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dettes souveraines: Etat des lieux après le sommet du 21 juillet

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François Schwartz revient pour Sauvons l’Europe sur les conséquences du sommet du 21 juillet sur les dettes souveraines européennes.

• Il faut se satisfaire de l’accord trouvé le 21 juillet, qui n’était pas acquis d’avance. Le point le plus important est que l’Europe a enfin reconnu que la restructuration de la dette grecque était nécessaire. Après des mois de refus de reconnaître cette évidence, c’est le point le plus fort de la réunion de jeudi dernier, qui permet de franchir un pas supplémentaire dans le traitement de la crise des dettes souveraines.

• Ceci étant, cet accord est loin d’être parfait : tout n’est pas résolu et des questions restent en suspens, malgré les avancées obtenues.

• Sans entrer dans les détails des mesures annoncées, je dirais qu’il y a deux façons d’envisager l’accord auquel sont parvenus les 17 pays de la zone euro.

• Si on veut être optimiste, on peut insister sur trois éléments très positifs:

– sur un plan politique, le sommet du 21 marque le retour des pays dans la gestion de la crise, qu’ils avaient jusque là laissée à la banque centrale européenne, notamment par son programme de liquidités aux banques et ses rachats de dette souveraine sur le marché secondaire (74 milliards à ce jour).

– renforcement du champ d’intervention du FESF/MES (fonds européen de stabilité financière et son successeur en 2013 le mécanisme européen de stabilité), qui va pouvoir acheter de la dette souveraine sur le marché secondaire, financer la recapitalisation des banques par des prêts aux Etats et soutenir des pays fragilisés à titre préventif.

– participation des institutions financières à la restructuration, estimée pour l’instant à une fourchette de 37 à 50 milliards d’euros (cela dépend bien entendu des décisions qui vont être prises par les détenteurs de la dette grecque. Qui va s’engager dans quelles options et pour quel pourcentage de la dette qu’il détient ? Aujourd’hui, il ne peut être procédé qu’à des estimations, qui demanderont à être confirmées).

 

• Cependant ce bilan reste assez mince si on prend en compte les problèmes qui restent à traiter et sur lesquels l’accord reste muet. J’en vois principalement 3 :

– Sur la Grèce, l’allègement du fardeau reste modeste, estimé à 26 milliards sur une dette de 350 Mads € : il aurait fallu aller plus loin pour aider le pays (qui n’exporte que 14 milliards d’€ par an…).

– Sur un plan économique et politique, s’il est bon que les gouvernements reprennent la main, il ne faut pas sous estimer l’effort qu’ils devront fournir dans le cadre du FESF/MES, car c’est là le prix à payer pour prendre le relais de la BCE (ce que cette dernière voulait depuis longtemps). Là dessus, rien n’a été décidé car on n’a pas encore augmenté les moyens de ces fonds (440 milliards d’euros), qui s’avèreront insuffisants si l’Italie et l’Espagne entrent dans le bal. A ce titre on peut dire finalement que les banques s’en tirent bien et que ce sont les Etats qui, suite à la BCE, vont assumer l’essentiel des coûts à venir.

– De façon plus systémique enfin :

x on n’a pas franchi le pas d’une union fiscale et de l’émission d’eurobonds, seule solution de long terme aux problèmes de différence de compétitivité entre Etats membres…et à l’avenir de l’Allemagne qui doit financer ses clients européens (60 % des exportations allemandes se font à l’intérieur de l’UE) !

x on n’a toujours pas décidé de mécanismes pré-établis de gestion des défauts souverains et de celui des banques privées (special resolution mecanism). On est toujours dans le coup par coup, même si on devient un peu plus structuré avec l’élargissement des prérogatives « pompières » du FESF/MES.

 

• Finalement on est encore sans doute dans une phase transitoire, où les Etats membres, après la BCE, tentent de reprendre la main, quoique de façon partielle et incomplète. Faute de moyens cependant (et faute d’un passage à une union fiscale, impossible politiquement pour le moment) je crois qu’il faudra à un moment faire re-rentrer la BCE dans le jeu pour traiter cette crise. Elle seule est en mesure de faire face aux défis financiers qui nous attendent, notamment pour doter le FESF/MES de vraies capacités d’intervention (2000 milliards sembleraient nécessaires). Ceci pourrait se faire par l’achat par la BCE d’obligations émises par le FESF/MES, les transformant en quasi-euroobligations et ouvrant peut être ainsi la voie à une autre étape, plus fédérale…

 

François Schwartz

 

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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