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Euro 2016 : Comment lutter contre le hooliganisme ?

Jets de projectiles, gaz lacrymogènes, intervention d’un hélicoptère volant à quelques mètres des gradins, les affrontements entre supporters ont gâché la fin du match de football Ghana-Guinée Equatoriale lors de la CAN 2015. Un bilan lourd de 86 blessés nous amène à nous poser la question de la sécurité au sein et autour des stades de football, un des sports les plus populaires dans le monde mais qui est aussi le plus décrié.

A un an de l’Euro 2016 où 2,5 millions supporters sont attendus en France, le hooliganisme choque par sa forme de violence spectacle mais aussi par son aspect politique. L’agression raciste dans le métro parisien après le match PSG-Chelsea illustre cette inquiétude.

Le sport a toujours suscité une certaine ferveur chez les spectateurs. Les émotions sont à la fois mêlées de joie, d’excitation, parfois de colère ou de haine. De tout temps, cette passion éprouvée par le public dans les stades ou à l’extérieur fait parfois place à la violence et aux revendications qui n’ont pourtant rien à voir avec les règles du sport. De tels phénomènes ne sont certes pas récents. Pour exemple, nous pouvons citer l’un des plus célèbres épisodes de hooliganisme dans l’histoire antique, la sédition Nika en 532 à Constantinople où, des spectateurs agités ont tenté, dans l’hippodrome, de renverser l’empereur Justinien Ier. La ville fut en partie détruite et les pertes s’élevèrent à plus de 30 000 morts.

Le hooliganisme de nos jours n’adopte heureusement pas un tel degré de violence mais il reste un vrai problème de sécurité et d’image en particulier pour le football.

Présent avant tout dans le sport, mais aussi reflet d’une certaine face de notre société, le hooliganisme concentre différents aspects d’où émerge une multitude de problèmes sociaux-culturels et politiques. Même si 95 % des matchs ont lieu sans aucun incident (chiffre de la Ligue Professionnelle de Football), le comportement de certains supporters impressionnent et donnent une vision très négative du ballon rond, gommant les valeurs positives du sport.

Selon le Commissaire Antoine Boutonnet, chef de la division nationale de lutte contre le hooliganisme, la violence dans le football amateur se caractérise par une importation des problèmes quotidiens dans les stades alors que, dans le championnat professionnel, il s’agit plutôt d’actions préméditées, organisées entre groupes de supporters. Les insultes et les menaces pleuvent quelques jours avant les matchs sur les réseaux sociaux. C’est en effet un prétexte d’affrontements dans lesquels ces groupes s’organisent avec vêtements distinctifs pour engager des bagarres, comme si un match se gagnait sur plusieurs territoires. Les fights peuvent se poursuivre dans les quartiers commerciaux, le centre-ville ou encore sur les aires d’autoroutes.

En Europe, les rivalités entre clubs sont multiples et complexes. Elles s’expriment par des différences régionales (OM-PSG), par un rapprochement géographique (les traditionnels derbys ou au sein d’une même ville comme Milan ou Belgrade), par des tensions religieuses (Glasgow Rangers-Celtic Glasgow) ou encore par des différends politiques (quelques supporters du Real Madrid se réclament du Franquisme alors que certains du FC Barcelone sont des autonomistes catalans). Au sein même d’un club comme le Paris Saint-Germain, il existe des animosités même entre les tribunes d’Auteuil et de Boulogne. Chaque groupe de hooligans se donne comme défi de faire toujours plus violent, toujours plus spectaculaire que l’altercation précédente. Et si cette accumulation n’est pas stoppée à temps, le risque de morts peut être envisagé.

Apparaissant sous différentes formes, le hooliganisme de nos jours peut donc se traduire par des revendications politiques et nationalistes qui n’ont absolument pas leur place dans le monde sportif et qui, en sortant des stades, amènent à de terribles événements. Souvenons-nous que le nationaliste serbe Arkan recrutait dans ses milices au sein de son propre club de hooligans à Belgrade.

