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Europe : faut-il tout changer ?

Alors que les verts ont organisé, c’est une première, une grande consultation pour désigner leurs candidats pour les élections ; alors que le Parti Socialiste Européen a adopté, c’est également une première, un programme commun ; à droite, les idées sont moins claires.

 I. La droite européenne tiraillée

Certes, Jean-Claude Junker, européen convaincu, mesuré, connaissant parfaitement l’Europe et ses institutions, a été désigné candidat de la droite pour succéder au transparent José-Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne. Certes, les têtes de liste ont été désignées et les militants commencent à se mobiliser.

Mais la droite européenne doit faire face à un défi de taille : enrayer la montée de l’extrême-droite et faire face à un euroscepticisme de plus en plus prégnant.

Certains, droits dans leurs bottes, continuent de défendre l’Europe libérale qu’ils dirigent depuis de trop longues années en insistant sur les bienfaits du marché commun, de la monnaie unique et sur la paix entre les peuples, argument martelé et pourtant inaudible. La fracture entre l’Europe et les citoyens est consommée. Ceux-là ferment les yeux.

D’autres, plus hardis –pyromanes pourrait-on dire – font entendre une voix dissonante en versant dans un Europe-bashing à la mode afin d’attirer un électorat qui risquerait de se détourner des urnes ou de voter pour des partis anti-européens.

Paradoxalement, c’est l’ancien protégé du très européen Jacques Barrot, le vice-président de l’UMP Laurent Wauquiez, qui a pris tout le monde à contre-pied dans un livre où il expose sa vision de l’Europe : « L’Europe, il faut tout changer ».

Rappelons ici une évidence. En Europe, la droite est majoritaire. C’est le cas depuis de nombreuses années. Les orientations de l’Europe sont le résultat d’une politique voulue et assumée par la droite européenne, droite à laquelle appartient le parti de Laurent Wauquiez. Diriger l’Europe et en faire un bouc émissaire, la rendre responsable de tous les maux actuels alors qu’on la dirige relève de la schizophrénie.

 II. Les propositions de Laurent Wauquiez

Que propose Laurent Wauquiez ?

 a) Une Europe à 6

L’ancien Ministre des affaires européennes (un passage éclair, comme c’est la tradition à ce poste…) propose de revenir à une Europe à 6 : les 6 membres fondateurs, sans le Luxembourg, mais avec l’Espagne. Lui qui défendait l’entrée de la Croatie dans l’Union, souligne aujourd’hui que l’Europe est allée trop loin dans l’élargissement et qu’elle aurait dû faire le choix de l’intégration. Elargissement – intégration, le dilemme est bien connu des européens.

Ce que propose Laurent Wauquiez, c’est une Europe différenciée faite de cercles concentriques. Au sein du noyau le plus restreint, les Etats seraient dotés d’un budget commun consacré au financement de grands projets en matière de recherche, d’environnement et d’industrie. Un salaire minimum européen serait mis en place et une intégration fiscale réalisée (harmonisation des taux de l’IS et convergence des taux de l’impôt sur le revenu).

Cette « Union Européenne bis », comme il l’appelle, pratiquerait une dose de protectionnisme, et se doterait d’Eurobonds afin de mettre un terme à la spéculation sur les dettes des Etats (idée défendue depuis plusieurs années par la socialiste Pervenche Bérès, tête de liste en Île de France). Pas certain que les candidats du PPE défendront ces positions lors des élections.

La constitution d’un noyau dur au sein d’une Europe qui continuerait de s’élargir a été proposée à plusieurs reprises. C’est une idée séduisante pour continuer d’avancer vers plus d’intégration. A 28, les blocages sont trop nombreux, c’est certain. Impossible, ou presque, de mettre en œuvre des politiques ambitieuses.

La plupart du temps, le noyau dur proposé correspond à la zone euro. C’est logique. Certains Etats européens se sont dotés d’une monnaie commune mais les politiques fiscales restent la compétence des Etats et les différences demeurent fortes. On n’a fait que la moitié du chemin. Au sein de la zone euro, l’harmonisation doit être accélérée. Et puis la zone euro a une existence. Il est donc préférable de s’appuyer sur ce point commun pour poursuivre l’intégration. Deux Europe coexistent déjà. Créer un nouveau groupe d’Etats en Europe ajouterait à cette complexité tant décriée des citoyens européens. Trois Europe, ou une Europe à trois vitesses, ce n’est pas la meilleure solution.

