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Et maintenant ?

Le petit sursaut républicain a bien eu lieu, et tout est sauf, plus ou moins. Le Front National s’installe durablement dans le paysage politique à un niveau très élevé et les analyses lénifiantes sur un plafond de verre indestructible ne sont plus d’un confort majeur. Le FN n’est pas parvenu en situation de pouvoir dans les régions, mais deux des nouveaux présidents de régions préconisent, pour l’un le renvoi des services publics de tous les fichés S, pour l’autre leur internement.

Cette situation est voulue par les français. Ils refusent la magistrature à l’extrême-droite, mais ils veulent désormais ouvertement qu’elle se situe à un niveau élevé. Comme le fut hier le parti communiste, longtemps aux portes du pouvoir mais sans les clés, le FN est instrumentalisé comme un moyen de pression sur le monde politique. Les français ont testé un parti, puis l’autre, jouant de l’alternance systématiquement jusqu’au sein de la droite en 1995 et en 2007. La crise financière a porté les mécontentements à incandescence, car les difficultés sociales et économiques dans de telles crises s’accompagnent toujours de la démonstration de l’incompétence et de la corruption des élites économiques, et souvent publiques.

Le Front National, parti attrape-tout, coagule les frustrations contradictoires des français. Sous le masque de l’immigré se rencontrent la révolte fiscale, la peur du chômage, la crainte de l’insécurité. A ceci s’ajoute la promesse du grand coup de balai qui, en éliminant la classe politique et économique actuelle, va permettre l’arrivée de gens honnêtes et décents. Il s’agit d’abord de l’expression d’une haine envers ceux qui gouvernent de près ou de loin (jusqu’aux journalistes), imperméable au raisonnement rationnel. Peu importe que le FN n’ait pas fait l’effort d’un programme économique, la séduction de la simple promesse de quelques actes de « bon sens » suffit à montrer l’étendue du manque de confiance envers les gouvernements successifs. Peu importe que les cadres du FN fréquentent autant et plus les cabinets des juges, qu’ils se gavent de prébendes et de cumuls, la détestation des gens en place est telle que les Thénardiers peuvent faire figure de classe politique de remplacement « propre ».

La gauche de la gauche aurait pu prendre cette place. Elle l’a fait en Espagne, elle est parvenue au pouvoir en Grèce dans l’effondrement économique et social du pays. Deux moments l’auraient rendu possible. Au milieu des années 2000, un mouvement s’était créé autour d’ATTAC et des revendications altermondialistes. La mobilisation du Non au référendum européen a montré cette puissance latente et il a semblé un instant que les comités et coordinations allaient se rassembler pour exister durablement. Prises d’assaut par les éléments d’élite des forces révolutionnaires séniles, ces structures prometteuses se sont abîmées dans les excommunications et les scrutins truqués. Quelques temps plus tard, les écologistes français ont tenté la création d’une coopérative politique associant un parti (les Verts) à un rassemblement de la société civile. Tout indiquait que cette force nouvelle allait compter, et peut être dépasser le Parti socialiste comme élément structurateur de la gauche. Là encore, les forces politiques plus classiques ont su tuer le mouvement en se l’appropriant. Même le Modem a pu un instant sembler représenter un futur, mais chaque formation a laissé échapper son moment sans se monter au niveau de la tâche.

Et maintenant?

Allons au-delà de l’impératif vide du changement profond de la vie politique. Parlons simplement de courage, d’honnêteté et de de renouvellement.

Les discours, si justes soient-ils, ne sont plus audibles pour une grande partie des français venant de personnes présentes depuis quarante ans et qui ont endossé successivement tous les costumes. Il faut, non pas un équarrissage de la classe politique actuelle, mais un enrichissement et de nouveaux visages. Les nouvelles têtes ne peuvent venir du remplacement naturel des générations, produisant de jeunes clones passés par les mêmes écoles de déformation que leurs aînés. Il faut accueillir et recruter des gens porteurs de nouvelles pratiques et de nouvelles approches, car les idées marchent sur deux jambes. Nous devons nous féliciter que les électeurs ne sachent pas se pencher sur le détail des listes régionales, d’où toute expérience autre que les échelons du parti concerné semblait proscrite.