Hermann Ebongué, Président de Sportitude France et Vice-Président de SOS Racisme, critique le fait que les associations de supporters n’effectuent pas de réels contrôles de ses adhérents. « Un petit noyau dur peut ainsi se créer, recrutant des individus malléables et dégradant ainsi l’image de l’équipe même. Dans la moyenne française, environ 300 à 500 individus posent problème. Dans d’autres pays européens, c’est plus.»

Organisés, n’hésitant pas à faire pression, les meneurs hooligans soutiennent financièrement leurs groupes, les endoctrinent, leur fournissent de la lecture politique. Au sein même du stade de la Lazio de Rome, certains vivent grâce à la gestion d’une boutique de produits dérivés ; ils squattent littéralement des locaux dans lesquels sont affichés sur les murs des slogans fascistes. « Ma crainte c’est de voir un jour les réseaux islamistes rentrés dans les stades » dit Hermann Ebongué.

Les équipes nationales ne sont, bien entendu, pas exclues de telles dérives. En Octobre dernier, lors d’un match qualificatif pour l’Euro 2016 entre l’Albanie et la Serbie, le survol d’un drone recouvert d’un drapeau avec une carte de la grande Albanie a provoqué le chaos dans tout le stade. Le même mois, des hooligans de différents clubs allemands se sont regroupés afin de manifester ensemble contre l’Islam.

Et pourtant, il y a des solutions. Alors que les clubs anglais ont été interdits pendant 5 ans de toutes les coupes d’Europe, leurs stades sont jugés à présent comme les plus agréables d’Europe. Le phénomène du hooliganisme qui fut pourtant désigné dans les années 80 comme « the English disease » a été en partie éliminé outre-manche par la surveillance, la responsabilisation et la coopération de tous les acteurs sportifs et institutionnels. L’agression raciste après le match PSG-Chelsea démontre cependant que du travail reste à accomplir notamment dans l’accompagnement à l’extérieur des supporters par des stewards, volontaires qui dépendent des clubs pour assurer la sécurité.

Hermann Ebongué, qui contribue depuis 2010 a changé radicalement l’ambiance des tribunes du Paris Saint-Germain, juge qu’il s’agit en effet d’un « vrai travail de fourmi » mais de fil en aiguille les actions portent leurs fruits. Les clubs doivent se séparer sans ambiguïté des supporters les plus radicaux en confiant l’observation des tribunes à des commissions indépendantes de discipline. « Il existe des contrôles sur le terrain avec des possibles sanctions pour les joueurs agressifs, pourquoi ne pas appliquer la même méthode dans les tribunes ? Il faut deux délégués, un qui observe le match et un autre pour les gradins» explique Hermann Ebongué. Les sanctions ne doivent plus s’appliquer à l’ensemble du public mais à des individus avec l’aide de vidéos, de micros qui enregistrent des flagrants délits tels que les insultes ou des gestes racistes et homophobes ainsi que des violences physiques. « Si tout le monde parle de cet incident dans le métro parisien après le match contre Chelsea c’est parce qu’il a été filmé. Nous avons des preuves flagrantes avec la vidéo. Il faut dominer les problèmes, ne pas punir aveuglément et développer ensemble un vrai modèle de ‘supportérisme’.  Le dialogue et la sécurité exigent du temps et de l’argent, mais mieux vaut investir que réparer. A long terme, ce fonctionnement est bénéfique pour tous. Chaque match doit être un moment de fête » ajoute Ebongué.

La Belgique a repris le concept et enregistre des résultats positifs. Lors des matchs, des agents sont en civil. Les supporters savent qu’ils sont en sécurité et les plus dangereux ont conscience qu’ils s’exposent à des amendes en cas d’infraction.

Le hooliganisme doit en effet être combattu, mieux cerné et, par conséquent mieux étudié. L’Euro 2016 devra faire de la sécurité sa priorité. A chaque fin de match, un briefing de tous les agents d’observation présents à l’intérieur des stades mais aussi à l’extérieur dans les grands lieux de rassemblement pourrait décider, au cas par cas, avec analyse des images, quels sont les individus à surveiller, voire à sanctionner. Ce rendez-vous des équipes européennes doit être un formidable événement où chacune s’engagera dans le plus grand respect de l’autre, en adoptant un vrai fair play. La France, pays d’accueil, aura pour mission d’être le cœur sportif de l’Europe.

