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Débat européen à la télévision ? Amendement déposé !

Il y a deux ans, un collectif d’associations et de responsables politiques remettait à France Télévisions la pétition Plus d’Europe à la télé. Dans la foulée, nous avions proposé à Sylvie Guillaume, vice-présidente du Parlement européen, d’interroger la Commission sur ses relations aux grands médias. Jean-Claude Juncker avait répondu que les commissaires étaient désormais fortement incités à défendre leur action dans les médias.

Nous avons depuis continué ce combat. Entendons-nous bien. L’enjeu n’est pas une présence plus importante des sujets européens dans les grands médias, qui reçoivent aujourd’hui par la force de la crise une certaine attention. L’enjeu est que ce débat se conduise moins dans des espaces nationaux clos et devienne un véritable espace européen de débat. Ce point est essentiel dans l’émergence d’une véritable démocratie européenne. Depuis les dernières élections de 2014, le Président de la Commission est issu des urnes et son action politique repose sur une coalition parlementaire. Mais un véritable mandat démocratique ne peut être issu que d’une confrontation des grandes options politique entre les différentes familles de pensée en Europe.

Contrairement à ce qui est parfois imaginé, il n’est point besoin de réinventer la roue. Nous avons construit nos démocraties nationales petit à petit, en nous appuyant sur un certain nombre de dispositifs techniques. Ces dispositifs existent aujourd’hui et sont d’un usage courant ; il n’est besoin que de les appliquer quasi tels quels à la sphère européenne.

L’un de ces éléments est le contrôle de l’équilibre des temps de parole dans les grands médias entre les différents partis politiques. Nous l’avons confié au Conseil supérieur de l’audiovisuel, qui opère un décompte qu’il transmet notamment aux Présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat. Le CSA a adapté ce dispositif aux élections locales pour respecter l’équilibre politique particulier de ces élections.

Nous remercions le sénateur EELV André Gattolin d’avoir bien voulu déposer un amendement à la loi dite Egalité et citoyenneté, qui doit venir en discussion cette semaine. Son objet est simple : il s’agit pour le CSA d’opérer un décompte des temps de parole particulier aux questions européennes, comme il le fait pour les élections locales, et d’en transmettre le résultat au Président du Parlement européen.

Cet amendement est d’allure modeste et technique. Mais pris ensemble avec d’autres mesures simples, nous espérons qu’il puisse faire évoluer le débat européen vers un véritable affrontement entre lignes politiques européennes.

Parmi ces derniers, citons par exemple les points suivants :

  • Une table ronde des acteurs débouchant sur une approche commune sur les conditions d’existence d’un débat politique européen dans les médias.
  • Le rôle des opérateurs de service public, le cas échéant en précisant les articles 14 et 16 du cahier des charges de France Télévisions.
  • Les obligations des autres chaines, à travers leurs autorisations d’émission (par exemple une précision de l’article 7 de la Convention d’autorisation de TF1).

Soutenez-nous, signez la pétition !

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
  • Jlcatalan

    Allez au bout de votre suggestion, suggérez un format!
    Est-ce si simple?

  • Enroute

    Pas d’accord. Tant que vous n’avez pas l’adhésion des populations, vous n’atteindrez aucun résultat. Les citoyens sont complètement largués et ne font confiance ni aux responsables politiques, ni aux médias. Faire intervenir ces derniers accroît l’incompréhension et la défiance. Commençons par exposer les thèses des universitaires aux Français avant que des politiques s’en emparent. Le pb est de formation. La politique vient après. La démocratie se fait systématiquement dans le dos des citoyens. Le pb de l’Ue sera résolu quand les populations comprendront les possibilités qui s’offrent à elles et qui doivent être préparées avec elles. Personne ne sera capable intellectuellement, linguistiquement, matériellement (temps, argent) de suivre un débat trilingue ou quadrilingue. Et s’il se fait en anglais, c’est encore pire. Vous accroissez le gouffre entre des élites qui prétendent savoir ce qu’il faut faire alors que la démocratie implique l’investissement de tous. Qui sait ce qu’il faut faire ? Si le projet européen est une démocratie internationale, personne ne sait comment elle va se matérialiser. Le projet dépasse largement une vie humaine et on veut le mener à fond de train. S’il est démocratique, oublions l’idée que quelques uns se rencontrent quelque part pour discuter de sujets aux contours aussi flous que les idées de ceux dont ils prétendent avoir mandat d’agir. Ils n’auront ce mandat que quand les populations le leur auront donné. Le projet européen est une grande et belle chose, le faire sans les populations est criminel.

    • Pour le coup, pas d’accord: la connaissance des citoyens ne peut se faire uniquement par une diffusion des connaissances universitaires; elle intervient dans les faits à l’occasion et autour du débat démocratique. ceci signifie que ce débat doit faire l’objet de mesures de protection, précisément pour éviter que les médias ne confisquent totalement ce débat. C’est le rôle même du CSA, et nous ne faisons que demander l’extension à la sphère européenne de cette protection.

