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Identité nationale et identité européenne

 

A la suite de l’article que nous avons accueilli sur l’espéranto, nous avons reçu ce texte qui prolonge le débat sur une langue commune en Europe. Bonne lecture!

Tous les jours on nous parle de nouvelles crises, de dettes nationales, de nouvelles catastrophes affectant ou menaçant l’Union Européenne: problèmes financiers et égoïsmes nationaux dominent et accaparent la scène.On ne peut toutefois pas réduire l’Europe à la dimension financière, l’Europe, c’est beaucoup plus que cela. C’est pourquoi je voudrais m’éloigner un peu de toutes ces crises pour vous parler d’une autre Europe, de l’Europe que j’aime: Europe des citoyens, Europe des langues et des cultures, Europe de la solidarité entre les peuples. Cette Europe-là n’est pas un mythe, elle existe déjà mais nous ne la voyons pas, bien qu’elle soit le fruit de 2 ou 3 mille ans d’histoire et de civilisation.

L’autre jour j’écoutais à la radio une interview de l’historien Pierre Nora sur l’identité nationale de la France (Le 22 octobre dans le « 7-9 » de France-Inter). Cette interview m’a beaucoup intéressé. Le sujet en était « le transfert d’une identité nationale vers une identité européenne qui se cherche ».

Identité nationale et européenne

Selon P. Nora, nous n’avons pas eu une identité nationale unique, mais « plusieurs identités nationales: une identité féodale, monarchique, révolutionnaire, républicaine; aujourd’hui on va vers une identité démocratique ». Cette nouvelle identité démocratique se caractérise par une « multiplicité de groupes ethniques et culturels – tous les groupes minoritaires qui ont conscience de leur propre identité et de leur propre histoire ». Il ne s’agit pas seulement des émigrés, mais également « des femmes, des provinciaux, des juifs, des ouvriers, des religieux, etc. minorisés par un état jacobin, qui ont besoin d’êtres reconnus dans ce qu’ils sont, dans leur identité ». Bien que nous puissions émettre quelques doutes quant à l’identité « nationale » féodale, les identités à cette époque étant plutôt bourguignonnes, normandes, bretonnes, etc., que nationales, ce qu’en dit P. Nora correspond à ce que nous avons toujours affirmé: toute identité est multiple, c’est l’unitas multiplex pour reprendre les termes d’Edgard Morin (Edgard Morin, Penser l’Europe, Gallimard, Paris, 1987) . Chacun d’entre nous a une identité multiple: personnelle, familiale, régionale, nationale, européenne, et pourquoi pas, mondiale. Pour P. Nora, l’identité européenne est « à la fois évidente et introuvable. Nous sommes tous européens scientifiquement, intellectuellement, pas linguistiquement, mais historiquement ». Il aurait pu ajouter culturellement.

Ainsi, si je comprends bien P. Nora, le seul obstacle à une identité européenne semble être la langue. Mais poursuivons: l’identité européenne « n’a pas de symboles. Les seuls lieux d’une mémoire europénne sont Verdun et Auschwitz, des lieux de deuil ».

L’histoire de l’Europe est déjà commune, simplement, nous ne le voyons pas parce que nos gouvernements nationalistes ont toujours fait tout leur possible pour nous le cacher et nous inciter à la guerre contre nos « frères » européens; nous voyons le résultat: Verdun et Auschwitz. Il me semble que l’on oublie un peu vite que la Renaissance italienne et que les Lumières françaises ont éclairé l’Europe toute entière. Que dans les brumes de Stratford, Shakespeare, rêvant d’Italie, écrivait Romeo et Juliette, Othello, le Marchand de Venise, que les Romantiques n’ont pas connu de frontières et que certains d’entre eux, comme Lord Byron ont combattu pour libérer la Grèce du joug ottoman, que Goethe, lui aussi, rêvait d’Italie « Kennst du das Land wo die Zitronen blühen ? » (Connais-tu le pays des citronniers en fleur ?), alors qu’ Apollinaire rêvait de l’Allemagne (Rhénanes). On oublie aussi que les princes d’Europe se mariaient entre eux et que les reines de France ont été Medicis, espagnoles, autrichiennes… que les rois de Suèdes sont les descendants de Bernadotte et que la reine Sofia d’Espagne est grecque. Que le roi Edouard III d’Angleterre était le petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle, « la louve de France », et à ce titre, héritier plus légitime de la couronne que les rois Valois qui n’étaient que ses neveux… On pourrait même dire qu’il n’y a pas d’histoire de France, d’Allemagne, d’Italie, d’Espagne… mais seulement l’histoire de l’Europe.

Mais n’y a-t-il pas de nouvelles générations d’Européens qui se considèrent comme européens ? P. Nora répond: « C’est le verre à moitié vide et le verre à moitié plein; nous sommes tous des Européens sans l’être ». Comment se forge une identité ? Selon P. Nora « c’est l’histoire qui la forge; il faut du temps et des épreuves communes ». Simplement le temps, c’est la seule chose que nous n’avons pas, que nous n’avons plus: l’Europe peut bien être détruite avant que nous n’ayons le temps de la construire, et la pression de la concurrence mondiale ne nous laisse pas un siècle pour nous forger une identité européenne. Il nous faut agir vite et bien.

Nous avons cependant déjà quelques symboles: un drapeau, un hymne (que peu d’Européens connaissent), une monnaie commune (aujourd’hui très critiquée, mais qui est quand même bien pratique lorsque l’on voyage en Europe). Pourtant l’importance de ces symboles est très relative; de toute manière, ils ne suffisent pas. Il nous faut des symboles beaucoup plus forts, des symboles qui requièrent un engagement de la part des Européens, la seule chose qui nous manque sur notre chemin vers une identité européenne, c’est à dire une langue commune. L’apprentissage d’une langue est un véritable engagement personnel, il demande beaucoup d’investissement aux apprenants, il leur permet de communiquer entre eux et par là, de créer un lien entre les Européens, lien qui n’existait pas auparavant. Comme dit Claude Hagège “l’usage d’une langue est vécu par l’individu comme un rapport fondateur, pourvoyeur d’identité, sinon d’accession à l’existence.” (C. Hagège. linguiste français, “Le pouvoir de la langue”, Courrier de l’UNESCO, Mars 1988)

 

Une origine commune

Une langue commune est l’outil dont nous avons besoin pour forger une identité européenne.

Mon propos est de fonder l’identité européenne sur la langue. Quel paradoxe, me direz-vous ! Il y a au moins en Europe au sens large, une trentaine de langues officielles, sans compter les langues dites « minoritaires » et les dialectes !

Tant mieux ! Cette diversité, c’est notre richesse; si, à l’instar des Etats Unis, nous n’avions qu’une seule langue, ce serait un dramatique appauvrissement culturel. Mais il nous faut aller plus loin; il ne faut pas que les arbres nous cachent la forêt. Lorsque l’on analyse cette diversité – et tous les linguistes le savent – on s’aperçoit qu’elle fourmille de points communs. Point n’est besoin, d’ailleurs, d’avoir un diplôme de linguistique pour s’en apercevoir: ça saute aux yeux du premier Européen qui découvre la langue de son voisin. Par exemple, école en anglais se dit school, tiens, ça ressemble à scolaire, en allemand Schule (qui ressemble à school) et tous à l’italien scuola, esp escuela, russe школа « chkola », etc. Ecrire se dit skriva en suédois, skrive en danois, qui ressemblent à l’italien scrivere, esp escribir, al schreiben, neer schrijven et même à l’albanais shkruaj.

Vous allez me dire: « il ne s’agit là que de quelques termes isolés, empruntés au latin, ça ne va pas bien loin ». Pourtant, ces emprunts sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le pense généralement, beaucoup plus nombreux que les mots internationaux du type hôtel, taxi, café, téléphone, télévision, etc. Mais surtout, la principale caractéristique des langues d’Europe, c’est qu’elles sont issues, pour la plupart d’entre elles (à l’exception du basque, de l’estonien du finnois et du hongrois) d’un ancêtre commun, le proto-indo-européen (PIE), parlé il y a environ 5 à 6000 ans dans les steppes au nord du Caucase (The Horse, the Wheel and Language par David Anthony). Ce n’est pas un hasard si voir se dit videre en latin, vedere en italien et видеть »videt' » en russe, widzieć en polonais, viděti en tchèque…: ils sont tous issus de la racine i-e weid-*, woida* = voir et savoir (je sais parce que j’ai vu: woida*) qui a également donné l’allemand wissen, néerlandais weten, danois vide, suédois veta = savoir, le sanskrit veda = savoir, connaissance, le grec είδω « eidô » = voir, etc. Ou si donner se dit en latin, et italien dare, en espagnol dar, en russe дать « dat' », en tchèque dáti, en polonais dać, en lituanien duoti, letton dot, en sanskrit dádāti, en grec δίδωμι « didômi », en arménien dal, en perse dādan, en hindi dēna, en kurde dan: ils sont tous issus de la racine i-e do-*, didōmi* = donner.

Une langue commune

Nous avons donc une langue commune, ou plutôt, nos lointains ancêtres avaient une langue commune, car celle-ci s’est diversifiée en de multiples dialectes, suffisamment différents les uns des autres pour qu’on les appelle aujourd’hui langues étrangères.

Certains, comme Carlos Quiles , on tenté de ressusciter le proto-indo-européen pour en faire une langue moderne, ce qui n’est pas une mince affaire car le PIE était d’une grande complexité tant sur le plan grammatical (innombrables déclinaisons et conjugaisons) que phonologique. En outre l’Europaio (PIE ressuscité de Carlos Quiles) ne tient aucun compte de l’évolution des racines i-e à travers les siècles et les millénaires: certaines d’entre elles ont pratiquement disparu comme ekwos* , le cheval, qu’on ne retrouve guère en français que dans des mots empruntés au latin comme équestre, équitation. D’autres racines ont changé de sens et de forme à tel point qu’elles sont méconnaissables: qui penserait que quatre et vier en allemand, peder en breton et tessera en grec sont exactement le même mot ? Pourtant ils sont tous issus de la même racine kwetwōr*. La racine skəyō* couper, séparer donne σχίζω « skhizô » en grec, scindo en latin = fendre, mais également scio = savoir, et aussi le breton skoed = bouclier, l’allemand scheißen et l’anglais shit = déféquer, le lituanien skíesti = étendre, diluer (liquide), et le slave čistý (tchèque) = pur, propre, l’allemand Scheibe = tranche et Schiff, anglais ship = navire, etc. Comment s’y retrouver ?

Voilà pourquoi j’ai créé l’Uropi, une langue pour l’Europe.

