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Barroso champion d’Europe

José Manuel Barroso, dernier Président de la Commission non élu et désigné par ses pairs après l’échec de la constitution d’une autre majorité parlementaire en 2009 , rejoint Goldman Sachs en qualité de Président non exécutif pour conseiller cette banque sur la meilleure manière de conserver son passeport européen dans la tourmente du Brexit.

Sur le papier, rien à dire. Les règles anti-pantouflage ne courent que pendant les 18 mois suivant la fin du mandat des commissaires. Mais le cas est un peu fort de café: Goldman Sachs a été au coeur du système des subprimes qui a débouché sur la crise actuelle et a aidé la Grèce à camoufler sa dette, tout en spéculant sur celle-ci. Or Barroso a été avant la crise l’un des plus grands défenseur d’une industrie financière peu régulée en Europe. Et quand la crise a mis à nu les problèmes posés par ce secteur, il a fait preuve d’un manque d’empressement certain pour y remédier, freinant puis arrêtant les propositions de Michel Barnier, Commissaire au marché intérieur.

On peut donc avoir des craintes de deux ordres, comme souvent dans de tels cas. Pour le passé, l’indulgence particulière de M. Barroso pour le secteur financier ne risque-t-elle pas rétrospectivement d’être lue comme intéressée par des perspectives de carrière ultérieures? Et pour le futur, M. Barroso se limitera-t-il à fournir des conseils tirés de sa grande expérience ou bien sera-t-il lobbyiste au profit de Goldman Sachs? Cette situation est extrêmement difficile à accepter de la part d’un responsable d’un tel niveau.

Nous estimons que l’article 245 du Traité sur le Fonctionnement de l’Union Européenne permet de prendre en compte cette situation parfaitement exceptionnelle.

Article 245

Les membres de la Commission s’abstiennent de tout acte incompatible avec le caractère de leurs fonctions. Les États membres respectent leur indépendance et ne cherchent pas à les influencer dans l’exécution de leur tâche.

Les membres de la Commission ne peuvent, pendant la durée de leurs fonctions, exercer aucune autre activité professionnelle, rémunérée ou non. Ils prennent, lors de leur installation, l’engagement solennel de respecter, pendant la durée de leurs fonctions et après la cessation de celles-ci, les obligations découlant de leur charge, notamment les devoirs d’honnêteté et de délicatesse quant à l’acceptation, après cette cessation, de certaines fonctions ou de certains avantages. En cas de violation de ces obligations, la Cour de justice, saisie par le Conseil, statuant à la majorité simple, ou par la Commission, peut, selon le cas, prononcer la démission d’office dans les conditions de l’article 247 ou la déchéance du droit à pension de l’intéressé ou d’autres avantages en tenant lieu.

M. Barroso perçoit de l’Union européenne une pension destinée à lui éviter toute tentation néfaste. Il semble dans les circonstances présentes mettant en doute sa loyauté et sa délicatesse que celle-ci ne devrait plus lui être versée. Sauvons l’Europe examine comment mettre en place la procédure de l’article 245 et va en saisir le Parlement européen aux fins d’une déclaration écrite.

À propos Sauvons lEurope

Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire
  • Claude DERHAN

    Barroso consultant pour le grand capital, il ne manquait plus que ça ! J’espère que Sauvons l’Europe va mettre ce problème sur la place publique de façon tonique. Merci.

  • Bug Danny

    Si Goldmann Sachs dirige l’Europe… Pôv Grecs, ils ne sont pas sortis des ronces. Et ils vont y être rejoints par d’autres. Et pour tous les autres, l’austérité a encore de beaux jours devant elle. Mais c’est pas grave, les riches seront encore plus riches, et les pauvres encore plus pauvres !