L’honnêteté demande une probité visible, qui passe par la lutte contre la corruption et le cumul des mandats. Le gouvernements a largement fait progresser ce combat, au point d’avoir mis en lumière de nombreux cas. Il faut marteler ces progrès, les revendiquer et les accélérer. Sur le front de la réduction des prébendes, les choses sont moins présentables. La classe politique s’est mieux défendue. Quitte à passer par un référendum, le Parlement bloquant toute réforme réelle, il faut mettre fin à un système qui, à travers la répartition des postes et les cumuls de mandats et d’activités, est extrêmement inégalitaire. Les barons en tirent un train de vie plus que confortable et un droit de vie ou de mort sur ceux qui les suivent, donnant la prime à la fidélité clanique.

Le courage enfin est d’abord celui d’assumer ses choix. La gauche hors gouvernement, au-delà de ses chicayas pitoyables, est incapable de présenter un projet un peu crédible aux citoyens. Ces derniers se satisferaient pourtant de peu: ils acceptent les propositions économiques du Front national qui rééquilibre les budgets par la fin des aides sociales aux étrangers et l’assèchement des subventions à l’art contemporain. Mais la version de gauche, qui ne trouve point de salut en dehors de nouvelles hausses d’impôts, ne parle plus à personne quand chacun sent confusément que nous sommes le champion des pays développés de la dépense fiscale. Une amélioration importante ne peut plus guère venir de là. Ailleurs, le silence. Le Parti socialiste doit sa survie à plus de 20% des voix à ce qu’il a sauvé le système social français là où l’Angleterre, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, l’Italie et bien sur la Grèce ont consenti des sacrifices sociaux importants. Les français le sentent confusément, mais nul au Gouvernement ne se fera le tenant d’une ligne aussi modeste. Les résultats des politiques menées inciteraient pourtant à la modestie. La droite classique n’a plus le courage de dire qui elle est, tétanisée par le Front National.

Et l’impensé général est l’Europe. Sujet miné, sur lequel personne ne souhaite prendre une position claire. Les interventions varient en fonction des sujets, comme si aucun lien ne les conjoignait. Y’a t-t-il trop d’Europe ou au contraire pas assez? Pouvons-nous régler le problème des réfugiés avec quelques douaniers, ou bien faut-il trouver des solutions communes? Sommes-nous en train d’améliorer le fonctionnement de l’Euro, ou pas? Quelle est la part de démocratie dans le machin? Le Président de la Commission, le Parlement européen, ont été élus. Quelle part du gouvernail ont-il le droit de toucher? Sur quoi les électeurs pourront-ils leur demander des comptes à la prochaine élection? L’intérêt de la France officielle à l’égard de l’Europe semble s’être réduit au grand récit national de la politique agricole commune et au jeu du bonneteau sur les déficits. Avons-nous si peu à dire sur le reste? L’absence de la France est très fortement ressentie à Bruxelles et elle déséquilibre le jeu politique de l’Union. Il y a des combats politiques à mener là-bas, qui ne doivent pas se jouer sans nous. La parole de la France n’y est pas souveraine, elle n’est pas nulle non plus. Les citoyens ne peuvent pas donner leur confiance à des formations politiques qui gèrent une France réduite aux acquêts, prétendant que les choses sérieuses leur sont imposées depuis l’Europe comme s’il s’agissait d’un continent qui nous est extérieur. Ils le crient à chaque élection depuis vingt ans.

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
  • jlcatalan

    Du vrai et des regrets, voilà ce que m’inspire votre article, qui se veut représentatif de votre pensée!

    Les français rejettent clairement les deux extrêmes
    – la gauche de la gauche, frondeurs et autres Mélenchon(s) et verts qui professent que l’on peut dépenser, endetter, creuser les déficits, que tout ça n’a pas d’importance au vu du grand projet:
    – l’extrême droite FN, qui agrège les mécontentements et les faillites, enfle le négatif, mais n’a aucune proposition positive hors sa dialectique démagogique.