Pour chaque mot créé, je suis parti de la racine i-e commune (à l’exclusion de celles qui se sont perdues), j’ai suivi son évolution à travers les siècles et à travers les langues pour aboutir aux termes contemporains. Chaque mot Uropi ou presque, est la synthèse de cette évolution. Pour certains mots, c’était facile, pour le soleil par exemple, sol en Uropi qui est la forme la plus simple et la plus commune qu’a pris la racine i-e sāwel* et qui correspond aux mots espagnol, catalan et scandinaves.

La racine weid-* (voir, savoir) a donné l’Uropi vizo (voir) qui tient compte de son évolution: al wissen (savoir), participe passé espagnol visto (vu), le grec είδα « eida » (j’ai vu, où le δ se prononce comme le th anglais de this) et surtout des termes secondaires comme vision, télévision, devenus très internationaux (par ex. tch televize, lit, cro, slo televizija, alb televizion, pol telewizja, pers telewizyun, kurde televizyon… d’où le « z ».

Contrairement à celle du PIE, la grammaire Uropi est la plus simple possible tout en restant à 100% européenne: toutes ses structures sont empruntées aux langues européennes modernes, par exemple, le présent de dormir (de la racine i-e swepmi* / swopeyō* = dormir > Lat sopor = sommeil > français soporifique):

i sop , tu sop, he sop, nu sop… = anglais I sleep, you sleep, he sleeps, we sleep…

Le passé en ì: i jedì = j’ai mangé = espagnol comí; italien finì (il a fini), catalan morí (je mourus = Ur. i morì)

Le futur: ve + infinitif: i ve veno = je viendrai = roumain voi veni, allemand ich werde kommen, anglais I will come, (+ futur proche français je vais venir & espagnol voy a venir). Le grec moderne θα αγοράσουμε (tha agorasοume) et le bulgare ще купим (chté koupim) = Ur. nu ve kopo (nous achèterons) ont une construction semblable.

La négation: I vol ne, je ne veux pas, = allemand ich will nicht, néerlandais ik wil niet

L’interrogation: Vol tu…? = fr. Veux-tu…?, = al. Willst du…?

La prononciation qui élimine presque tous les sons difficilement prononçables par la majorité des Européens, se rapproche de celle de l’italien.

Vers une identité européenne

A travers les racines indo-européennes communes, l’Uropi restitue aux Européens un patrimoine commun depuis longtemps oublié, tout en reflétant les langues européennes modernes. L’Uropi est à la fois un outil de communication, ce qui devient de plus en plus indispensable entre Européens et le ciment qui crée l’unité dans la diversité européenne. Une langue commune doit permettre aux Européens de s’identifier en tant qu’ Européens, de faire naître cette identité européenne qui nous paraît encore si lointaine car, comme le dit Claude Hagège (op.cit) « l’usage d’une langue est pourvoyeur d’identité ».

Selon P. Nora, historien, seule l’histoire confère une identité; il oublie la langue. Une histoire commune et une langue commune confèrent une identité. Nous avons déjà montré que nous avions une histoire commune – il suffit d’ouvrir les yeux pour s’en apercevoir – et aussi, sans doute, enseigner l’histoire autrement, dans une perspective européenne .

Il nous faut maintenant une langue commune. Histoire et langue… langue et histoire… histoire de la langue… histoire des langues européennes. L’étymologie de chaque mot Uropi nous raconte l’histoire des mots européens. C’est là aussi, dans ces mots pluri-séculaires voire pluri-millénaires, que réside l’identité européenne.

Aujourd’hui l’Europe et ses états-membres me font penser à ces tribus gauloises qui passent leur temps à se quereller alors que César est à leurs portes et les menace toutes. César aujourd’hui ce sont les nouvelles super-puissances et le danger n’est plus celui d’une conquête militaire, mais d’une conquête économique. Pierre Nora nous dit que l’identité est forgée par l’histoire et souvent dans un combat contre un ennemi commun. Aujourd’hui l’Europe doit livrer ce combat contre la crise financière: si nous combattons ensemble et unis, nous vaincrons et l’Union Européenne survivra, si au contraire nous sommes battus, l’Europe cessera d’exister, elle disparaîtra, sera dissoute dans la mondialisation.

Alors même que j’écris ces lignes, les gouvernements européens en réunion se révèlent incapables d’accorder leurs violons. Ils ne pensent qu’à leurs intérêts nationaux et électoraux; il n’y a aucune solidarité. Ils n’ont pas compris que nous sommes condamnés par l’histoire et la géographie, mais aussi par la culture et l’économie à vivre ensemble et à nous unir simplement pour pouvoir survivre. J’ai le sentiment que l’Europe est en train de se suicider. Que peut-on faire pour sauver l’Europe ? Pourquoi faut-il toujours que les financiers seuls décident du destin des citoyens européens pour ne pas dire des citoyens du monde ?

 

Joël Landais

Article publié en trois langues: Uropi – français – anglais sur le blog Uropi

 

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
  • jm bouquery

    Ur-opi ?
    magnifique !
    une langue de nos origines pour penser notre avenir….
    jm b

  • Alpha

    Cet article pointe l’un des problèmes majeurs de l’Europe : son absence d’identité propre et notamment de langue commune pouvant fédérer les européens de base. Les européens apatrides préconisent l’anglais (ou l’américain) afin de mieux assoir l’autorité de la haute finance globalisée sur les peuples qui ne se reconnaissent pas dans ces fumeuses théories supranationales. Le fonctionnement de l’Union européenne ressemble de plus en plus au fonctionnement de l’Union soviétique où l’on ne demandait pas l’avis du peuple ou alors on s’y arrangeait pour bidouiller les scrutins comme cela se passe avec les référendums européens (2005 en France et au Pays-Bas, référendum avorté de la Grèce dernièrement). L’union européenne ressemble de plus en plus à l’empire éclaté. A quant l’implosion. L’idée d’une langue commune n’est pas neuve : l’espéranto est me semble t-il déjà candidat (l’Uropi : jamais entendu parler). Si on arrive pas à introduire l’espéranto, pourquoi arriverait-on à introduire un truc qui n’est connu par personne ? De toute façon, j’ai bien peur qu’il soit déjà trop tard et que l’Union européenne ne connaisse bientôt le même sort que l’empire éclaté.

  • Laurent ZIBELL

    Je trouve ce travail tout à fait digne d’éloges, mais je m’interroge sur sa pertinence, compte tenu de l’existant dans le domaine, à savoir l’Espéranto.

    En Espéranto, les racines sont également (en général, mais pas systématiquement) inspirées des mots européens, et prennent dans ce cas celui des mots le plus largement représenté parmi les langues européennes. Mais la simplicité de la langue va au-delà de la question des origines du vocabulaire: dans la grammaire et la conjugaison (16 règles), dans la formation des termes nouveaux par agglutination libre de pré- et post-fixes (une caractéristiques de langues non indo-européennes comme le finnois ou le turc). Cela va donc bien au-delà du seul choix des racines pour le vocabulaire. Par ailleurs, la langue s’est développée et enrichie par les contributions d’une communauté de locuteurs, après les travaux initiaux du fondateur L. Zamenhof, à la manière des logiciels libres d’aujourd’hui. Refaire tout ce travail est certes une entreprise digne d’admiration, mais pas pour qui se soucie d’efficacité des efforts.

    Je trouve également regrettable que ce projet linguistique ne porte que sur des racines indo-européennes par principe. Comme le souligne l’auteur, au moins 4 langues européennes n’appartiennent pas à cette famille linguistique – et c’est bien mal engager l’unité européenne que de partir du principe que ces langues ne font pas partie du patrimoine linguistique commun. L’Espéranto a des racines venant principalement (mais pas exclusivement) de langues d’origine indo-européenne, mais comprend également des mécanismes linguistiques (caractère agglutinant en particulier), qui le rattachent à d’autres familles. Il n’est de ce point de vue pas très étonnant qu’un des pays où il est le plus largement enseigné (et susceptible d’être présenté au baccalauréat) est précisément la Hongrie.

    Enfin, il reste à rappeler que l’on recense plusieurs milliers de tentatives de langues planifiées (2 000 tentatives depuis le XVIIe siècle ?) – et seule une d’entre elles, l’Espéranto, est parvenue à survivre. La dispersion des efforts pour qui se soucie de créer un outil communication linguistique international et neutre ne semble donc pas être la stratégie optimale.

    • Odette BRACH

      Bonjour,

      juste un petit mot car je n’en suis qu’au début de votre texte.
      Je suis toujours étonnée quand quelqu’un affirme que l’Europe n’a pas de symboles. Pour moi qui ai vécu la dernière guerre, je trouve que le drapeau, ces douze étoiles sur fond de ciel bleu serein, l’hymne, cette Ode à la Joie après tant de souffrances, le jour commémoratif du 09 mai et même la façon dont la monnaie, déjà commune à plusieurs pays de l’UE, est présentée sont des symboles forts trop peu connus et honorés par le grand public. Nos institutions ont certes besoin d’être améliorées mais il me semble qu’elles représentent un véritable élan des peuples. car si les peuples avaient vraiment voulu rejeter l’Europe politique, il y a longtemps que cela serait fait. Qui distribue les cartes-anniversaire le 09 mai ? Faire de ce jour, non pas le jour des morts comme le voudrait notre président français pour le 11 novembre, mais le jour de la PAIX pour l’UE. Je crois hélas que cette date est douloureuse pour les pays baltes et qu’il faudra peut-être encore du temps pour que ce 09 mai devienne un symbole fêté. Comme pour l’Esperanto !!

  • Plateforme Politique des Nations sans États

    Il apparaît que l’Europe risque de buter sur l’obstacle des régions et de démontrer son incapacité de traiter la question des Nations sans États. Et pourtant, il faut trancher.

    Peut-on être optimiste sur le Futur de l’Europe ? Et si oui, quelles sont les conditions nécessaires pour assurer le succès des Nations sans États ?

    D’abord, nous constatons que le débat risque de ne pas aller jusqu’à l’individu et de se résumer à un débat clos entre “experts”.

    Pourtant l’Europe doit être adoptée par sa population si elle veut être pérenne. Une telle convention doit être l’occasion, en offrant à chacun la possibilité de participer (même à une petite échelle), d’ouvrir un véritable débat démocratique et donc de créer un large consensus.

    Mais il est à craindre que ce débat ne se réduise à un débat d’experts, suivi (peut être) par un referendum.

