrasé la France de François Hollande et à laquelle il faudrait se soustraire. Il faut à un moment dire franchement les choses: c’est un mythe!

Prenons d’abord au niveau européen les calculs d’Andrew Watt, dont nous reprenons ici les schemas:

Voici la part des dépenses publiques dans le PIB. Il est assez aisé de constater que malgré tous les discours, l’UE (en bleu foncé) n’est pas la terre promise de l’austérité ultralibérale, pas vraiment:

Le fait est que les seuls pays qui se sont vus imposer une politique budgétaire d’austérité sont ceux qui ont perdu l’accès aux marchés financiers pour payer leurs déficits et ont demandé aux autres pays membres de les aider à payer leurs fins de mois. Pour les autres, chacun est demeuré libre grâce à une application « intelligente » des traités (ce sont les termes même de la Commission). Ils ont pu décider tous seuls de se l’infliger, comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni, mais c’était leur choix propre.

Prenons la France de François Hollande: le déficit public est passé de 4,8% en 2012 à 3,4% en 2016. Si ce n’est pas une austérité massive ! Dans le même temps, la dépense publique a dépassé la barre des 57% du PIB. C’est à dire que sur le graphisme ci-dessus, la courbe de la France serait en dehors du cadre visible. Les dépenses consacrées à la protection sociale en particulier, ont augmenté d’un point du PIB ce qui montre bien que le spectre de Bruxelles n’a pas été une entrave majeure pour la politique sociale de François Hollande.

Ensuite le mythe des chaînes de la dette. Nous vivons dans un discours « de gauche » sur le fait que la dette nous rend prisonnier des institutions financières, que ce boulet passé prend désormais l’essentiel de nos ressources vives, etc… Dans les termes du programme de Jan-Luc Mélenchon, c’est un « rançonnage » dont il faut « déterminer la part illégitime et préparer un réaménagement négocié (échelonnement des remboursements, baisse des taux d’intérêt, annulation partielle…)« . Au passage rappelons que la dette est in fine principalement détenue par des ménages français et européens et pas par une finance anonyme et désincarnée. Merci pour eux.

Voici la part du PIB que nous consacrons aux intérêts de la dette:

Avec une dette publique qui a doublé sur la même durée, pour mesurer l’ampleur du rançonnage. L’Europe, et la BCE, ne sont donc pas vraiment des machines à enrichir les marchés financiers à travers la traite de la dette publique.

Terminons ici facétieusement sur le programme budgétaire de Jean-Luc Mélenchon. Nous pouvons douter de son chiffrage, ne serait-ce que parce qu’il repose sur l’hypothèse d’un choc positif du programme d’investissement de 100 milliards  et d’une augmentation de la dépense publique de 170 milliards, qui auraient un effet de multiplicateur keynesien entre 2 et 3 (ce qui nous situe un peu dans l’ordre du miraculeux), alors que Jean-Luc Mélenchon prépare par ailleurs un choc négatif de sortie de l’Union européenne qui ne sera sans doute pas le meilleur contexte pour une relace de la croissance. Mais prenons ce chiffrage tel quel. Il prévoit de parvenir à réduire la dette publique à 87% du PIB en 2022 (soit une diminution de 10%!!) et le déficit à 2,5%. Ceci passerait par une relance à 4,8% de déficit la première année du mandat (soit la position de déficit qu’a trouvée François Hollande à son arrivée). Le solde budgétaire de l’Etat serait même excédentaire en fin d’exercice (grâce à 30 milliards d’impôts nouveaux, notamment).

En somme, il s’agit après une première année de relance de se trouver dans une position de départ en termes de déficits et de dette équivalente ou pire que celle que François Hollande a trouvée en 2012. Puis de gérer l’économie et le budget sur le reste du quinquennat de manière tellement responsable qu’on se trouverait dans une position plus vertueuse en fin de mandant, notamment en augmentant fortement les impôts.

Et au final de respecter les critères européens du Traité de stabilité.

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
x

A lire aussi

Union européenne des territoires : les élus locaux se mobilisent pour redonner son sens au projet européen

Face au développement des mouvements populistes et europhobes au sein de l’Union ...