    Les français votent pour eux au premier tour, protestent au premier tour, mais ne leur font pas confiance, du moins à ce jour.
    Les français savent qu’il n’y a pas d’avenir surendetté et qu’aucune cause ne peut justifier la faillite; pas de gauche-gauche.
    Les français sont las des promesses non tenues, des Tartarins d’estrades dont le programme se réduit à « votez pour moi, demain tout ira mieux »; c’est le vote FN.

    Les politiques devraient entendre les français avant que le désespoir fasse place au trop tard! Après les semonces croissantes, viendra le pouvoir pour le FN….

    En 2017, les présidentielles.
    Le second tour verra l’affrontement LePen contre X.
    Qui sera X?
    X sera-t-il élu comme Chirac le fut en 2002?

    X sera élu à condition d’avoir développé une analyse de la France, une méthode et une programmation que les français accepteront.

    Alors jouons aux pronostics
    Les candidats seront LePen, probablement DupontAignan et./ou deVilliers, Hollande, peut être Duflot, Mélenchon..et un candidat Droite&Centre.

    Si le candidat Droite&Centre est Sarkozy, il faudra ajouter Bayrou aux candidats, et X sera Hollande.
    LePen contre Hollande, quel choix motivant!

    Si le candidat Droite&Centre est Juppé, X sera Juppé.
    LePen contre Juppé: Juppé gagne.

    Pourquoi Juppé gagnerait-il mieux que Hollande ou Sarkozy contre LePen?
    Parce-que Juppé propose analyse, méthode et programmation, sans exclusive partisane, pragmatique et raisonnable, et qu’il est capable de réunir très au-delà de son camp théorique, ce que ni Hollande ni Sarkozy ne peuvent prétendre réussir.

    2017 sera une chance pour la France (la dernière?) avant l’abîme.

    Lors de ces élections régionales, nous avons vu des hommes raisonnables (Bertrand, Richert) ou devenus raisonnables (Pécresse, Estrosi) choisis par les français,
    tandis que d’autres faisaient campagne dure (Wauquiez).

    Je crois que le temps d’un consensus apaisé est arrivé, et que les pyromanes doivent être éradiqués.
    La France précède les médiocres ambitions.

  • Dominique Carliez

    Il faut plus d’Europe mais moins de bureaucratie : appliquer le principe de subsidiarité : traiter dans les régions tout ce qui peut l’être sans ingérence de la commission européenne mais en évitant le dumping social et mettre en oeuvre une véritable politique internationale… bref inventer une démocratie participative et solidaire.

  • Ferula

    Article lucide et extrêmement juste, je pourrais écrire, malheureusement, si rien ne vient bousculer ceux qui visent encore et toujours les mêmes hautes fonctions et s’y cramponnent furieusement.

  • GONTIER Georges

    Je crois qu’a vouloir être tous Européen , vous vous enfoncez dans l’erreur et faites abstraction des périphériques ( GM TRANSATLANTIQUE )
    par exemple . De plus je ne suis pas convaincu que les partis de gauche Français soient si ouverts que vous le signifiez à la dépense publique . Pour la relance de l’emploi, la France a donné 45 milliards d’ € au Medef . Que sont – t – il devenus , les emplois et l’argent ? Quant à l’Europe ultra libérale et catholique , honnêtement , elle m’emmerde !!!