    La seule solution pour participer au débat, consiste à bâtir une Plateforme Politique des Nations sans États, pour contrer l’influence des différents États Nations et des partis souverainistes, pour réclamer, dès maintenant, que les Nations soient reconnues et qu’elles soient les principaux acteurs, voire les membres d’une nouvelle Europe.

    La logique des États Nations

    La logique de l’état nation, qui fut longtemps le modèle des états comme la France et l’Espagne, est encore d’actualité.

    Pourtant, nous citoyens des nationalités historiques, sommes capables de participer réellement à l’élaboration de cette Europe. Et cela est vrai dans tous les pays, pas seulement en France.

    Comment se situer dans ces deux logiques contradictoires ? Faut-il d’ailleurs essayer de s’y situer ? Toutes ces questions posent en fait la problématique des Nationalités historiques, des Nations sans États en Europe.

    Le dilemme est impossible parce qu’il n’est pas d’abord théorique. Il ne s’agît pas, dans l’absolu, de faire un choix… L’Europe, ce n’est pas une page blanche, où il serait facile d’imaginer des scénarii idéaux. Et nous retrouvons là, une de nos observations essentielles, à savoir qu’en politique, le relatif est plus en prise avec les réalités que l’absolu. Nous ne commençons rien, nous construisons. Nous sommes des héritiers et nous avons à faire fructifier un héritage. Nous pouvons infléchir et nous ne pouvons pas « du passé, faire table rase ». Il nous faut assumer. Tout. Le bon, le mauvais, le faste, le néfaste, le prometteur et le suicidaire. Assumer, ce n’est pas accepter : ce peut être transcender, avec, toujours, le souci de la vie, de l’éternel recommencement. De la même manière que nous devons toujours nous souvenir que nous avons des racines, nous devons proclamer que nous avons un avenir, même si le présent nous parait atone, morose et déclinant. Étant un moment de notre histoire, nous ne sommes pas devant une page blanche et les doctrinaires me font bien rire avec leurs certitudes totalitaires, entre lesquelles il me répugne d’avoir à choisir.

    Alors se pose le problème du « désenchantement du monde ». La modernité dans sa prétention à construire la société sur la seule base de la raison rationnelle, amène à créer un monde totalement désenchanté, dont la manifestation la plus immédiate est le taux d’abstention dramatiquement bas aux diverses élections. Et là, bien sûr, se pose la question du respect de l’homme et des valeurs. Les sociétés antérieures pensaient qu’il était raisonnable de suivre la tradition, et éventuellement la révélation. Nos anciens étaient pragmatiques et même s’ils faisaient semblant de croire aux dieux, ils en respectaient pleinement les critères de civilisation que sont les préjugés. L’enseignement des anciens était une tradition et il n’y avait pas de raison de bouleverser radicalement cette tradition. A partir du XVIIIème siècle, en particulier en Europe, on a voulu tout bouleverser, répudier la tradition sous prétexte qu’elle n’était pas démontrée rationnellement. Le résultat c’est que nos sociétés humaines doivent aujourd’hui affronter et supporter une indétermination fondamentale, une espèce d’absence de repères au cœur de nos vies.

    Évidemment, la démocratie dont nous avons hérité nous donne certaines bases pour affronter cette indétermination, et notamment la pratique du débat collectif qui satisfait le plus grand nombre, mais ce qui donne du sens à nos sociétés, c’est la reconnaissance d’une unité sociale, politique, géographique, historique et culturelle aux valeurs communes auxquelles se rallient les hommes. Cette identité collective, sachant que l’état nation, est aujourd’hui en crise, c’est la nationalité historique. Faut-il parler de nation? Je le pense, mais avec le contenu de démocratie au sens libéral de respect de la diversité économique, culturelle et sociale. Cette démocratie ne peut pas vivre sans que soit reconnues l’unité et l’intégration d’un peuple et d’un territoire, donc d’une nation, sans une mémoire collective d’idées.

    Il nous faut réinventer la nationalité historique et lui redonner la valeur d’unité de lieu et de culture en la reliant aux autres unités européennes, où la négociation remplacera l’affrontement, créer une matrice de souverainetés emboîtées. Je pense d’abord que l’on s’avance vers un immense foisonnement d’idées et de propositions, mais au-delà de ce foisonnement, l’Europe pourra se fonder sur une organisation où il y aurait une articulation successive de niveaux de souveraineté.

    Dans ces conditions les Nations sans États, Pays Basque, Flandre, Écosse, Pays de Galles, Cornouaille, Alsace, Bretagne, Corse, Sardaigne, Catalogne, etc. ont toutes leur place en Europe, pour peu que nous apprenions à reconnaître leurs libertés, individuelles ou collectives. Nos nations doivent refuser d’être écartées. Et cette revendication, il faut la mener au niveau européen. C’est là qu’il convient de faire entendre notre différence.

    Permettez-moi de résumer en quelques phrases notre propre vision de la question.

    Nous voulons une Europe unifiée

    Cela implique que nous voulons un État unique capable de prendre une décision forte quand survient un drame comme celui du 11 septembre ou quand il s’agit de faire adopter par le reste du monde (États-Unis inclus) des règles strictes en matière d’écologie. Cet État devra être capable de garantir Égalité, Justice et Protection à l’ensemble de ses citoyens.

    Nous voulons plus de Démocratie

    Cela implique que nous voulons connaître nos responsables politiques et pouvoir les élire, et la seule façon de faire c’est de les rapprocher le plus possible de nous et de faire en sorte que les décisions qui nous concernent soient prises à notre niveau ; C’est tout le sens du terme Subsidiarité.

    Nous voulons pouvoir voter pour celui-ci ou celui-là.

    Nous voulons que nos responsables soient élus directement, et non qu’ils soient les délégués de la délégation d’une commission des gouvernements des États Nations.

    Nous voulons un pouvoir central européen et un pouvoir national

    Une Europe unifiée a des frontières extérieures uniques. Disposer d’un gouvernement central ne signifie pas qu’il doive légiférer pour tout et absolument tout ce qui concerne notre vie de tous les jours.

    Le pouvoir doit être confié à des instances aussi proches que possible du citoyen. Ce ne peut être au niveau du Village ou de la Ville car ils n’ont pas suffisamment d’autonomie. Par ailleurs des Etats-Nations comme la Grande Bretagne, la France, l’Italie, l’Espagne ou la Pologne sont trop grands.

    Le niveau idéal se situe entre les deux, dans quelque chose que certains appellent Région, et que nous appelons Nation, parce que le concept recouvre un peuple et non seulement une subdivision administrative..

    Certains petits États sont en fait des Nations comme l’Irlande, le Danemark ou la Slovénie. D’autres Nations sont en fait déjà très indépendantes comme la Flandre, la Bavière ou la Catalogne.

    Enfin d’autres Nations sont encore à la recherche d’une organisation qui leur permette d’exister, comme en Grande Bretagne le Pays de Galles ou l’Ecosse, ou de se renforcer comme en France la Bretagne, la Corse.

    Est-ce que, pour cela, les États-Nations doivent disparaître ? Et bien Oui ! Faut-il le
    craindre ? Non, car ce qui disparaîtra, ce sont les États Nations et non leurs Cultures.

    Seul un système fondé sur les nationalités historiques peut défendre les minorités, car c’est un système principalement horizontal. En utilisant les Nations nous obtenons des entités fédératives plus homogènes. En leur confiant le plus de pouvoir possible nous réduisons le déficit démocratique.

    La Plate-forme Politique des Nations sans États

    Déjà impliquée dans des structures participant au processus européen, comme le Parlement Européen, les partis politiques et associations, la Plate-forme Politique des Nations sans États veille à ce que les politiques de l’Europe prennent davantage en considération les intérêts des Nations et non pas seulement des pouvoirs décentralisés dans les États membres. Bien que nous n’aimions pas le terme, notre travail ressemble furieusement à du “lobbying” institutionnel… Objectif avoué: encourager l’intégration de nos Nations dans le cadre institutionnel européen, où ils existeront dans une Europe unie politiquement où tous les peuples seront respectés.

    La Plate-forme s’affiche pro-européenne et réclame une meilleure prise en compte des Nations sans États dans le processus décisionnel européen. Elle s’inscrit dans le concept d’une Europe fédérale, à l’inverse de certains États-Nations favorisant l’Europe intergouvernementale. Le principe défendu par la Plate-forme, c’est une Europe des peuples, de tous les peuples, une Europe très intégrée, fédératrice, avec une place importante réservée aux nationalités historiques. Une Europe de la cohésion et de la solidarité. C’est tout le sens de l’article premier du Traité de Maastricht: “une union sans cesse plus étroite entre les peuples de l’Europe, dans laquelle les décisions sont prises dans le plus grand respect possible du principe d’ouverture et le plus près possible des citoyens”. Des régions comme la Galice, la Bavière, la Bretagne, la Normandie, la Catalogne, le Pays Basque, pas des Grands Sud Ouest ou des Grands Ouest.

    Principe de Subsidiarité

    Depuis le Traité de Maastricht, un principe nous aide dans notre tâche: le fameux principe de subsidiarité. Il définit le rôle des différents niveaux de pouvoir et confie la réalisation de projets à l’instance la plus proche, en respectant le champ de compétences de chaque niveau de pouvoir.

    Ce système concerne les relations entre l’Union européenne et les États membres, mais il concerne aussi toutes les Nations. La Belgique a déjà appliqué ce principe de subsidiarité en réalisant cette participation concrète des nationalités aux différentes réunions du Conseil européen. Allemagne et Autriche, les deux seuls autres pays européens qui pourraient mettre en pratique ce processus, n’y délèguent pas encore de responsables d’entités fédérées.

    Ambassade des Nations sans États

    La Plate-forme Politique des Nations sans États a pour but de faire entendre la voix et l’avis des nations dans les réunions préparatoires de la Convention sur le Futur de l’Europe, travailler le lobby institutionnel entre les différentes instances communautaires, préparer les documents nécessaires, préparer et assurer le suivi des dossiers, participer à différents groupes de travail européens, analyser et comprendre les mécanismes sous-jacents aux refus ou blocages sur certaines décisions, le tout en liaison directe avec les nations sans états.

    Participation au Forum Civique

    Notre contribution au débat ne peut aboutir que si nous sommes organisés. En dehors des “partis politiques, instances nationales ou régionales, ONG”, les citoyens n’ont aucune chance de faire entendre leur voix, exprimer leurs attentes, participer au futur de l’Europe.