brieuc.cudennec

Brieuc Cudennec

 

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
  • Mickaël

    S’il est vrai qu’il y a toujours du hooliganisme en Europe (les derniers voyages de Saint-Etienne et de Guingamp en Ukraine nous le rappellent), je crois que vous faites fausse route en vous attardant sur le problème du hooliganisme en France, qui demeure mineur. La rivalité entre clubs fait partie du jeu et sans elle, ce sport deviendrait totalement aseptisé. On ne va pas au football comme on va au spectacle. Ce que les dirigeants du PSG bafouent totalement. Vous mentionnez la rivalité Auteuil/Boulogne : les groupes des deux tribunes ont été dissous depuis le plan Leproux. Depuis, les atteintes à la liberté d’expression, le non-respect des règles de la CNIL pour l’achat des places en ligne et les violations de la loi par le club parisien sont devenues monnaie courante. En étant si radical avec les groupes ultras, il a aussi tué l’ambiance qui faisait du Parc des Princes un endroit aussi spécial, plaçant le stade parisien parmi les plus tristes de l’Hexagone.

    Aujourd’hui, les fouilles au corps sont faites de très (trop ?) près pour les supporters visiteurs dans les stades. Globalement, ce n’est pas le hooliganisme qui est un problème en France, mais la répression vis-à-vis des supporters, le site internet de So Foot les mentionne régulièrement.

    Quant aux stades anglais : ils sont totalement aseptisés, les places sont devenues hors de prix pour les gens des classes modestes. Est-ce là aussi une solution ? Je ne le pense pas. Dans votre article, vous mentionnez les hooligans, niant la nuance avec les ultras qui pour l’essentiel paient les pots cassés. Vous parlez d’image, mais un club a besoin de ses supporters pour être attrayant : un stade vide et froid ne fait pas vendre. Alors le fait de ne pas parler une seule fois d’un renforcement nécessaire de la coopération entre les clubs et les groupes de supporters comme solution la plus viable à long-terme (ce qu’il se passe au Danemark par exemple) est un peu choquant.

    D’ailleurs, votre sujet étant l’Euro 2016, vous n’auriez pas dû parler du supportérisme de club, car les logiques des deux sont différentes : les groupes de supporters sont liés à des clubs, il n’y a pas de tels groupes structurés pour les sélections, ou alors seulement dans certains pays avec des alliances entre groupes puissants. Il faut des groupes rivaux pour avoir de la violence. C’est la raison pour laquelle les derniers incidents ont eu lieu lors de matchs entre pays rivaux (Albanie-Serbie). En France, de toute manière, les supporters visiteurs ne rempliront pas tout un stade au point d’en faire le leur. A part à Pologne-Russie en 2012 (en Pologne) où il y a eu de la tension (et encore, aucune violence n’a été signalée), il n’y a eu aucun fait de violences lors de compétitions internationales entre France 98 et aujourd’hui en Europe.

    Concernant les chants racistes dans le métro de Paris, malheureusement les idiots parleront toujours, qu’ils soient fans de football ou non. Il n’y a qu’à regarder les manifestations de Pegida en Allemagne ou les différents blogs d’extrême-droite. La foule offre un anonymat dans les actions, comme celui sur Internet.

    Enfin, pour revenir sur la phrase de Hermann Ebongué : « Ma crainte c’est de voir un jour les réseaux islamistes rentrés dans les stades », les risques peuvent exister mais sont faibles. L’Etat iranien méprise ce sport par exemple. EI a exécuté récemment des jeunes Irakiens pris en flagrant délit de regarder un match de la sélection irakienne à la télévision. Il faudrait d’abord une adaptation idéologique des groupes islamistes pour tolérer le football.

    • guemriche nasredine

      Bonjour , cher collègue , le phénomène de la violence dans les enceintes sportives est devenu un fléau mondiale , la violence ne cesse de se propage malgres les efforts considérable pour eradiguer ce phénomène.
      depuis plus de 20ans ayant travailler sur l étude du phénomènes de la violences et encadres plusieurs travaux de recherches , à cet effet je souhaite partage nos expériences sur le thème de la violence , qui persiste en ALGÉRIE
      MERCI

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