Surtout si, comme le suggère Laurent Wauquiez, la liberté de circulation et d’installation est limitée à ces 6 Etats. On reviendrait 50 ans en arrière.

Par ailleurs, comment laisser de côté des Etats très intégrés dans l’Union et dont le poids économique est déterminant ? L’Allemagne n’accepterait jamais de faire plus d’Europe sans la Pologne par exemple. Quant au Luxembourg, pays fondateur, comment le laisser de côté ? La simple évocation de cette possibilité par Laurent Wauquiez lui a valu une pluie de critiques, émanant de son propre camp (Frank Ensch (PPE) : « cerveau tordu » ; Jean-Claude Juncker : « propos inacceptables » ; Viviane Reding : « pathétique » ; Joseph Daul : « intolérables et stupides »….).

 b) La sortie de Schengen

Laurent Wauquiez, reprenant une promesse de Nicolas Sarkozy en 2012, souhaite une sortie de l’espace Schengen3. Avec ces accords, l’Europe serait devenue une passoire. Il souhaiterait fixer des quotas en matière de regroupement familial et prétend que les règles européennes l’interdisent. En réalité, ce sont les règles françaises qui l’interdisent (et tant mieux !). En France, le droit au regroupement familial est déjà très encadré (C’est la ligne « Buisson » qui, ici encore, inspire Laurent Wauquiez). Fixer des quotas reviendrait à définir un nombre de regroupements autorisés par pays d’origine des migrants. Cela n’est pas possible en France car cela reviendrait à limiter le droit au regroupement familial qui trouve son fondement dans le préambule de la Constitution de 1946 tel qu’interprété par le Conseil constitutionnel. Mais on comprend qu’il est plus aisé de s’en prendre à l’Europe.

Par ailleurs, dénoncer le traité de Schengen ne changerait pas grand-chose étant donné que le traité de Lisbonne, ratifié en 2007 (Laurent Wauquiez, qui était porte-parole du gouvernement, ne doit pas l’ignorer), interdit les quotas sur le regroupement familial. Peut-être souhaite-t-il également dénoncer le traité de Lisbonne ? Ce ne serait pas la première fois qu’il change d’avis.

 III. Faut-il tout changer ?

Dans la campagne qui commence, chacun critique l’Europe : trop technocratique, trop éloignée des citoyens, illégitime, inutile, trop libérale, trop intrusive, pas assez démocratique, trop coûteuse…. Si certaines de ces critiques sont infondées, il n’en reste pas moins vrai que l’Europe déplait. Elle doit donc changer. Doit-on pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain et repartir à zéro comme le propose Laurent Wauquiez ?

Rien n’est moins sûr.

Depuis sa création, l’Europe avance lentement. Chaque crise lui permet de franchir une étape supplémentaire vers plus de démocratie, vers plus d’intégration. Cette politique des petits pas peut s’avérer très frustrante pour des européens convaincus, pour des fédéralistes qui savent où l’Europe doit aller. Mais l’Europe avance.

Très récemment, le Parlement européen a adopté plusieurs textes permettant enfin la mise en place de l’Union bancaire. Malgré les efforts des lobbys financiers pour ralentir les négociations, l’idée d’instaurer une taxe sur les transactions financières fait son chemin. L’Europe n’est pas non plus pour rien dans le récent abandon par le Luxembourg de son secret bancaire.

Par ailleurs, l’idée d’un SMIC européen, défendue depuis des années par les socio-démocrates européens, progresse. En ce domaine, le SPD a obtenu d’Angela Merkel une avancée importante qui aura des répercussions dans toute l’Europe. L’opinion publique européenne est mûre pour aller plus loin.

La démocratie progresse également. Avec le traité de Lisbonne, le Conseil européen doit tenir compte du résultat des élections européennes lorsqu’il propose un candidat pour présider la Commission. Le candidat est ensuite élu par le Parlement. C’est donc l’organe qui représente les citoyens de l’UE qui a le dernier mot sur le choix du président de la Commission. Le Parlement est renforcé mais beaucoup reste à faire.