      • enroute

        Je ne dis pas qu’un débat démocratique ne s’organise qu’autour de connaissance universitaires, mais il s’organise autour de connaissances et d’axes de réflexion communs, de socles de connaissances partagées. Il n’est pas nécessaire de rappeler le lien entre l’espace public et la démocratie. Un débat « démocratique » ne peut se faire que dans une langue que l’on comprend, et même dont les mots ont une histoire : même si l’on parle une langue étrangère, il est rare qu’on atteigne un niveau de connaissance qui permette d’appréhender intuitivement le sous-texte des mots politiques étrangers, comme « révolution », « sécurité sociale » ou « éducation nationale », pour faire simple, peuvent avoir en France, en français. Un tel débat ne peut encore avoir lieu que si l’on partage un socle commun de connaissances, et d’axes de réflexion : ils ne sont pas définis. Pourtant, la pensée européenne est riche depuis 70 ans, imagine-t-on repartir du début, « comme en 45 », pour faire un jeu de mots, en un seul débat ?

        Or, bien rares sont, et inexistants dans les médias, en France, et je suppose en Europe, ceux qui sont en mesure de définir ce qu’est l’Europe cosmopolitique, pourquoi une politique au parlement européen ne peut être un report des politiques nationales, ce qu’est le sens de l’idée d’Europe, ce qu’est la cour de justice de l’Ue par rapport à la cour européenne des droits de l’homme, ce que sont devenus le drapeau européen et l’hymne européen dans le traité de Lisbonne, ce qu’est le Conseil de l’Europe, ce qu’engagerait le fait que l’Europe devienne un Etat ou ce qui bloque cette perspective, la raison pour laquelle on dit « les chef d’Etat et de gouvernement », ce qu’est la compétence exclusive, ce qu’est un système proportionnel et ce qu’il impliquerait de changement par rapport au système français ; d’un point de vue historique, ce qu’est le serpent monétaire et Bretton Woods, les différences de perception du projet européen selon les Etats, l’histoire des institutions européennes, les sources des initiatives qui ont fait avancer les institutions, pourquoi on vote directement pour le parlement européen, pourquoi dans les institutions européennes il existe deux conseils, une cour de justice et un parlement, quelles sont les raisons et l’origine de ces institutions (et des trois autres), les arguments qui pousseraient à les rendre obsolètes ou à continuer de les justifier, à quoi ils servent, ont servi, pourraient servir, quelles sont les raisons qui ont poussé les Etats à rejoindre un projet initialement proposé par la France comme une association avec l’Allemagne, ce qu’une Europe à 30 ou 35 Etats modifie par rapport à un projet à 2, l’articulation du projet européen dans le cadre des relations internationales, en quoi l’ONU diffère de l’UE, pourquoi une armée européenne est difficilement envisageable, quelle est la source de ce « noyau dur » dont on ne cesse de parler depuis 1994, ce que cela implique, etc. Les citoyens sont véritablement en dehors du jeu et c’est la curiosité seule qui m’a amené à trouver des réponses à ces questions ce qui n’entre absolument pas dans mon activité professionnelle – mais force est de constater que ce sont toujours les mêmes sujets et les mêmes questions qui reviennent (y compris dans les conférences organisées par Sauvons l’Europe : un intervenant a accusé récemment Bruxelles de ne pas mettre des visages célèbres sur les billets de banques : cet argument ressassé tellement qu’il devient nauséeux – et habituellement avancés par les opposants à l’Europe – tombe en 2 minutes s’il est approfondi). Si on laisse la communication de ces connaissances – à ce stade il ne s’agit pas de politique ni de choix de compréhension ou de positionnement selon ses sensibilités, mais de poser les questions et de lister les réponses qui y ont été apportées par le passé pour donner aux citoyens les arguments de comprendre les enjeux et les problématiques auxquelles ont leur demande de répondre et ils répondront ce que bon leur semble -, aux responsables politiques, on en reste à une conception de l’Etat-nation et aux sujets qui favorisent leurs intérêts, qui ne sont donc pas partagé avec ceux des populations : comment avoir confiance en des personnes qui ne dévoilent pas les enjeux qu’ils prennent en charge ? Pire, quel projet des responsables soit disant élus en démocratie pourraient-ils bien faire avancer si leurs électeurs ne comprennent rien aux enjeux impliqués ?

        La primaire de droite n’a pas évoqué plus de 5 minutes sur 6 heures d’émission la question européenne, vous le savez bien. Les seuls éléments sur le projet de François Fillon se trouvent dans son livre : une Europe plus forte contre les Etats-Unis et la Chine, un rapprochement d’avec la Russie, une dépendance de la BCE, une contestation de la politique allemande : c’est déjà pas anti-européen, mais c’est bien flou et personne n’a lu le livre, ceux de Zémour, de Trierweiler ou des journalistes du Monde sont mieux vendus. Pense-t-on qu’aborder l’Europe « dans les faits à l’occasion » permette de rattraper ce retard de connaissances ? Les questions aux problèmes européens ne peuvent plus être nuancés et de plus en plus se résolvent dans une seule question : pour ou contre, comme en Grande-Bretagne, puisque personne n’a les moyens d’argumenter. Aujourd’hui beaucoup se disent : « l’Europe ne marche pas, et si Le Pen s’en sortait mieux, au final, en fermant les frontières ? » Que voulez-vous argumenter ? Il faut reprendre tout depuis le début et cela devient de plus en plus difficile, parce que le retard s’accroît.

