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Eurodéputés à vendre?

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C’est un sacré pavé dans la mare que vient de jeter hier le Sunday Times. Souhaitant enquêter sur la probité des députés européens, le journal britannique s’est attaché pendant huit mois à proposer à une soixantaine d’entre eux ayant la réputation de travailler en grande proximité avec les lobbies de rémunérer leur travail parlementaire.

Selon le Sunday Times, trois d’entre eux auraient accepté d’être rémunérés 100.000 euros par an pour déposer des amendements. Diana Wallis, vice-présidente du Parlement, a immédiatement annoncé la mise en place d’une enquête sur le fondement des éléments communiqués par le journal.

Ernst Strasser, ancien ministre de l’intérieur autrichien conservateur, a du démissionner le jour même de l’ensemble de ses mandats à la demande du président de son parti national, Joseph Proell, qui a décrit son comportement comme « inacceptable » et a jugé ses explications non convaincantes au regard des précisions apportées par l’enquête des journalistes.

Les deux autres députés concernés, qui appartiennent au groupe socialiste et démocrate, nient les accusations portées à leur encontre.

Zoran Thaler, ancien ministre des affaires étrangères de Slovénie, accuse à son tour le journal de vouloir salir l’activité du Parlement européen. Il indique -comme Strasser – avoir voulu obtenir des preuves de la tentative de corruption par les lobbyistes prétendus avant de contacter la police. Il assure qu’il n’aurait jamais accepté l’argent, face aux affirmations du Sunday Times selon lesquelles il aurait effectivement soutenu des compromis parlementaires et demandé que le paiement se fasse via une société anglaise, afin qu’il puisse ne pas le déclarer au Parlement.

Adrian Severin, ancien vice-premier ministre de Roumanie, estime n’avoir rien fait d’anormal ou d’illégal. Il demande qu’une enquête ait lieu à l’encontre du Sunday Times pour le laver de ces accusations et sanctionner les journalistes (ne fut-ce que pour avoir pénétré au Parlement sous une fausse identité), rappelant que les parlementaires ont le droit de travailler comme consultants politiques tant qu’ils ne révèlent pas d’informations confidentielles. Le journal indique pour sa part disposer d’un email d’Adrian Severin annonçant le dépôt de l’amendement souhaité ainsi que d’une facture de 12.000 euros qu’il aurait émise pour « services de consultant ».

Le président du groupe SD, Martin Schulz, a annoncé des entretiens avec les deux parlementaires de son groupe, considérant les allégations comme « extrêmement sérieuses », même s’il rappelle qu’un article de journal ne vaut pas condamnation judiciaire. Il se dit effaré des sommes en jeu et déclare qu’un tel travail de consultant est, pour lui, « incompatible avec les valeurs du groupe des socialistes et démocrates ».

Au-delà de la vérification des accusations portées par le Sunday Times, cette affaire pose selon nous deux questions.

En premier lieu, le Parlement européen ou les principaux groupes vont-ils s’engager vers une interdiction de ces activités de consultants politiques? Les déclarations de Martin Schulz semblent aller dans ce sens; à notre connaissance le PPE, les Verts et le groupe ALDE n’avaient pas encore réagi hier.

Ensuite, il serait certainement sain d’importer ces sujets dans nos démocraties nationales. Sans évoquer les patrons d’industrie parlementaires, combien d’élus sont chez nous « consultants politiques »? Par exemple, la mode veut en ce moment que les parlementaires s’installent comme avocats, parfois dans de grandes structures où ils sont largement rémunérés. Quels types de dossiers y traitent-ils exactement?

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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