Ces avancées sont insuffisantes. Très insuffisantes. Il faut aller plus loin et réorienter l’Europe.

Pour cela, une première étape est essentielle : politiser l’Europe.

Politiser l’Europe, c’est donner à chaque citoyen européen la capacité de savoir ce que propose chaque parti pour l’Europe. Il/elle doit être en mesure de comprendre, de critiquer. Cela parait une évidence pour la politique nationale. Mais quel est le temps consacré à l’Europe dans les médias ? Même en cette période d’élections, les sujets consacrés à l’Europe sont rares5.

Politiser l’Europe c’est aussi investir des candidats qui aiment l’Europe, qui souhaitent la faire avancer. La proportionnelle a le défaut de permettre à des élus en mal de mandat de se réfugier au Parlement européen. Sans remettre en cause ce type de scrutin, la généralisation des primaires serait salutaire. La désignation des candidats par les partis européens (et non nationaux) permettrait également d’éviter d’offrir un refuge à certains élus.

Quant à la réorientation de l’Europe, le six-pack europrogressiste proposé par Sauvons l’Europe il y a quelques mois semble toujours d’actualité :

Une Europe démocratique avec une Commission désignée par le Parlement ;

Une Europe ambitieuse avec une politique de lutte contre les grandes fraudes financières ;

Une Europe des libertés avec une Agence européenne des libertés ;

Une Europe écologique avec une PAC biologique à échéance 2035 ;

Une Europe solidaire avec des critères de convergence sociaux ;

Une Europe ouverte avec un Erasmus euromediterranéen ;

Il faut changer de nombreuses choses. Mais tout changer, cela semble excessif.

 

Gregoire_Potton

 

Grégoire Potton – @GregoirePotton

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
  • Nicolas V

    Bonjour, avant tte prise de position sur le fond (polémique entre UMP -interne- et PS) je rappelle tt de même que le clivage n’est pas (plus) UMP/PS, qu’à l’intérieur de ces partis, on se déchire sur des conceptions # menant au même résultat , je m’interroge sur le dernier sondage CSA.
    Avt de vs affoler sur « FN : 24% » , il conviendrait de connaître le résultat des tris par « certain d’aller voter  »
    Qui les a ?
    Pour corser la difficulté on est sur 1 échelle en 11 points.
    Il faut pondérer, évidemment et aller sur le cœur de cible.
    On perd 1 partie note 10, on récupéré une petite partie note 8/9.
    Merci à ceux qui ont les tris de diffuser.
    Vs verrez que ns sommes sur des échantillons si faibles que la marge d’erreur devient énorme.
    C’était mon discours optimiste du matin.

  • Goldfinger

    Bonjour,

     » l’Europe avance lentement  » vous le reconnaissez et c’est déjà un pas positif … mais insuffisant car le monde lui avance très vite !

    L’Europe est encore beaucoup trop dépendante des lobbies (et vous le reconnaissez aussi indirectement car il n’y a pas que les lobbies financiers).

    L’Europe est trop dépendante des USA (preuve le TTIP en cours de « négociation » et la situation en Ukraine).
    Cette situation nous empêche de constituer un monde multipolaire avec les BRICS (et les USA s’ils en veulent bien et rien n’est moins certain).

    « Ces avancées sont insuffisantes. Très insuffisantes. Il faut aller plus loin et réorienter l’Europe. »
    Oui ! Mille fois oui mais comment faire surtout que vous reconnaissez aussi qu’il faut aller plus vite alors que la « règle de l’unanimité » est autobloquante: il faut l’unanimité pour abroger l’unanimité … et ce n’est pas demain la veille (de l’avant-veille).