        Et si l’on compte sur les médias pour apporter une information sur l’Europe, je pense que l’on fait erreur : êtes-vous en mesure de lister les émissions informatives diffusées en France sur l’Europe au cours de la semaine, allez, soyons large, de l’année passée : aucune – nous savons pertinemment que l’information est entrée sur le marché compétitif des annonces et que les annonces les plus compétitives sont celles qui font vendre – ni les journaux ni les télévisions n’ont pas les moyens de payer une information européenne à leurs lecteurs/spectateurs, qui nécessite de longs développements, de grands espaces sur les pages et de longs temps d’antenne, avec des risques de chute d’audience et de vente, d’autant que les sujets sont d’autant plus nombreux à aborder que le décrochage des populations est ancien, disons depuis 90. Quant à Internet, il fourmille d’idées superficielles, ridicules, quand elles ne sont pas fallacieuses.

        Mon point de vue est que vous ne favoriserez un projet européen que par des conférences de proximité en présence des personnes qui se déplaceront pour écouter une information de qualité, exposée par de vraies personnes en chair et en os, qui enseignent l’histoire de l’Europe, de l’idée d’Europe et des relations internationales qu’elle modifie, et non des images sur des écrans qui disparaissent et qui sont insaisissables. La présence physique implique la responsabilité et le respect de l’autre, ce qui manque beaucoup dans l’agressivité des télévisions et des médias en général. A ce stade, il s’agit de permettre à chacun de comprendre, avant de se prononcer. Je n’imagine pas que l’on puisse se dire démocrate et négliger la connaissance dans la constitution de l’opinion publique. Je ne comprends toujours pas quel est le sens du débat que vous voulez faire et à qui il va s’adresser. Combien de politiques européens connaissez-vous qui soient capables de parler plusieurs langues et de connaître l’histoire politiques des pays européens comme la leur ? va-t-on faire débattre un français du PS avec un allemande de la CDU ? Mais qui va suivre un tel échange qui sera truffé de références historiques incompréhensibles ? Que va dire le représentant PS à son ami chrétien-démocrate ? quels sont les sujets communs, les sujets de conflits, quels sont les enjeux : les téléspectateurs n’en savent rien, et il est probable que les intéressés non plus. Enfin, vous évoquez le CSA : une émission sur France Culture il y a deux semaines mentionnait qu’il n’existe pas de Conseil des médias en France, une rareté en Europe, et que le CSA ne vaut rien. On n’avait pas attendu pour le savoir : quand les émissions de téléréalité ont débarqué en 2001, il n’a pas dit un mot, même pas pour noter une modification des méthodes de création des émissions. Par ailleurs ce débat, s’il avait lieu, ne serait pas retransmis qu’à la télévision, mais serait également audible à la radio et téléchargeable en streaming, je suppose : que pourra alors le CSA ?

        Les médias sont l’enjeu essentiel de l’Europe. La démocratie ne peut s’entendre que dans un espace publique commun, quand l’Europe sera parvenu à établir une déontologie des médias et une compréhension des enjeux (pas des réponses) à l’échelle européenne, les citoyens pourront commencer à reprendre confiance et dans la manière dont on leur dit le monde, et dans les discours politiques relayés par les médias, sinon dans le monde lui-même. Le sujet semble épineux puisque l’on sait les enjeux financiers qu’il représente. Mais en attendant, si véritablement vous préconisez une Europe démocratique, rien n’empêche de promouvoir les connaissances sur le sujet européen qui ouvre la réflexion des citoyens et permet à chacun d’envisager l’Europe, comme elle l’est : un projet de civilisation, un projet culturel, un projet philosophique. Là seulement se trouve l’adhésion des populations. Tant qu’on ne parle que de projets politiques, on reste fermé au double problème de l’absence de légitimité des élus pour engager les voix données à une échelle nationale seulement et celui de l’absence d’information de populations que l’on presse au quotidien à l’efficacité et à l’efficience en réduisant leur capacité à prendre le temps de comprendre des sujets qui, comme le projet européen, engagent des réflexions sur des durées qui dépasse la journée, se développent en plus de 125 caractères et ne s’accommodent pas très bien de l’achat impulsif, y compris politique. Ce double problème favorise, de mon point de vue, un éloignement d’avec les populations et des solutions inadaptées car non pérennes, non soutenues, non démocratiques, et voue le projet européen à l’échec ou à l’émergence de solutions violentes.

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