    Claude Guillemain

    Secrétaire

    Plate-Forme Politique des Nations sans Etats

  • Jean-Mathieu Robine

    C’est très beau tout ça. Toute la première partie me va droit au coeur. Mais je tique un peu sur la suite. Je voudrais rappeler à Joël Landais que les Basques, les Hongrois, les Finnois et les Estoniens ne sont pas moins européens que moi et que pourtant leurs langues ne sont absolument pas indo-européennes ! Faudrait-il les exclure de l’Europe sous prétexte que leurs langues sont à ce point différentes ? Evidemment non. De nombreux habitants de l’Asie utilisent depuis aussi longtemps que nous des langues indo-européennes, notamment en Iran, en Afghanistan et en Inde : sont-ils européens pour autant ? Bien sûr que non. Le phénomène linguistique (et donc culturel) indo-européen est certes important pour l’histoire et l’identité européennes, mais je suis convaincu que par nature il ne peut pas contribuer à construire cette dernière, du moins tel que vous le proposez. Les Finnois, à ma connaissance, accepteraient plus volontiers d’utiliser le latin, langue indo-européenne, plutôt que de se reconnaître dans une identité linguistique indo-européenne qui ne leur correspond pas et à travers une langue « artificielle », aussi astucieuse soit-elle.

    Cela nous amène à votre Uropi. C’est une invention intéressante mais qui ne s’imposera pas plus que le Volapük ou d’autres langues analogues : seul l’espéranto, parmi les langues dites artificielles, a réussi sa percée. Je crois aussi que l’on surestime un peu l’importance linguistique dans la construction d’une identité politique « nationale ». La Suisse a quatre langues officielles, et pourtant on ne peut nier l’existence d’une identité nationale suisse. Certes le cas n’est pas très courant mais ne peut-on pas imiter les Suisses ? Hors d’Europe il me semble que c’est aussi le cas du pays que l’on présente souvent comme « la plus grande démocratie du monde » : l’Inde. Si les Indiens et les Suisses arrivent à construire une unité et une identité fédérales (et même nationales) sans unité linguistique, pourquoi pas nous, Européens ?

  • Jean-Mathieu Robine

    Je n’avais pas lu le commentaire de Laurent Zibell avant de poster le mien, et j’avais lu trop vite l’article de Joël Landais, sans m’apercevoir qu’il avait déjà cité les quatre exceptions non-indo-européennes que j’ai rappelé. J’aurais dû être plus nuancé. Mais pour le reste je maintiens mon propos, qui rejoint d’ailleurs en grande partie celui de Laurent Zibell.

    Par ailleurs Anne-Marie Thiesse, dans « La création des identités nationales. Europe, XVIIIe-XIXe s. », a montré comment nos prédécesseurs ont inventé l’Etat-nation et ont construit les Etats-nations et les identités nationales avec tout ce qu’ils avaient sous la main, c’est à dire un peu n’importe quoi : pourquoi ne pourrions-nous pas être aussi inventifs qu’eux pour inventer une « nation de nations » européenne ? L’une des leçons que l’on peut retenir du livre d’A.-M. Thiesse, c’est que l’important n’est pas que ça soit parfaitement logique : l’important, c’est que ça fasse rêver et que ça fonctionne. Le problème de l’Uropi n’est pas son caractère artificiel : les identités nationales prétendent être naturelles mais sont tout à fait artificielles, comme A.-M. Thiesse l’a brillamment démontré, et ça n’enlève rien à leur légitimité, bien au contraire. Le problème de l’Uropi, c’est qu’il ne fait rêver et qu’il ne fera rêver que son inventeur et une poignée de militants. A la limite je pourrais même dire que le projet de l’Uropi est presque trop logique, trop parfait, trop « vrai » (malgré l’absence de prise en compte de quatre langues d’Europe non indo-européennes). Les bricolages qu’ont été l’invention des identités nationales sont une accumulation d’oeuvres d’art, certes aussi improbables les unes que les autres, mais dont il ne faut pas sous-estimer le génie, l’efficacité esthétique, et en conséquence l’efficacité politique. Notre défi actuel, à nous fédéralistes européens, c’est d’être aussi géniaux, aussi artistes et aussi politiques que nos devanciers des XVIIIe et XIXe siècles qui ont inventé les nations. Je n’ai pas l’impression que cet Uropi, malgré toute l’astuce et la compétence de son inventeur, ait les qualités requises pour contribuer efficacement à construire cette identité européenne.

  • Bellenger Pierre

    Parce que nous avons voulu faire l’Europe mariée avec le système économique Monétariste, nous avons perdu un demi-siècle. La Démocratie est incompatible avec ce système écomimique parce que la Démocratie est déjà un « Dépassement de la loi de la sélection naturelle », et la Monétarisme est l’expression la plus brutale de cette loi. Cette incompatibilité s’affiche de plus en plus au cours des années qui passent. Le pire, c’est que nous n’en n’avons pas encore conscience et que cet essai va exploser, en nous laissant pantois. Car personne n’imagine une autre organisation de vie en société. Il nous faut inventer une Charte nouvelle, que je pourrais vous proposer.

    Non seukement nous avons perdu du temps, mais de plus l’histoire va très vite. La communication tous azimuts a engendré la mondialisation. Cette dernière n’est pas une mode vestimentaire, mais une réalité supra nationale. Les francais ne sont déjà presque plus français, tellement in comportent d’Européens, et en plus près de 20% d’africains et d’asiatiques. Notre identité très prochaine est d’être des Terriens, tout en passant par des étapes d’états-unis provisoires. Il faut en tenir compte.
    Pour maitriser cela, il ne nous reste quà prendre conscience que nous devons assumer notre mutation « homo sapiens ». Elle nous obligé à dépasser la loi de la Sélection Naturelle. Nous l’avons déjà fait pour le système politique en adop^tant la Démocratie. reste à inventer le système économique compatible avec la Démocratie. C’est la seule porte de sortie de crise qui existe.
    C’est tout le but de ma recherche personnelle.

    Bien cordialement à vous tous.

  • Laurent Macaire

    Toutes mes félicitations pour la naissance de cette nouvelle langue, pleine d’avenir, la bien-nommée Uropi (quelle beau nom, apte à convaincre les plus septiques !).
    Gageons que des masses compactes de citoyens délaisseront enfin le nationalisme intrinsèque à la pratique quotidienne de leur langue maternelle pour l’adopter sans délai.
    Uropi, Uropipi,Uropipipe hourra !

  • Catherine M

    bonjour
    le temps me manque pour entrer dans le débat en détail mais dire que le seul obstacle à une identité européenne semble être la langue est un contresens. Si comme le dit par ailleurs l’article, l’identité européenne est plurielle, il faut donc en tirer les conséquences, d’accord en cela avec Edgard Morin. La diversité est inscrite au coeur de l’Europe, nous considérons d’ailleurs que « la traduction est la langue de l’Europe ».
    Si par contre on veut de l’uniformité, il suffit de l’acheter « sur étagère » avec l’anglais, et les valeurs hégémoniques qui vont avec.
    Outre les efforts qu’on peut attendre d’un « honnête citoyen européen » pour apprendre au moins une langue autre que la sienne, il faut inscrire la nécessité de la traduction, c’est à dire de la différence gérée, comme modèle de l’identité en dialogue avec les autres identités proches.
    Je rappelle que l’Union européenne a défini une politique du multilinguisme depuis 2005 (même si le multilinguisme est bien là depuis 1958) et je renvoie au site de la Commission http://ec.europa.eu/dgs/translation/publications/studies/index_fr.htm où nous publions des études qui sont un début de réflexion sur le sujet et le rôle de la traduction ainsi que http://ec.europa.eu/languages/index_fr.htm où l’accent est mis sur l’apprentissage des langues.
    Je pense qu’il faut les deux, la démarche individuelle vers la culture des autres (au delà de l’exotisme et de l’utilitarisme) comme démarche vers une identité européenne d’une part, d’autre part la reconnaissance par les autorités publiques de la diversité linguistique et des droits des citoyens qui en découlent (besoin de traduction et d’interprétation).
    Je suis disponible pour aller plus loin dans le débat cordialement Catherine M

    • La plupart des sites européens annoncent un « plurilinguisme » de façade, car la plupart des documents ou des pages ne sont disponibles qu’en anglais.
      .
      Sans doute ne s’agit-il pas d’une volonté perverse, mais montre au contraire les limites matérielles de la traduction.
      .
      Bien entendu la langue n’est pas « le seul » obstacle, mais il est de taille, et sans doute déterminant. J’entendais avant-hier midi sur France-Culture, un professeur expliquer que ses élèves européens, parlant tous anglais, lisant anglais, écoutant la musique en anglais, choisissant de voir des films américains, ont une « double culture »: américaine+ la leur propre, mais ignorent profondément les cultures des autres pays européens, celles de leurs « voisins »…
      .
      Je dirais que ce rapport de forces gangrène l’Europe en tant que sphère indépendante.

  • Pettini Franco

    Les Etats-Unis ont une identité propre. L’Australie a une identité propre. La Nouvelle Zélande a une identité propre. Et pourtant ces pays parlent tous l’anglais. Pourquoi devons-nous craindre d’avancer et de favoriser l’apprantissage de l’anglais en tant que lingua franca, qui se diffuse de toute façon toute seule, au lieu d’aller chercher des langues abstraites, absolument hors de la comprehension des gens et des enfants qui doivent les apprendre. Quand et dans quel pays une langue a été introduite grâce à de recherches savantes de techniciens et n’a pas au contraire jailli progressivement de l’evolutions spontanées et contingentes des gens ? Et combien de siècles faudrait-il pour introduire dans les polupaltions européennes – une fois qu’elles seraient toutes d’accord ! – ces langues en plastique qui ne correspondent à aucun vecu quotidien ? Avons-nous Européens des siècles devant nous pour apprendre une nouvelle langue qui protège nos identités ? Certes, non.

    Par contre, il est tout à fait vrai que notre passé n’est pas marqué seulement par des guerres et des massacres, mais également par des conquêtes de l’esprit, dans les domaines de la litterature, de la philosophie, des arts,de la civilisation des moeurs. Ce sont ces conquetes qui forment l’identité européenne. Elles font d’ailleurs heureusement l’objet d’innombrables séminaires, symposia, expositions, reflexions d’un bout à l’autre de l’Europe.

    Je pense que l’utilisation de l’anglais en tant que langue vehiculaire ne modifiera en rien le contenu et la valeur « européenne » de ces conquêtes qui représenent l’identité européenne, comme il n’empêchera nullement le maintient et le développement de chacune des langues nationales.

  • Merci pour toutes ces réponses très intéressantes et auxquelles je ne manquerai pas de répondre.