    Très cordialement,
    Goldfinger

  • Nicolas V

    J’ai lu Mr Vauquiez.
    Cela ne valait pas cet articulet.
    Comme vs l’écrivez , le disciple de Jacques Barrot … et ancien ministre des Affaires européennes …
    Il n’est pas souverainiste, la Nation n’évoque rien pour lui.
    Il voit le pédalo couler et en bon opportuniste …
    Cela démontre le bien-fondé de ma réflexion : il n’y a pas de clivage droite-gauche, aucun clivage partisan.
    Quelle différence entre UDI et Verts, par ex ?
    Entre UMP et PS ?
    Le clivage est bel et bien sur l’UE vs États -Nations et sur l’€ monnaie unique et les abandons de souveraineté et les dénis de démocratie qui en découlent .
    Votre réponse unique comme votre monnaie : il faut plus d’Europe pour la rendre plus démocratique.
    Et vous feignez de croire (vous êtes intelligents) qu’une élection où la démocratie n’est qu’apparente va valoir blanc-seing pour le système.
    Les citoyens st peut -être plus intelligents que vous ne le pensez.
    Une petite angoisse ?
    Cordialement

  • IL NE FAUT RIEN CHANGER POUR CHANGER !

    Il faut continuer et persévérer pour la construction européenne en étant vraiment honnête et désintéressé. C’est sans aucun doute cela le plus difficile pour tous les représentant du peuple, élus pratiquement à vie ? …

    En fait il n’y a qu’une seule chose qu’il faille vraiment améliorer dans le système démocratique, c’est la durée des mandats électifs … Chaque candidat ne devrait pas avoir la tentation de tricher (ou faire des concessions) en pouvant se faire réélire autant de fois qu’il est possible, sous un prétexte quelconque (pour continuer à toucher des indemnités parlementaires très importantes).

    Car le travail nécessaire pour organiser les affaires demeure un travail d’équipe (donc une autre personne de la même équipe ou du même camp, peut tout à fait remplir la même fonction). Le pouvoir d’une seule personne est un pouvoir malsain, même pour un dénommé Cohn Bendit (à titre d’exemple extrême), qui depuis des années maintenant touche tranquillement ses indemnités parlementaires au nez et à la barbe de tous ceux qui l’ont soutenu … et qui ne voient toujours rien venir, tout comme les autres citoyens européens.

    Ainsi le système européen (comme celui de la plupart des pays) favorise l’escroquerie institutionnelle … Par conséquent la vraie réforme utile aujourd’hui, serait d’interdire à un élu de se représenter au même siège.

    Je pense que cela serait de nature à motiver les électeurs. Car il ne faut pas se voiler la face : il est pratiquement certain que les abstentions et les bulletins blancs ou nul vont encore augmenter aux élections de mai prochain. À qui la faute ?

    Alors quelle légitimité pour notre Europe ? Il faut choisir maintenant ! … et vite !

  • L’Europe vit une crise d’adolescence. Désormais les grands dossiers sont transversaux …sauf la désignation de nos gouvernants, qui reste nationale.. Il va falloir surmonter ce blocage et faire comprendre à nos dirirgeants que nous avons besoin d’une gouvernance européenne pour gérer les grands sujets européens. Le parlement européen aura son rôle dans cette mue essentielle. Essentielle car elle permettra de réconcilier les Européens et l’Europe, ce qui est le préalable à tout le reste.Il faut donc continuer à progresser en remmetant au coeur de l’Europe la personne, en mettant au centre du parlement le citoyen , en redonnant le goût d’entreprendre ensemble et en bousculant nos dirigeants. Tel est la démarche de Nous Citoyens, liste citoyenne pour le 25 mao.
    Patrice Obert est l’auteur de UN projet piur l’Europe, harmattan, 2013

