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Des cantonales à l’extrême droite européenne, d’un réformisme à une transformation radicale !

Ca y est, les élections cantonales ont eu lieu. Si nous pouvons nous réjouir de la victoire de la Gauche, marquant ainsi un renouvellement de confiance à la gestion locale de tous les partis de gauche, nous ne pouvons que nous alarmer de ce scrutin. Alors que, dans certains pays, des peuples se battent actuellement et donnent leur vie pour la Liberté et la Démocratie, l’abstention et le Front national, l’extrême droite, ne cessent de s’implanter dans le visage politique. Plusieurs choses m’ont inquiétée hier. D’abord, l’analyse de certains hier soir : l’extrême droite aurait tout simplement reculée, n’ayant que 11,73% des suffrages exprimés. Prenons garde aux résultats, parfois trompeurs. Car en effet, là où l’extrême droite était présente au second tour, soit 403 cantons, son score est passé de 620000 voix à 915000 voix. Effrayant. Dans les duels face à la gauche, elle a gagné en moyenne 10 points, face à la droite 10,5 points. Pire encore si l’on regarde par rapport aux élections de 2004 car en effet, là où le FN était au second tour, son score se tassait d’un point ou deux. Il n’y a donc pas une baisse de l’extrême droite, bien au contraire. Puis, ce qui m’a aussi inquiété concerne les différentes explications de ce vote pour l’extrême droite. L’analyse me laisse parfois pantois. Il s’agirait pour certains d’une forme normale de protestation en tant de crise. Qui dit crise, dit montée des extrêmes. Pour d’autres, ce serait un vote sanction à l’égard du pouvoir en place.

1. Un phénomène européen

Si ces analyses ont leur part de vérité, elles ne suffisent pas à expliquer ce phénomène, car il s’agit là bien d’un phénomène qui traverse toute l’Europe. En mars 2010, en Italie, la Ligue du Nord conforte ses positions, et aux Pays Bas, le PVV fait, là où il était présent, près de 22% : du jamais vu ! En Autriche et en Hongrie, en avril, le FPO et le parti Jobbick font respectivement 15,2 et 16,3% des voix. Même en Suède et à Vienne, les partis d’extrême droite obtiennent des scores jamais vus ! Prendre un peu de recul et analyser ce phénomène au niveau européen me paraît important.

En Europe de l’Est, l’extrême droite reste traditionnelle, puisant ses ressources dans les fascismes, dans d’autres pays elle se rajeunit, se renouvelle profondément. Elle s’adresse, comme le démontre fort judicieusement la note de la Fondation Jean Jaurès du 6 décembre 2010 aux classes populaires qui, craignant et vivant le déclassement, ayant subit de plein fouet la crise, tout en voyant les banques renflouées sans demande d’aucune contre partie, reportent leur vote sur l’extrême droite, seule mouvance considérée comme antisystème. Les citoyens voient l’immigration comme une concurrence. Mais ce sentiment, dans les pays d’Europe de l’Est est plus profond que la seule crise. L’entrée dans l’euro leur a fait espérer bonheur, et prospérité. Tout en voyant leur establishment vivre plus qu’aisément, ils continuent de souffrir socialement : les fruits de cette transition se font attendre. Comment expliquer plus de 70% d’abstention aux élections européennes en Pologne, en République tchèque ou encore en Slovénie si ce n’est que l’Europe, plutôt que leur apporter la prospérité a eu pour conséquence libéralisation et augmentation des prix ? En outre, les revendications territoriales dans certains de ces pays n’ont pas totalement disparues et l’extrême droite sait très bien exploiter ces revendications.

A côté, en Europe occidentale et dans les pays du Nord se développe une extrême droite encore plus redoutable et bien plus habile. Elle a délaissé ces liens avec les partis fascistes, s’est considérablement rajeunie, et manie un discours à la fois contre l’Islam et le système en général, tout en refusant le racisme (cf Marine Le Pen qui suspend les candidats ayant effectués le salut hitlérien) et surtout restant laïque, en défendant l’égalité homme/femme ou encore l’égalité des homosexuels. Redoutable discours, difficile à contrer. Au-delà de ce « simple » discours, il est possible d’observer deux étapes dans le discours de la droite. D’abord, l’une qui consiste à profiter du désarroi qu’engendre la mondialisation, le chômage, les inégalités, les délocalisations. L’autre est plus profonde. Elle consiste à se nourrir d’un malaise identitaire, d’un sentiment de perte de valeurs et de la crainte d’une désintégration dans une Europe mondialisée. La défense des traditions et de l’ancien apparait dès lors comme un véritable refuge, et la focalisation se fait sur l’Islam et l’immigration.