    Je voudrais commencer par la fin et répondre à notre ami Franco.
    « Les Etats-Unis ont une identité propre. L’Australie a une identité propre. La Nouvelle Zélande a une identité propre. Et pourtant ces pays parlent tous l’anglais. »
    Je crois qu’il ne faut jamais oublier l’histoire: les pays cités-ci dessus sont d’anciennes colonies britanniques qui se sont émancipées. A-t-on jamais demandé aux Amérindiens, aux Aborigènes et aux Maoris s’ils avaient choisi librement de parler anglais ?

    Si je suis ce raisonnement, faudra-t-il que nous devenions des colonies étatsuniennes pour parler anglais et ensuite nous émanciper avec une nouvelle identité ?

    Ensuite, le multilinguisme et l’usage de l’anglais, c’est ce qui se pratique en Europe depuis la création de la CEE. Je suis, bien entendu favora

  • (désolé pour l’erreur de manip, je continue)
    -ble au multilinguisme, mais a-t-on avancé vers une identité européenne: pas d’un iota. (je précise que je suis agrégé d’anglais, que l’anglais est une langue que j’aime pour les cultures qu’elle véhicule, mais pas comme langue pseudo »internationale »: le « globish »). Je suis atterré d’entendre l’anglais des touristes « one moussaka… tri moussaka… », ou qu’on s’adresse à moi au Colisée ou dans les musées de Rome dans un baragouin incompréhensible. « Ma Lei, non parla l’italiano ? » est ma réponse standard.

    De toute façon, l’anglais ne peut pas conférer une identité « européenne », tout au plus une identité anglo-saxonne; et il en serait de même si nous choisissions le danois, le finnois, le suédois ou l’espagnol: c’est la dimension EUROPEENNE qui manque.

  • Bertrand Carette

    Pour alimenter la discussion, et répondre en partie à Jean-Mathieu Robine et Laurent Zibell, j’aimerais vous faire part de mon avis sur l’utilité d’une langue commune européenne, qui n’exlurait pas les autres langues « naturelles » et qui resterait ouverte au reste du monde.

    Pour ma part, le multilinguisme me semble la solution idéale. Ce qui n’est pas incompatible, nous le verrons avec l’adoption d’une langue construite. Le multilinguisme étant « idéal », on peut le considérer aussi comme une utopie, un objectif vers lequel tendre mais que l’on n’atteindra jamais, à moins de pratiquer quotidiennement et de maîtriser un peu plus de quatre ou cinq langues au moins et à la fois. C’est la seule solution pour préserver la diversité des expressions et des cultures et pour éviter la pensée unique. On peut avoir un exemple actuellement de cette pensée dominante, véhiculée par une culture et une langue qui commence à s’imposer un peu partout, tendant à tout uniformiser et qui a fait entrer le monde entier dans une crise économique, révélant aussi une crise politique et sociétale.

    L’adoption d’une langue commune, si possible construite selon les critères qui ont été définis ou exposés plus haut, concernant l’Uropi mais aussi l’Espéranto (que j’ai étudié et pratiqué durant plus de trente ans) est une étape dans la concrétisation de cet objectif, à condition que cette langue soit à la fois ouverte et fondée sur un groupe de langues appartenant plus ou moins à la même famille (au sens large), afin de ne pas dériver vers des créations fantaisistes, des amalgames douteux, des compositions obscures et élitistes, des synthèses hasardeuses … et pour rester dans le « concret » ou le réel (la langue mondiale n’est pas encore pour demain).

    L’idée est d’utiliser un outil de communication simple, souple et efficace qui suscite aussi l’intérêt et la curiosité envers les autres modes d’expressions, parce qu’il en serait d’une certaine manière une extension presque naturelle (ou semi-artificielle, si l’on préfère).

    Il ne s’agirait pas seulement d’apprendre une unique deuxième langue qui ne protégerait que sa propre langue maternelle, mais une langue qui protégerait aussi toutes les autres en dévoilant les liens de parenté qu’elles ont entre elles. Ce serait également un outil de résistance face à toute tentative d’hégémonie d’une langue sur les autres, car cette langue commune mettrait en évidence l’absence de supériorité d’une langue sur les autres … celles-ci faisant toutes partie de la même famille et ayant trouvé un moyen de s’entendre !

    Tout cela peut sembler un voeu pieux. Il m’a été inspiré par l’Uropi, et c’est un peu la définition que j’aime en donner d’après ce que j’ai pu en comprendre, et que je n’ai pas trouvée ailleurs, même avec l’Espéranto.

    Et je m’en explique.

    L’Espéranto est plus que centenaire, mais a-t-il vraiment « percé » ? N’est-il pas devenu une langue de plus parmi les autres, la langue d’une communauté, « internationale » certes, mais d’une communauté, avec ses organisations, ses associations spécifiques et spécialisées ?
    En cela, l’Espéranto a effectivement réussi puisqu’il a accompli, en quelque sorte, les objectifs de son auteur (Zamenhof), qui voulait essentiellement créé une communauté internationale de personnes liées par une langue et une philosophie commune, voire universelle. Ensuite sa langue et ses possibles évolutions lui ont échappé, l’organisation et le mouvement ayant pris plus d’importance que la langue elle-même et ce pourquoi elle avait été créée.
    Cela peut expliquer l’insuccès partiel de l’Espéranto …

    L’Uropi ouvre une autre voie plus modeste et, me semble-t-il plus réaliste, sans pour autant nier l’héritage du passé. L’Uropi n’a pas la prétention d’être une langue ou LA langue mondiale, universelle, unique, mais simplement une « langue-pont » pour l’Europe et pour le reste du monde. La priorité est bien une langue commune au sein de l’Europe, et cette langue pourrait être aussi l’outil de communication privilégié entre l’Europe et le reste du monde.
    Les différences pointées au sein même de l’Europe : les quatre langues qui n’appartiennent pas au patrimoine commun, mais avec lesquels l’Uropi partage quand même quelques similitudes (il en partage aussi d’ailleurs avec quelques langues extra-indo-européennes), ces différences s’estompent rapidement quand on s’apperçoit que l’Uropi est une langue simple, mais non simpliste, dont le but principal, donc premier, est de créer un lien entre les peuples. Partant de là, l’Uropi n’a pas la prétention de « réinventer la roue » en développant des concepts artificiels, une logique (laquelle ?) irréprochable, ou autres gadgets linguistiques, peu naturels, qui, le plus souvent ne font qu »entraver toute spontanéité dans l’expression.

    L’Uropi part de ce qui existe. Les langues « naturelles » fonctionnent, et plutôt bien, depuis des millennaires, elles sont l’expression de notre Humanité. Pourquoi vouloir changer cela si l’on veut créer des ponts et des liens entre la multiplicité des expressions et des cultures ?

    Oserais-je dire de l’Uropi qu’il s’agirait d’une langue « re-construite », en ce qu’elle se base sur des racines indo-européennes communes, auxquelles on a donné le temps de mûrir afin de pouvoir nous offrir des fleurs aux parfums multiples et aux couleurs appréciés de tous, des mots aux sonorités agréables à nos oreilles multiples et acceptés par nos bouches diverses ?
    C’est en tout cas mon opinion personnelle.

    Plus objectivement je peux affirmer que l’Uropi est la seule langue « artificielle » qui ait une Histoire, commune et partagée avec un bon nombre de langues naturelles. C’est une langue à la fois ancienne et moderne. L’Uropi fait donc aussi partie de l’Histoire de l’Europe, cette Europe qui a vraiment besoin maintenant de se réconcilier en commençant par partager un vrai mode d’expression commun.

    • Si l’espéranto n’a pas « percé » c’est tout bonnement à cause du nationalisme de ceux qui voulaient promouvoir leur propre langue (voir la SDN et, en 1922, la proposition d’Inazo Nitobé de faire de l’Eo une des langues de travail, auquelle la France opposa son veto) et de la concurrence de ces pays entre eux.
      Léon Berard interdit notamment que des cours d’espéranto puissent se tenir dans les locaux scolaires…
      .
      SI L’ESPERANTO N’EST PAS PLUS PARLE c’est tout bêtement parce qu’il n’est pas proposé ni enseigné au cours de la scolarité des gens, alors que presque partout, depuis les années 60, l’anglais est devenu quasi obligatoire!!!!!!!! Il faut vraiment avoir la vue basse pour ne pas comprendre cette évidence.

      Compte tenu du traitement que (au cours des 120 dernières décennies), l’espéranto a subi de la part des autorités, c’est même au contraire une sacré REUSSITE qu’il se soit développé sur la seule base du volontarisme de ceux l’apprenant sur leur temps de loisir. Rassurez-vous, ça bouge (au Brésil par exemple) et les cours en ligne font un tabac.
      .
      Les raisons sont donc historiques et géopolitiques. La conférence anglo-américaine de 1961 (CF Phillipson: « Linguistic Imperialism ») a décidé que l’anglais DEVAIT servir de « lingva franca », notamment pour renforcer l’influence de l’axe Washington-Londres (et lutter contre le communisme), mais aussi parce qu’ils avaient l’intuition que cela renforcerait leur marché. Et c’est bien ce qui est arrivé. Films, musiques, romans… l’industrie « culturelle » des USA rapporte des sommes considérables. L’industrie de l’enseignement de l’anglais, quant à elle, fait vivre toute la côté sud de la GB. Au point que Tatcher disait: « L’or noir de la GB ce n’est pas le pétrole de la Mer du Nord, ‘est sa langue ».
      .
      Sans la diffusion de leur langue, ces deux pays connaîtraient bien moins de « rayonnement » culturel et politique, et plus de difficultés économiques!!!!!

  • LANGUE DEMOCRATIQUE ET GEOMETRIE VARIABLE

    Pourquoi choisir comme base d’une langue européenne commune les racines indo-européennes communes (pas à toutes les langues, bien entendu) ?

    D’abord parce que plus de la MOITIE de la population mondiale parle une langue indo-européenne (de l’hindi et des autres langues de l’Inde du nord à l’espagnol, du persan à l’anglais, du russe au français, en passant par le kurde…). Bien entendu, il s’agit souvent des séquelles de la colonisation, comme en Amérique et en Afrique, mais on ne peut pas changer l’histoire… « turn the clock back » comme disent les Anglais.

    Dans l’UE, 3 langues officielles et une langue régionale ne sont pas d’origine indo-européenne sur 27 langues officielles; là encore la majorité l’emporte: je suis démocrate. Mais il ne faut surtout pas croire que l’Uropi méprise les langues « minoritaires », bien au contraire. La langue qui me semble avoir le + de points communs avec l’Uropi me semble être l’occitan. Le breton et le gaélique, l’albanais et l’arménien y sont logés à la même enseigne que les « grandes » langues comme l’anglais, le français ou le russe. Chacun apporte sa pierre à l’édifice, ce qui est fondamental pour fonder une identité.