  • Danielle Dinis Foucaut

    Ce type, c’est l’indécence en personne. Au Portugal, au moment des élections présidentielles, personne n’est allé le proposer pour se candidater . Il a lâché le pays alors qu’il était premier ministre de droite, qu’il avait aidé Bush et Blair á organiser leur attaque à l’ Irak en 2003… réunissant tous ces « va-t’en guerre » aux Açores, à l’aéroport des « Lages » – Ilha Terceira – C’est pour ça d’ailleurs qu’on l’a choisi ensuite, pour présider la Commission à Bruxelles, pour être le petit toutou bien obéissant aux ordres de « Shaübble-Merkel »… c’est fou ce qu’on l’aime ici…

    • Gerard Vernier

      Je n’ai pas de problème avec l’orientation générale de vos remarques. Juste quelques nuances d’ordre historique: lorsque M.Barroso a été désigné comme futur président de la Commission en juin 2004, Mme Merkel n’était pas encore chancelière et M.Schaüble pas encore ministre; en revanche, ils ont exercé ces fonctions en 2009, lors de la reconduction de M.Barroso pour un second mandat. En fait, en 2004, la « poussée déterminante » en faveur de sa candidature est essentiellement venue de Londres, qui préférait un postulant beaucoup moins dérangeant que le très fédéraliste Verhofstadt, ancien Premier ministre belge. Je saisis l’occasion pour souligner que ce dernier a récemment publié chez Plon un ouvrage dense mais de lecture aisée sous le titre « Le mal européen », dans lequel, en se réclamant de l’héritage des Pères fondateurs ,il stigmatise un certain nombre de dérives du projet européen.

      • DFD

        Merci pour ces précisions. En effet, il a fait deux mandats et au début, Merkel n’était pas encore aux manettes. Mais ce qui est certain, c’est qu’on l’a choisi pour être celui qui ne ferait pas de remous et qui accepterait tout ce que voudraient les vrais déciseurs de cette Europe en faillite.

  • pap 63

    “On peut donc avoir des craintes de deux ordres, comme souvent dans de tels cas. Pour le passé, l’indulgence particulière de M. Barroso pour le secteur financier ne risque-t-elle pas rétrospectivement d’être lue comme intéressée par des perspectives de carrière ultérieures? Et pour le futur, M. Barroso se limitera-t-il à fournir des conseils tirés de sa grande expérience ou bien sera-t-il lobbyiste au profit de Goldman Sachs? Cette situation est extrêmement difficile à accepter de la part d’un responsable d’un tel niveau.“
    En fait cela n’est que le reflet du fonctionnement de l’institution qui privilégie l’argent et de la situation actuelle où chacun cherche à défendre ses propres intérêts au lieu de coopérer à un bien-être commun.
    Cela est aussi conforme avec la place faite aux lobbyistes tant au sein de l’UE qu’auprès des institutions nationales.
    C’est une forme de corruption.
    Il rejoint les autres personnalités qui usent et abusent de leur carnet d’adresses.

  • Jlcatalan

    Apres avoir été une calamité présidentielle, Barroso va à la soupe!
    Calamité comme Président de la Commission, 10 ans à lécher les semelles des puissants qui l’avaient promu, 10 ans à dire RIEN mais en plusieurs langues, 10 ans sans idée, sans esprit, 10 ans perdus pour l’Europe avec la domination de l’intergouvernemental et la quasi-disparition de la Commission moteur de l’Europe sous Delors.
    La soupe chez Goldman Sachs: Elle n’est pas meilleure que chez BNP ou D.Bank, mais elle est certainement tres bien payée. L’appât du gain de Barroso, il n’y avait que Goldman Sachs pour achete r Barroso, qui vend l’Europe pour une poignée de noyaux. Ce n’est pas Barroso que vend Barroso, c’est l’Union Européenne , son idée, son ethique. Ethique, voilà un mot que. barroso n’utilise ni ne pratique .
    Vomitif.

  • jean-Pierre darmon

    Très bon article, et s’il existe des instruments juridiques pour sanctionner Barroso, il faut les mettre en œuvre. Bravo à Sauvons l’Europe.

  • Alain COHEN ADAD

    Très bonne analyse des enjeux de ce pantouflage honteux. La polémique prend de l’ampleur à juste titre. Pourquoi ne pas lancer une pétition demandant au parlement européen d’interdiction de tout contact entre un membre de toute structure de l’Union Européenne et Barroso, ainsi qu’une suppression de sa retraite européenne.

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