Il s’agit donc d’une juxtaposition de problèmes sociaux mais aussi identitaires.

2. Quelles perspectives de réponses ?

Facile : mobiliser les abstentionnistes !

Pour certains analystes, la clé réside en ce que l’abstention, de 55% lors de ces élections cantonales en Frances, augmente massivement, ce qui profiterait alors aux extrêmes. En somme, des millions de citoyens ne se seraient pas déplacés soit parce qu’ils n’auraient pas compris l’enjeu du scrutin, soit parce que, mécontents, excédés par la crise, ils auraient voulu faire valoir leur colère par l’abstention. Si cette analyse a sa part de vérité car nous ne pouvons être que consternés de tant d’abstention, elle ne suffira pas à endiguer la montée de l’extrême droite. En effet, bien que non amateur de ce journal, il y a parfois dans Marianne quelques bons articles, comme notamment celui du 18 mars 2011, « Qui vote, qui ne vote pas et pourquoi ? ». Et bien l’analyse du sondage effectué par IFOP nous réserve quelques surprises. Le lecteur me dira que les sondages valent ce qu’ils valent et je le rejoins en partie. Mais ce sondage vaut le détour, tant les résultats sont édifiants.

Sur les personnes interrogées, 74% considèrent que la France ne dispose plus de marge de manœuvre du fait de l’ensemble des traités européens signés, 65% qu’il y a trop d’immigrés et se sentent en sécurité nulle part. Mais plus encore, 27% des personnes interrogées, si le vote était obligatoire, iraient voter pour Marine Le Pen contre seulement 10 et 12% pour Martine Aubry et Nicolas Sarkosy. Effrayant donc car, si l’on pouvait supposer que ce réservoir favoriserait les partis dit républicains, il n’en est rien, bien au contraire. La clé ne réside donc pas, même si nous devons mobiliser les électeurs pour la vie de la République, dans ce réservoir d’abstentionnistes.

Alors, que faire ? Comment répondre ?

Afin de reconquérir ces couches populaires, nous devons répondre en une stratégie en trois axes et élaborer une réponse européenne. Il est plus que temps de se saisir de ces questions et d’y apporter des réponses.

Tout d’abord, apporter de vraies réponses sur : qu’est-que être européen ? Qu’est-ce que l’Europe vous à apporter et surtout qu’est-ce qu’elle peut concrètement vous apporter ? C’est tout le sens du travail que Sauvons l’Europe essaye de faire. D’abord, par le biais de ces 30 propositions, visant à aller beaucoup plus loin dans l’intégration européenne. Il ne s’agit plus de dire que l’Europe apporte la paix et la prospérité. Cela ne suffit plus. Mais bien ce qu’elle vous apportera concrètement ! C’est ainsi que nous prônons notamment l’instauration d’un Pacte social Européen permettant ainsi d’équilibrer le traité de Maastricht. C’est aussi le sens de la pétition lancée par SLE « Qui veut payer ? ». En effet, il s’agit là, par le biais de la jeunesse européenne, de donner un avenir européen commun à cette jeunesse. Puis, le Parti socialiste européen se doit être beaucoup plus ambitieux : il ne doit plus se contenter de réformer petit à petit la mondialisation. Le vote par le parlement européen de la taxe financière est une étape tout à fait particulière, mais qui ne doit être qu’une première étape pour aller beaucoup plus loin vers une véritable transformation radicale. Il nous faut aujourd’hui profondément changer la donne en proposant par exemple une véritable politique industrielle européenne, avec un gigantesque emprunt européen, permettant d’éviter délocalisations, chômage, déclassement social. Enfin, la Gauche française a une éminente responsabilité. A force de dénoncer le débat sur l’identité nationale, préoccupation de bien des françaises et français, elle prend le risque et est coupable de laisser ce débat à la droite et à l’extrême droite, avec les inévitables dérives volontaires de leurs néfastes idéologies. Elle doit prendre à bras le corps ce débat afin de proposer un nouveau Pacte Républicain, emprunt des valeurs républicaines, humanistes, européennes que sont les siennes.

Aujourd’hui, le choix est clair. Eviter le débat et laisser un boulevard à la droite et l’extrême droite. Ou bien assumer notre rôle, et répondre, point par point, pas seulement en terme économique, au discours de nos adversaires politiques. La victoire, tant en 2012 qu’en 2014 reposera sur un projet, un candidat, un agenda. A nous de savoir imposer les nôtres ! Nos adversaires n’auront aucun complexes, à nous de n’en avoir aucun, et d’afficher courageusement notre volonté de transformation radicale du système.

Romain Aubanel.

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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