    Le hongrois, par exemple, bien loin d’en être exclu, (et s’il ne contribue pas beaucoup au lexique de l’uropi), lui apporte une de ses structures fondamentales: la formation des adjectifs en ajoutant « -i » au nom, par ex: H. ház > házi = maison > de la maison = Ur. has > hasi; H. víz > vízi = Ur. vod > vodi = eau, de l’eau, aquatique, hydraulique; formation que l’on retrouve, d’ailleurs en arabe: dahab > dahabi = Ur. gor > gori or > doré, fadda > faddi = Ur. sirven > sirveni = argent, argenté. La formation du féminin: NOM + « -a », se retrouve également en arabe: malik > malika = Ur. raj > raja = roi, reine.

  • Bertrand Carette

    En réponse à Pettini Franco :

     » Quand et dans quel pays une langue a été introduite grâce à de recherches savantes de techniciens et n’a pas au contraire jailli progressivement de l’evolutions spontanées et contingentes des gens ?  »

    Certaines langues, considérées comme des langues dites « naturelles » ont pourtant subi, pour les besoins de la cause, des processus de « construction » ou de standardisation (plus ou moins « artificielle »). Parmi celles-ci on peut citer l’indonésien, le serbo-croate, l’hébreu moderne, le norvégien, l’allemand, le catalan, que l’on qualifie de « langues ausbau » (langue érigée en langue officielle pour des raisons d’identité nationale avec une orthographe et une grammaire standardisée). Il y a aussi les langues dites « langues-toit » (servant de langue standard pour différents dialectes), comme l’arabe littéraire, le français (construit à partir de la langue d’oïl surtout) , le romanche, plus récent…

    L’anglais n’a pas vraiment les caractéristiques d’une bonne langue internationale, même s’il a été imposé un peu partout dans le monde, comme le français d’ailleurs, ainsi que d’autres langues importées (ou exportées) par les colonisations. D’autre part ces langues ne sont pas « neutres » et risquent donc de favoriser l’hégémonie d’une culture et d’un modèle de société particuliers. En effet chacune d’elles favorisent les locuteurs de cette langue au détriment des autres qui ne la maîtriseront jamais tout à fait. De plus une culture unique dans un monde uniforme n’est pas souhaitable à une époque où l’on commence (enfin) à comprendre l’intérêt de la biodiversité, de la multiculturalité, comme autant de richesses (pas celles de l’argent) pour l’humanité.

  • UROPI ET ESPÉRANTO

    L’espéranto, paru en 1887, n’a jamais eu comme objectif de devenir une langue commune pour l’Europe; son ambition est beaucoup plus vaste « Unu mondo, unu lingvo » = un (seul) monde, une (seule) langue. Contrairement à l’Uropi, l’espéranto n’a pas non plus été conçu spécifiquement pour être une langue européenne commune. Son lexique est à 70-80% d’origine latine; il n’inclut pas d’éléments extra-européens, mais beaucoup de termes purement artificiels comme la fameuse « marguerite »: « kie, tie, ĉie, tio, kio, ĉiu, kiu, tiuj, ĉiujn, etc… », il est donc beaucoup moins INTERNATIONAL que l’Uropi.

    Mais surtout, son lexique semble avoir été choisi au hasard, sans privilégier les racines communes, par ex: « la pomo », du seul français « la pomme », alors que la racine i-e abel-*, abol-* (> Ur. apel) donne le mot pomme dans au moins 17 langues européennes, du gaulois avallo au russe яблоко, de l’anglais apple au lituanien obuolys, du breton aval au slovène jábolko, etc. Des mots comme « la birdo », « la knabo » sont empruntés à une seule langue et ne sont parfois même plus usités aujourd’hui (en allemand on dit « der Junge » et plus der Knabe pour le garçon).

    AGGLUTINANTE.

    L’espéranto n’est pas une langue agglutinante comme le hongrois ou le finnois, contrairement à ce qu’on entend assez souvent. On dit par ex. « mi amas vin » pour je t’aime au lieu de l’agglutinant « szeretlek » hongrois, ou « en mia domo », dans ma maison au lieu de « házamban »; l’espéranto utilise la COMPOSITION, comme l’allemand, le russe ou le grec, l’Uropi aussi. Par ex. avec « luc » lumière et « tor » tour, on forme « lucitòr » = phare; avec « vod » eau et « falo » tomber, « vodifàl » = cascade. L’Uropi va même beaucoup plus loin puisqu’il forme des verbes composés avec préverbe + verbe, comme le font l’allemand, le russe, le grec et le latin (ou le français dans pré + voir et pro + poser). Par ex. l’espéranto emprunte son « respondi » (répondre) au latin, alors que l’Uropi le construit à partir du verbe parler: « voko » > « ruvoko » (parler en retour), ou « kompreni », comprendre = Ur. « incepo », c’est à dire saisir (cepo) intérieurement, par la pensée (in-), contruction parallèle au russe « ponimat' » ou au grec « katalavainô » où « -nimat' » et « lavainô/lamvanô » expriment l’idée de saisir.

    SIMPLICITÉ.

    Une simple question comme « Vois-tu ces belles roses ? » se dit en Uropi et en espéranto:
    « Viz tu di bel roze ? »
    « Ĉu vi vidas ĉi tiujn belajn rozojn ? »

    En Uropi: 1 forme grammaticale: le -e du pluriel.
    En espéranto: 10 formes grammaticales (1 particule interrogative (ĉu), 1 marque du présent (as), 3 marques du pluriel (j), 3 marques de l’accusatif n), 1 marque de l’adjectif (-a), 1 marque du nom (-o), sans parler de ce complexe adjectif démonstratif composé: ĉi tiujn.

    Ce n’est pas un exemple isolé: voir les 50 phrases simples: Espéranto – Uropi – Français – Anglais que j’ai publiées (pour les obtenir, me contacter sur le site ou le blog Uropi: adresses ci-dessous).

    Mais l’essentiel, pour l’Uropi, n’est pas seulement de proposer une langue auxiliaire commune, mais de mettre en LUMIÈRE les points de CONVERGENCE qui existent déjà entre nos langues, et par là même faciliter l’apprentissage de celles-ci qui cessent alors d’être étrangères pour devenir des langues voisines. Pourquoi choisir « gal », plutôt que « kok » ou « han » pour « coq » ? Eh bien, non seulement parce ce qu’il correspond au latin gallus, it. gallo, esp. gallo, catalan gall, occitan gal, mais aussi parce qu’il rejoint le letton gailis et le lituanien gaidys, sans parler du sanscrit uṣā-kala (celui qui chante à l’aube), ou du gaélique coileach, du gallois ceilog et du breton kilhog; nous avons tissé là un lien entre langues romanes et langues baltes. Et c’est le cas pour chacun des mots Uropi. Pourquoi choisir « has » pour maison (entre Haus et casa), plutôt que « kas » ou « hus » ? Tout simplement parce qu’il correspond au hongrois « ház ». Le mot espéranto « domo » joue – une fois n’est pas coutume – un rôle de pont similaire entre le latin « domus » et les langues slaves « dom »; d’ailleurs, en Uropi « dom » = le foyer, le chez-soi (ang. home).

    Ce sont ces milliers de liens tissés au moyen des mots qui peuvent créer les prémices d’une identité européenne: identité de mots, de structures grammaticales, cet héritage commun, qui nous confèrent une identité « familiale ». C’est en y retrouvant des mots de (ou proches de) sa propre langue que chaque Européen se sent concerné et a envie d’apporter sa contribution.

    LA MÉTHODE BEN YEHUDA.

    Une langue très largement artificielle qui a parfaitement fonctionné c’est l’hébreu moderne (ré)inventé par Eliezer Ben Yehuda. Il a lancé une vaste consultation pour que chacun puisse apporter sa contribution, ses remarques, ses suggestions… On pourrait ouvrir en Europe un vaste chantier Rooseveltien pour la mise en place de la langue commune, afin que tous puissent y participer. Bien entendu, les Lituaniens chercheront à augmenter le pourcentage de mots lituaniens, les Hongrois essaieront d’y mettre un peu plus de Hongrois, et là, on crée uune dynamique qui peut nous mener à la naissance d’une identité européenne.

    Pour en savoir plus: site & blog Uropi
    http://uropi.free.fr/
    http://uropi.canalblog.com/

    • L’artificialité des monèmes « ki-u, ki-a, ki-e etc… » n’est un problème que pour ceux à qui cette « artificialité » donne des boutons. Je ne vois pas bien en quoi cela le rend « moins international ». Moins « naturel » au départ, certainement. Mais si on gagne en facilité d’apprentissage et d’usage, on n’y trouve finalement que des bénéfices.
      .
      De même pour la concision. L’anglais est généralement reconnu comme une langue concise. pPr contre, outre ses nombreux inconvénients comme « lingva franca », elle est souvent bien moins précise que français ou allemand, et que, naturellement, l’Eo. Ceci étant dû justement en partie à sa concision….

  • Didier Mallet

    Quand et surtout Où commencera-t-on à apprendre l’uropi ? En combien de temps ?
    J’ajoute que je suis professeur d’allemand, dont les effectifs de germanistes ne cessent de baisser et que je me demande toujours à quoi correspondent les termes « parler une langue ». (Couramment, maîtriser…?). Que l’on nous demande d’évaluer nos élèves (en fonction de quels critères ?) et que si une langue en Europe comme l’allemand -dont par ailleurs on connaît le poids économique – est considérée comme inutile, quel sera le sort de l’uropi ?
    Alors je continue de penser qu’apprendre une langue est un investissement à long terme, une preuve d’amour et d’affection. Qu’aucune autre langue ne compensera. Je crois aussi que l’anglais suffit amplement pour les communications dites « essentielles » (langue internationale) et qu’elle remplit son rôle) , mais pour le reste foutez-nous la paix.

    • Bertrand Carette

      Lorsque vous dites que l’anglais « suffit amplement pour les communications essentielles », j’ai un peu de mal à vous suivre. Il suffit de voyager au sein même de l’Europe ou plus loin aussi pour s’apercevoir qu’il n’en est rien, ou presque. Lors d’un voyage en Italie, j’ai demandé plusieurs fois à des Italiens de cesser de me parler en anglais (langue que j’ai apprise à l’école) et de plutôt me parler en italien, langue que je n’ai jamais apprise mais que je comprenais mieux, de même que les Italiens comprenaient mieux mon français que l’anglais que j’utilisais … à cause sans doute de la différence d’accent auquel l’anglais est très sensible.