  • Bonjour à tous.
    je partage cette analyse et les commentaires de jlcatalan et Dominique Carliez , mais je crois qu’il est urgent de redéfinir, ou rappeler les règles du jeu démocratiques, alors qu’elles sont faussées par les institutions.
    Par ordre de priorité :
    1) Appliquer et faire appliquer le principe d’égalité en droits de tous les êtres humains dans l’espace et le temps.
    Cela doit se décliner au niveau des institutions par le respect du fait :
    – Qu’en démocratie : Un citoyen doit égaler une voix
    – Notre égalité en droits implique le refus de toute forme d’exclusion
    – Cela doit se traduire par un principe de solidarité, à la fois entre citoyens, mais aussi entre territoires.
    – À titre d’exemple désigner les immigrés ou les islamistes comme bouc émissaires doit perte condamné de même que la lutte des classes (Je m’explique ce ne sont pas les classes dominantes qui doivent être condamnées, mais la place faite aux financiers età la marchandisation, tant des humains au travers du “marché“ du travail, que de la terre, de l’air, de l’eau ou maintenant du vivant avec la privatisation au travers des OGM.)
    Sur cette base, alors, il nous faut reconstruire en partant des humains et de leurs besoins vitaux. Cela se traduira alors effectivement de façon concrète par l’application de quelques règles ou principes, telles que:
    le principe de subsidiarité
    Le non cumul des mandats
    Le non renouvellement des mandats
    La prise en compte que les progrès techniques ont et continueront de remplacer le travail humain par celui de la machine, et que donc il faut partager le travail de production de biens et services, et se tourner vers d’autres activités facilitant la vie personnelle, familiale et sociale qui vont être éventuellement à inventer ou créer, alors que dans le même temps, par la solidarité on luttera contre la pauvreté.
    Un système électoral respectant le principe d’un citoyen égale une voix, et en trouvant les différentes façons de faire participer les citoyens aux décisions qui les concernent.
    Hiérarchiser les besoins et les réponses apportées en prenant toujours en compte les effets de décisions prises sur le moyen et le long terme.
    La prochaine grande étape électorale est l’élection présidentielle, ne serait-il pas urgent de trouver un candidat qui baserait toute sa campagne sur un engagement à convoquer une assemblée constituante et organiser des rencontres citoyennes pour faire débattre sur les principes que je viens d’évoquer.
    L’éxécurif serait alors la tache d’un gouvernement désigné à partir des élections législatives et chargé avec le parlement de gérer les affaires courantes.
    La nouvelle constitution définirait les niveaux de gestion ainsi que leurs domaines de responsabilités ( En y incluant ce qui pourrait être délégué à une Europe politique (des peuples et non des gouvernements).
    Dans une première étape, le mouvement pourrait être lancé par les ONG telles que : ATTAC, La ligue des droits de l’homme, le MRAP, Handicap International, AMNESTY, et les différentes associations de solidarité.

  • Collowald Paul

    Avec les feuilles mortes de cet automne tragique tombe ce terrible diagnostic : » l’impensé général est l’Europe.Sujet miné,sur lequel personne ne souhaite prendre une position claire « .Diagnostic suivi d’une dizaine de points d’interrogation … les réponses quand et de qui pour une  » Europe debout  » ? Il y a du boulot — pour une souveraineté nationale à partager ( elle est de plus en plus dérisoire ) afin de réaliser une souveraineté crédible face aux enjeux d ‘aujourd’hui , avec ceux qui croient encore à un destin partagé ! L’heure de vérité ? Mais à force de dire  » c’est prématuré  » , on va où ?

  • Ruoma

    Je n’ai pas tout lu (mais j’y reviendrai…) mais, dès l’introduction, cette phrase m’a tiré l’œil : « …et les analyses lénifiantes sur un plafond de verre indestructible ne sont plus d’un confort majeur. »
    Il se trouve que cette formule « plafond de verre » est très souvent évoquée à l’UPR (ici pour les départementales au mois de mars), non pas dans des analyses « lénifiantes », mais plutôt éclairantes, voire édifiantes…
    L’analyse en question chiffre le score obtenu par le FN au cours des élections successives, par nombre d’inscrits et non pas par nombre de votants. Ce « plafond de verre » se situerait autour des 14% et les déclarations tonitruantes sur la « percée exceptionnelle du FN » se focalisent sur le score en suffrages exprimés qui croît au même rythme que l’abstention progresse.
    Et vous constaterez que ce qui était dit dans cet article du mois de mars pour les départementales a été confirmé et s’est reproduit à l’identique aux régionales…
    Mais bien entendu, tout ça n’est pas d’un grand intérêt, car les enjeux bien plus préoccupants sont ailleurs…

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