  • scribe25

    Pathétique ! Tant de médecins au chevet de l’Europe. Comme si l’Europe était un malade en phase terminale. La réalité historique aveuglante (trop aveuglante sans doute !) c’est que l’idéal culturel européen » notamment à travers l’idée de maximisation(s)-si chère aux économistes utilitaristes- maximisation individualiste, esthétique, philosophique, etc…)Cet universalisme « européen » du « maximum en tout », a tout recouvert au fil des siècles jusqu’aux Usa, et dernièrement la Chine et la Russie car capitalisme et individualisme, ne sont-ils les principaux enfants de « l’idéal européen  » même, le vrai, la seul. Aux delà de toutes les philosophies, ces « idéaux » ont conquis la quasi totalité du monde géographique et la totalité du monde économique ! A tel point que j’aurais même tendance à ne plus parler que d’Europe-Monde, car le Monde, tel que nous le vivons aujourd’hui, n’est rien d’autre que l’expression de ces idéaux « européens » dont les expressions sont désormais totalement mondialisées. L’homme « européen » -ce qui ne veut pas dire à l’origine uniquement occidental- a construit le monde actuel plus sûrement que toutes les philosophies matérialistes ou anti-matérialistes y compris celles s’y opposant le plus fortement. Où serait donc cette fameuse panne d’une « idéee uropéenne » qui a gagné, dans les faits, le monde entier. Si la construction européenne -au sens géo-organisationnel strict- est en panne, cela ne peut donc tout simplement ne rien signifier d’autre que le Monde entier est en panne. Pas la panne que l’on croit, mais cette autre, majeure : la panne des cultures humaines. L’Europe véritable, celle que nous vivons tous les jours, c’est à dire notre Monde actuel, ne peut bien sûr être ce dérisoire alignement de bureaux vitrés à Bruxelles occupés par des spécialistes du beurre et du cochon et de la finance. Ceux-ci, nouveaux nés, voudraient nous faire croire que l’Europe – la seule, la vraie- c’est eux, et eux seuls. Les pauvres ! Qu’ils relisent leurs classiques. L’homme européen a existé avant eux et ils seront morts depuis belle lurette avant qu’il ne disparaisse, sauf, naturellement, si on parvient à le mettre sur les rails d’une descente infernale, sans freins, avec un précipice béant au bout. Car enfin, qu’est-ce-qui leur donne donc tant d’arrogance, à ces performeurs de super-organisations, sinon le fait que l’homme européen ait -indéniablement- failli, récemment, à travers les guerres honteuses du XXe siècle ? Cet homme aurait donc besoin d’un « nouveau » gouvernement pseudo-supra-national. Eclats de rire, SVP ! Comme s’i créer une pièce confortable dans maison percée de toutes parts, suffisait à arrêter la pluie ! Soit, l’idéal européen a failli au XXe siècle -par prétention- en voulant unir ce qui était contre nature : l’éthique et l’esthétique, pour créer « l’homme nouveau ». Mais, s’il fallait mettre au placard tous ceux qui ont failli depuis la -construction de l’idéal Européen-, il faudrait remonter tellement loin et commander tellement de portes que la déforestation amazonienne n’y suffirait pas ! Evidemment, eux, c’est messieurs de l’U.E. n’ont en rien failli, comme tout le monde le sait ! D’ailleurs, ce sont les mêmes qui viennent nous dire, qu’il faut innover, tenter, se hasarder hors des sentiers battus, laisser nos anciennes lois désuètes, et à ce prix l’avenir nous tendra les bras. Bien au chaud dans leurs bureaux, lls pensent nous apprendre ainsi ce que « l’homme européen-et pas forcément seulement occidental » n’a cessé de faire depuis des millénaires ! Quelle indigence ! Bien sûr, dans cette suggestion, l’idée de maximalisation pour être sous-jacente n’en est pas moins omniprésente. Donc, s’il y a naturellement des plus ou moins malins qu’il faudrait calmer, au-lieu de cela on ne fera que les exciter, leur mâchant les proies au besoin les proies dont ils se rassasieront ! En oubliant totalement la question essentielle : que vaut-il la peine de maximiser ? L’U.E. répond d’une voix unique : les pepétes, le blé, le fric, etc… Merveilleux ! Et pourquoi donc pas les neurones ? Réponse pour garder la liberté (donc maximiser la liberté), vivre mieux (donc maximiser le bien être), ne pas être dépassés (maximiser la puissance envers l’autre, cet autre qui soit dit en passant fait partie du même Monde, mieux, désormais de l’Europe-Monde). Libres par rapport à quoi, à qui, vivre mieux que qui, que quoi ? Etre plus fort que qui, que quoi ? Que notre voisin, notre frère en réalité. Voilà Bruxelles : découvrir au XXIe siècle que « l’esprit européen, sa culture est en réalité ce qui a constitué la quasi-totalité de notre monde depuis des siècles en se nourrissant de tous les apports largement orientaux d’ailleurs. Réserver cet apport à un groupe d’Etats-Nations soit-disants constitués, c’est fermer la porte à l’avenir. Qu’est-ce que l’esprit européen est allé faire aux Amériques un soi-disant modèle économique qui a en fait existé depuis des siècles : Et de fait Bruxelles ne parle que d’argent, ou sous l’emprise de l’argent ! C’est, il est vrai, autrement plus facile à gagner, répartir, mesurer, valoriser, utiliser, investir, cacher, que la culture. Mais sans culture, sans ses tentatives, ses échecs y compris les plus graves- il ne peut y avoir ni modernité, ni avenir. Entre risque culturel et risque nucléaire et écologique, quel est le plus dangereux ? Pour notre Monde, c’est le nucléaire, mais pour les dirigeants de tous poils, de Bruxelles comme d’ailleurs, c’est la culture qui est de loin la plus dangereuse. Le drame advient quand on ne vit pas pour le Monde, mais que l’on fait vivre le Monde pour soi, pour ses rêves. Comme si ce qui était pris au Monde d’un côté ne lui était pas forcément restitué de l’autre ! Diviser le Monde, c’est diviser l’homme de lui-même, produire un individu a-moral, a-eshétique, a-philosophique, a-politique, et demain qui sait a-biologique. En faire ce simple individu voué à l’entropie économique qu’ont décrit de nombreux auteurs: je prélève du Monde, je fais, j’utilise, je recrache au Monde ! Merveilleux ! Pour un rêve de ce type, l’Europe-Monde, n’avait pas besoin d’eux ; il s’est très bien débrouillé tout seul depuis des siècles et ils en sont, nos chers Bruxellois, les héritiers directs, qu’ils le veuillent ou non, des Conquistadors d’hier à la Chine d’aujourd’hui. L’Europe-Monde n’aura jamais besoin d’eux pour vivre ni survivre. Leurs conceptions géo-ethno-centrées ont de tous temps été totalement dépassées. Il suffit de jeter un coup d’oeil au budget correspondant de l’U.E. pour se faire une vraie idée de ce qui intéresse vraiment les dirigeants (dans et hors U.E.) dans nos suffrages. Culture des esprits contre culture du prix du beurre et du cochon, c’est le vrai défi de l’Europe-Monde, le seul à même de comprendre les erreurs passées : oublier par exemple que c’est une volonté forcenée d’unifier l’éthique et l’esthétique ou le (le bien et le beau) dans un « nouvel homme » quitte à massacrer ses propres enfants qui seule a été à l’origine des drames du XXe siècle. C’est à cela que l’Europe-Monde doit éviter de s’exposer une nouvelle fois, qui serait d’ailleurs sans doute la dernière. Car, contrairement à ce que l’on dit, les instances européennes ne sont pas à l’origine de la paix « européenne » : il y a fallu une seule bombe et 23 secondes pour mettre le Japon à genoux. C’est de loin, la meilleure explication pour le moment si l’on regarde le pataugeage des institutions de l’U.E. AU Kosovo et on aura une bonne idée de la valeur de ceux qui placent la pertinence des organisations au dessus de celle de la culture des peuples. L’Europe-Monde n’a plus besoin de gourous maximalisateurs de richesses aussitôt accaparées par les plus malins ou/et les plus forts, qui prennent d’un côté pour stocker de l’autre ; désormais ce dont elle a besoin c’est de modestie, et de cela même qui n’aurait dû cesser d’être son idéal : l’ouverture à toutes les cultures, non d’élites sûres d’elles au point d’être aveugles ou insensibles mais celles de tous les peuples. C’est même le seul risque qui vaille d’être pris car désormais il n’y aura pas de prochaine fois possible ! Et ne serait-ce que sur ce seul plan, sans parler du reste, en tant que facteur avéré de division des peuples, l’U.E. a malheureusement déjà perdu toute légitimité. L’U.E. prétend mettre à profit les leçons du passé, mais vouloir faire l’Union des peuples malgré eux c’est reproduire exactement sous une autre bannière a-nationale ce que les Reichs voulaient obtenir, causant les 2 drames majeurs du XXe siècle. L’Europe-Monde, elle, au contraire ayant étendu certes impitoyablement ses frontières à tous les « anciens mondes » et riche des leçons du passé, semble seule désormais à pouvoir pousuivre la quête d’humanité (et plus simplement de raison) indispensable à nos existences. Mais il n’y a plus de temps à perdre, et surtout pas à une tâche sans aucun avenir parce que sans aucune dimension humaine.

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