      En dehors des voyages, en écoutant simplement la télé par exemple, je comprends mieux (déchiffre mieux à l’écoute) l’allemand (langue que j’apprécie mais que je maîtrise encore moins bien que l’anglais) que l’anglais dont la prononciation diffère beaucoup (trop) de l’écriture. Idem pour le chinois dont je ne connais que quelques mots.

      Et l’Uropi dans tout ça ?
      Il s’agit pour moi d’une langue-pont, d’un lien entre toutes ces « variantes » de notre source linguistique commune, et qui m’a fait découvrir et apprécier les langues salves, entre autres, dont je ne soupçonnais même pas le lien de parenté avec ma langue maternelle et celles que j’ai apprises par la suite (anglais, allemand, espagnol et même le latin).
      La communication « essentielle » passe avant tout par un moyen ou un mode d’expression qui a pour nous quelque chose d’un peu familier.

      Par ailleurs, je n’ai rien contre la langue anglaise, qui fait aussi partie de notre patrimoine commun. Cependant, même s’il s’agit de la première langue que j’ai étudiée (avec le latin) en dehors de ma langue native, l’anglais reste toujours pour moi une langue un peu « exotique » et que je maîtrise toujours mal à l’oral. L’Uropi a tendance à me réconcilier avec celle-ci, tout comme il attise aussi ma curiosité pour d’autres langues, les langues slaves, le persan (farsi), etc… toutes ces langues qui ne seront jamais, heureusement (pour elles), des langues « internationales » (terme qu’il faudrait redéfinir d’ailleurs).

      • Bertrand Carette

        Précisions : lorsque j’écrivais « idem pour le chinois » dans mon message précédent, je voulais dire qu’il m’était plus facile d’extraire ou de reconnaître un mot ou une expression chinoise dans une conversation ou un discours dans cette langue que de faire la même chose pour l’anglais, que je suis censé mieux connaitre.

  • Didier Mallet

    Entendu, il y a autant de sortes d' »anglais » que de gens qui parlent cette langue. Et que l’étendue géographique de cette langue suppose un certain nombre de divergences inévitables et que l’égyptien moyen qui n’en parle que quelques mots risque fort de ne pas parler l’anglais de Bayron ou de Dickens. Et pourtant, il m’arrivera de comprendre un égyptien ou un sud-américain plus facilement en anglais (qu’en allemand d’ailleurs) ou de me faire comprendre de lui que s’il me parle arabe ou portugais ou espagnol, langues que je ne parle pas). Malgré ses imperfections, elle m’est bien pratique pour communiquer avec des hollandais quand j’en ai besoin ou des espagnols quand ils ne parlent pas français. Allez-vous faire apprendre aussi l’uropi aux autres continents ? Lorsque je dis qu’apprendre une langue est autre chose que de communiquer purement et simplement, c’est que ceux qui apprennent vraiment une langue étrangère préfèrent investir en cette langue plutôt que dans une langue « commune » qu’ils n’ont aucune envie d’apprendre. Et si l’uropi est une langue « mal apprise » elle sera aussi mal parlée qu’un anglais approximatif. Voilà ce qui me rend un peu sceptique. La preuve, c’est que vous soulignez qu’il est plus facile de comprendre une langue « non apprise » (chinois ou italien) qu’une langue que nous sommes censés parler couramment. Alors qu’en sera-t-il de l’uropi, s’il reste une langue confidentielle, et pire,s’il est mal enseigné… Autant de questions qui pour moi restent sans réponse. Mais il est vrai que je fais sans doute partie d’une génération qui apprenait le latin en même temps que l’anglais, l’allemand, le français et pour laquelle, les racines communes étaient nombreuses. Ce qui nous dispense d’avoir recours à une langue commune. Les allemands d’ailleurs pour se faire comprendre lorsque le terme leur apparaît trop « germain » ont recours au terme latin qui ressemble au français et n’ont pas besoin d’un autre terme supplémentaire qui ferait double emploi.
    Que certains veuillent trouver un langage commun c’est louable, qu’ils prétendent l’imposer à tous, quels que soient les moyens me paraît bien hasardeux.Voilà tout ce que je voulais dire.

  • Je vois que vous m’avez mal lu… en tout cas mal compris. Il ne s’agit pas d’imposer quoi que ce soit à qui que ce soit… (la seule chose qu’on veut nous imposer, et qu’on nous impose, c’est la rigueur économique sous couvert de dettes nationales: demandez à vos amis grecs: l’Europe, en ce moment, ils adorent…).

    Moi, je pense que l’Europe mérite mieux que cela, mieux que la débâcle économique et financière, mieux qu’un baragouin pseudo-angloaméricain qu’il faut bien appeler « globish ».

    L’Europe c’est une grande civilisation qui a apporté au monde le progrès humain, les idées de liberté et de démocratie, l’Europe, c’est un magnifique bouquet de langues vivantes, toutes plus belles les unes que les autres… et vous voudriez sacrifier tout cela sur l’autel du Globish et de la mondialisation ?

    Ce qui m’attriste un peu, lorsque vous parlez du désintérêt des français pour l’allemand, c’est que vous n’en analysez pas les causes.

    1) le tout « anglais »: pourquoi se fatiguer à apprendre d’autres langues ? Or, c’est un prof d’anglais qui vous parle, en dehors d’une petite élite, et malgré la propagande pro-globish qu’on retrouve jusque dans nos assiettes, ça ne marche pas: jamais le « niveau » n’a été aussi bas.

    2) Dans une société qui encourage la facilité et la paresse, l’allemand fait figure de langue difficile et l’espagnol de langue facile. Rien n’est plus faux: les élèves ont l’impression en disant l’homo, la fema, el tablo, la chesa, el gato (le chat ou le gâteau ?) de parler espagnol; je vous passe les imparfaits du subjonctif.

    Quant aux anecdotes illustrant la non-compréhension due à l’usage de « l’anglais », j’en ai tellement récolté (dans tous les pays du monde) que je pourrais en remplir un livre !

    Mes préoccupations sont de deux ordres:

    1) La défense de nos langues aujourd’hui menacées par l’angloaméricain (le globish): Voir le livre de Claude Hagège: Halte à la Mort des Langues.

    2) Créer un LIEN entre les Européens. Depuis plus de 50 ans que l’Europe existe, elle n’a jamais été autant menacée dans son existence. Peut être parce que l’Europe a toujours été faite « par en haut » et jamais « par en bas » au niveau des citoyens. Je suis pour une Europe SOLIDAIRE, faite PAR ses citoyens POUR ses citoyens. Et c’est à ce niveau qu’une langue commune peut créer ce lien qui nous fait cruellement défaut. Plutôt que d’imposer, il s’agit de susciter un élan, en créant ce lien, pour que les Européens s’unissent… enfin !

    L’anglais, même bien parlé, ne pourra jamais jouer le rôle d’une langue commune, car c’est la langue d’1 (de 2?) peuple(s) d’Europe, et de puissances extra-européennes dont certaines affichent une volonté de domination. De toute façon, si l’anglais avait pu jouer ce rôle, en 50 ans et +, tous les Européens parleraient aujourd’hui couramment l’anglais.

    Et puis, le « tout anglais », comme le « tout coca », le « tout McDo », le « tout nucléaire », etc., c’est une forme de « totalitarisme » dans la mesure où on élimine tout pluralisme. Ich möchte noch « wie Gott in Frankreich leben » können.

    • On ne peut qu’être d’accord avec la majorité de ce que vous dites.
      .
      Concernant l’espagnol, je suis plus réservée. Tout dépend de l’origine de celui qui l’apprend. Un Français ou un Italien aura moins de difficultés qu’un Anglais ou un Tchèque, bien entendu. Mais les exemples que vous citez (dire « una chesa » pour une chaise) ne peuvent être le fait que de plaisantins, ou d’ignares crasses, qui ne savent pas vraiment ce qu’est une langue et ne s’intéressent pas non plus à l’altérité. Si je ne craignais de vous offenser, je dirais que cet argument me semble naïf.
      .
      Par contre, je dois dire que c’est pour moi un mystère absolu que de constater qu’il continue d’y avoir des gens inventant de nouvelles langues auxiliaires, avec des argumentations qui me paraissent relever plus de motivations psychologiques que vraiment rationnelles.
      .
      C’est naturellement intéressant du point de vue linguistique, mais de mon point de vue cela présente un certain nombre d’inconvénients ou de risques. Je dirais même qu’il y a une suspicion légitime envers ces créations.
      .
      En tant qu’espérantophone et locutrice de 4 autres langues (FR, EN, IT ES), l’initiation à deux autres (DE, PL), plus la compréhension passive de quelques langues latines (orale et écrite pour PO, CA…) et germanique (écrite seulement pour NL), je suis convaincue qu’il est bien plus utile et urgent de combiner la diffusion de l’espéranto et la familiarisation des peuples avec les diverses langues existantes, que de réinventer indéfiniment le fil à couper le beurre avec une chance de succès proche de zéro.
      .
      L’énergie que vous investissez dans la promotion de votre nouvelle langue serait bien mieux employée à agir pour la langue qui existe déjà avec des millions de locuteurs ou d’apprenants, reconnaissance de l’UNESCO, cours et examens en Hongrie, ET DELIVRANT DES DIPLOMES DU CECRL* à savoir… l’espéranto.
      Vocabulaire en majeure partie européen, structure grammaticale adaptée à un usage complètement international, voilà qui en fait un outil COMPLET, à la fois européen et international, et surtout en rend l’apprentissage possible et assez facile dans les régions les moins concernées par les langues européennes.
      N’oubliez pas qu’en Amérique, aussi bien au Nord qu’au Sud, régnent (hélas au détriment des langues et cultures d’origine!!!), des langues venues d’Europe. En Afrique itou (quoique les langues locales y soient moins reléguées qu’en Amérique Latine). Reste donc l’Asie. Le mouvement espérantiste est assez fort aussi bien au Japon qu’en Chine… Croyez-vous que ces peuples vont se mettre à l’Uropi???
      .
      J’en terminerai par la suspicion (aspect le moins agréable de mon argumentaire). Quelles que soient les qualités de votre langue (j’avoue avoir peu de temps pour me pencher dessus, malgré mon désir), il me semble que sa principale action ne peut être qu’affaiblir l’espéranto et « brouiller les pistes ».
      .
      Vous êtes en droit de penser ce que vous voulez, par exemple que l’Eo est imparfait, trop ceci, pas assez cela… mais vous n’êtes pas le premier. Ido, Interlingua, etc etc… les autres créations de langues auxiliaires ne sont jamais arrivées à une reconnaissance et une fonctionnalité comparables à celles de la langue de Zamenhof. Donc, quelle que soient les « bonnes » intentions (dont chacun sait qu’elles pavent l’enfer) le résultat OBJECTIF est d’entraver la diffusion de la seule langue suffisamment répandue pour VRAIMENT parvenir à sceller une identité européenne. Avez-vous des locuteurs dans chacun des membres de l’Union? NOUS OUI!

      Dans la suspicion sur les motivation des premiers Uropistes, restent deux hypothèses auxquelles je me refuse à souscrire: 1) le moteur de l’ego, désir de reconnaissance et incapacité à faire partie d’un travail coopératif tel celui qui se pratique en « Espérantie »… et la 2: projet de créer une « niche » qui détourne une partie des soutiens potentiels de l’Eo. Trop de gens (spécialement des jeunes) ne connaissent pas même l’existence de l’Eo. Si on leur présente d’abord l’Uropi, il seraient ensuite moins sensibles à l’idée espérantiste. Sous couvert de lutter contre l’anglomanie, on arriverait ainsi à la favoriser « objectivement ».

      ———————-

      (*) CECRL -> Cadre Européen Commun de Référence des Langues

  • Réponse à Dominique C

    Je crois que vous n’avez pas bien saisi le fond de mon article: il ne s’agit pas d’ajouter une langue auxiliaire de plus aux centaines de langues artificielles qui ont précédé ou suivi l’espéranto; il s’agit d’UNIR LES PEUPLES D’EUROPE en provoquant l’ÉVEIL D’UNE CONSCIENCE EUROPÉENNE. L’espéranto est né en 1887, soit 70 ans avant « l’Europe » (traité de Rome 1957), il ne peut donc assumer cette fonction – pas plus que l’anglais, d’ailleurs, ou n’importe quelle autre langue choisie au hasard. L’espéranto a apporté la preuve qu’une langue construite peut fonctionner, bravo et merci ! Mais en quoi a-t-il contribué à la construction européenne ? En rien, son ambition est beaucoup plus vaste: « Unu mondo, unu lingvo », si je ne m’abuse.

    Une langue européenne commune doit être un CATALYSEUR: faire prendre conscience à chaque européen qu’il est EUROPÉEN. Et pour cela, il faut que chaque peuple d’Europe apporte sa pierre à l’édifice par le biais de sa propre langue: c’est le seul moyen pour qu’il se sente concerné, qu’il se sente faire partie de l’ensemble et que le « langue commune » ne lui paraisse pas imposée de l’extérieur.

    L’Uropi assume cette fonction de langue COMMUNE: prenons une langue d’Europe au hasard, comme le letton par exemple, les mots: naba, nags, laist, jūgs, slīdēt, rēķināt, izplāpāt, govs, feja, tēja, etc. (nombril, ongle, laisser, joug, glisser, calculer, divulguer, vache, fée, thé) correspondent aux mots Uropi: nabel, nag, laso, jug, slizo, reko, usblato, gova, feja, tej… On peut faire la démonstration avec toutes les langues d’Europe, petites ou grandes, en allant même au delà des langues de l’Union puisque l’albanais, l’arménien et le russe, voire l’hindi, le persan ou le kurde (langues indo-européennes), peuvent apporter leur contribution.

    L’avantage, c’est que l’Uropi est une OUVERTURE sur les langues d’Europe: il permet de se familiariser avec certains aspects: des mots, des tournures, des éléments de la syntaxe des autres langues européennes; cela vous donne envie d’en savoir davantage et, pourquoi pas, envie d’apprendre ces langues.

    Ni l’espéranto, ni l’anglais ne sont en mesure de créer ce lien fédérateur.

    J’aimerais maintenant revenir sur deux points de votre argumentation:
     » les exemples que vous citez … ne peuvent être le fait que de plaisantins, ou d’ignares crasses, … je dirais que cet argument me semble naïf. »
    Sauf que mon épouse est prof d’espagnol dans un bon lycée de la ville et que je peux vous monter les copies…

    La faille dans votre argumentation, c’est que pour vous (avec l’espéranto) le monde semble s’arrêter en 1887: c’est la négation de tout progrès en matière de linguistique. L’espéranto est sans doute ce qu’on pouvait faire de mieux à l’époque avec les connaissances de l’époque, mais nous sommes en 2011! C’est un peu comme si on nous proposait de remplacer notre ordinateur par une vieille Remington. Pourquoi croyez-vous que tant de personnes – parmi lesquelles de grands linguistes comme Otto Jespersen ou André Martinet – se sont acharnés, d’abord à essayer – en vain – de réformer l’espéranto (Ido, Esperantido, Neo…), ensuite à créer d’autres langues comme l’Occidental, le Novial ou l’Interlingua ? Parce que l’espéranto est irréformable et figé dans sa mouture de 1887, le fameux Fundamento.

    Voici 2 ou 3 phrases en Eo, Ur, Fr, Ang:

    Mi ĝojas! Vi estas hispana, ĉu ne ?
    Prijen, tu se Espani, ne veri ?
    Pleased to meet you, you’re Spanish, aren’t you ?
    Enchanté, tu es espagnol, n’est-ce pas ?

    ĉu vi malsatas ? ĉu vi volas manĝi iom da fromaĝo ?
    Se tu fami ? Vol tu jedo u poj kiz ? Are you hungry ? Would you like to eat some cheese ?
    Tu as faim ? Veux-tu manger un peu de fromage ?

    Kafon kun iom da lakto.
    U likikafa.
    A white coffee.
    Un café crème.

    Ĉu vi povas alporti al ni la kalkulon? Moz vu apero no de reken ?
    Can I have the bill, please ? Pouvez-vous m’apporter l’addition ?

    A mon avis, il n’y a pas photo !

  • Bertrand Carette

    Si je peux me permettre, j’aimerais faire une ou deux remarques sur l’intervention de Dominique C.

    Il y a quelque chose de frappant dans ce que vous dites, que l’on retrouve assez souvent dans les milieux espérantistes, et qui m’a d’ailleurs fait prendre des distances avec ceux-ci , après plusieurs années de fréquentation.

    Je cite quelques « mots-clés » dans le désordre, extraits de votre message, pour illustrer mon propos : « mouvement espérantiste », « NOUS OUI », « Espérantie », « idée espérantiste », etc. qui me font penser, et qui d’une certaine manière confirment, que l’Espéranto est bien devenu une langue communautaire, parfois même communautariste, comme l’aurait d’ailleurs souhaité son auteur à l’origine (idée interne, etc.).

    De ce fait, cette langue, respectable comme toutes les autres langues, en tant que mode d’expression humain, perd cette capacité à être ou devenir une langue véritablement « internationale ».
    En fait, elle n’est « internationale » qu’au sein même de la communauté qui s’est créée autour d’elle, mais perd en même temps, et de ce fait, cette neutralité qu’elle revendiquait. Neutralité souvent mise en avant, par les espérantistes eux-mêmes, comme critère essentiel définissant une langue auxiliaire digne de ce nom.

    En effet, vous semblez toujours, ou en tout cas très souvent, promouvoir plus le « mouvement » ou l' »idée » espérantiste que la langue elle-même.
    Il se peut que pour vous la question de la langue soit réglée une fois pour toute, car l’Espéranto, en tant que langue, a été figé par son « Fundamento », il y a maintenant plus d’un siècle, et qu’il n’y aurait donc plus de questions à se poser et, surtout, de remises en questions à faire.
    Mais une langue figée est une langue morte. Ceux qui avaient proposé l’Ido, entre autres évolutions possibles, parmi lesquels l’auteur de l’Espéranto lui-même (et pour une grande part), l’avaient bien compris, mais n’ont pas été entendus, car le « mouvement », l' »idée » ou le système Espéranto (appelez-le comme vous voudrez) avait déjà pris plus d’importance que ce pourquoi il fut créé.

    Lorsqu’ici, on parle d’Uropi, il s’agit bien de présenter d’abord une langue, vivante, reflet d’autres langues apparentées. Ces dernières naissent, évoluent, parfois disparaissent, dans un monde qui évolue aussi, se transforme, riche de cette multiculturalité et de ce multilinguisme que vous, enfin certains espérantistes semblent voir comme un handicap plutôt que comme un atout. Certains slogans, comme « unu mondo, unu lingvo », le combat que vous menez contre « Babel » ou la »guerre » que vous avez déclaré à l’anglais (la langue cette fois, plus que l’idéologie véhiculée par celle-ci) me confortent dans l’idée que, non seulement l’Espéranto n’a pas atteint le but qu’il s’était donné, mais encore qu’il n’est plus en mesure actuellement d’accomplir cet objectif, car les choses, en ce qui le concerne, ont pris une autre tournure, oserai-je dire un mauvais pli.

    Quant au procès d’intention envers l’Uropi, envers ceux qui le parlent ou ceux qui s’y intéressent, je préfère ne pas entrer dans ce genre de discussion, qui deviendrait vite polémique et n’apporterait rien de constructif au sujet traité ici. D’autant que cette « suspicion », comme vous dites, est absolument sans fondement.

    Peut-on dire que l’Espéranto a pu empêcher l’expansion hégémonique de l’anglais ? Non. Il serait intéressant de comprendre pourquoi, après un siècle et plus d’existence de « la seule langue suffisamment répandue », selon vous.
    Mais est-elle suffisamment adaptée à l’évolution du monde actuel ?
    Qu’en est-il de la rationalité des motivations espérantistes, quand leur langue ne peut suivre l’évolution naturelle des langues existantes ?
    N’aurait-on pas le droit d’affirmer, ou au moins d’avancer, que l’Espéranto, langue hégémonique parmi les langues auxiliaires, a pu aussi « brouiller les pistes » avec de « bonnes intentions », mais peu ou pas de résultats, malgré un champ libre et beaucoup de temps ?

    Refusant par nature la pensée unique et l’uniformisation, je revendique le droit de chercher, de trouver et d’essayer d’autres solutions, sans pour autant nier ce qui a été fait par le passé et dont nous pouvons tirer des leçons très utiles, ne serait-ce que pour éviter certaines erreurs.

    L’Uropi part de la réalité, s’inspire de ce qui est, et qui fonctionne déjà, évolue avec le monde dont il est une forme d’expression parmi d’autres, avec comme particularité de mettre en évidence les liens naturels, les points communs et de créer des passerelles entre les langues, les cultures et les peuples, sans se substituer à ceux-ci. Ce qui motive l’Uropi c’est l’envie de communiquer et d’échanger, rien de plus, je crois …

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