Accueil » Actualités » Inventons une Caisse d’épargne européenne

Inventons une Caisse d’épargne européenne

Pourquoi ne pas réinventer à échelle européenne nos anciennes « Caisses d’épargne » ? Ceci permettrait de réconcilier nos concitoyens avec l’épargne et redonnerait sens et perspective aux efforts qui leur sont demandés aujourd’hui.

Aujourd’hui, l’Europe semble avant tout mobilisée sur l’unique question de la solvabilité des États ainsi que sur les « erreurs de conception » qui auraient prévalu à la naissance de l’Euro. Par contre, trop peu d’attention semble encore accordée aux moyens à mettre en œuvre pour permettre aux économies européennes de créer les richesses qui lui donneront le crédit nécessaire pour rembourser les dettes souveraines. En même temps, l’Allemagne semble se complaire dans une attitude de « Benign neglect » en pensant que les seuls marchés permettront de mettre de l’ordre dans la maison commune et d’imposer un « droit d’intrusion » destiné à instaurer la discipline nécessaire pour l’avenir.

Ces deux évolutions aboutissent à un même constat : nos gouvernements, pris par la complexité et la gravité de la crise, privilégient une approche managériale et sous-estiment le rôle du politique, qui est pourtant le fondement de notre projet commun.

La politique se conçoit à la fois comme « limite » et comme « levier ». Cette dualité se retrouve au cœur de la crise qui nous occupe :

La politique pose une limite aux propositions purement « managériales ». Le droit d’intrusion évoqué aujourd’hui se conçoit aisément dans le cadre d’une relation débiteur/créancier. Pourtant, il est clair, outre sa dénomination malheureuse, que ce droit n’est pas, dans le contexte actuel, politiquement acceptable. Il pourrait même apporter un « coup fatal » à ce que recouvrait autrefois le beau terme de « Communauté », car, instaurer un « droit d’ingérence » au sein d’une « communauté » reste difficilement concevable.

Mais la politique constitue également un levier formidable : l’Union européenne s’est construite autour de grands projets, qu’il s’agisse de la CECA, de la PAC, du « Marché unique » ou de l’euro. Aujourd’hui aussi, nous sommes confrontés à des défis majeurs que les nations européennes ne peuvent plus affronter seuls :

– Le défi énergétique : l’Europe doit conforter et moderniser son avantage comparatif dans le domaine des infrastructures, notamment énergétiques –atout pour les territoires et défi écologique majeur.

– Le défi « générationnel » : aujourd’hui, de plus en plus de jeunes européens peinent à se former. Nos écoles, nos universités, nos centres de recherches sont les premières victimes des plans d’austérité : à la fois du fait des restrictions budgétaires qui les frappent directement, mais aussi parce que de plus en plus de jeunes éprouvent des difficultés financières pour simplement « assumer le quotidien ».

– Le « défi digital » : l’Union européenne s’est engagée à construire des autoroutes de l’information ; effort essentiel, il convient aujourd’hui de poursuivre l’effort en favorisant la recherche et les initiatives permettant à l’Europe de se doter d’un véritable « écosystème » digital, source à la fois de gains de productivité et de nouveaux emplois.

Voilà trois chantiers prioritaires pour l’Europe de demain. Mettre ces trois priorités au centre de notre visée collective permettrait de donner aux générations futures les moyens et l’envie d’œuvrer dans une Europe forte et ambitieuse et de liquider l’hypothèque que la dette fait peser sur elle aujourd’hui.

Comment réconcilier les deux préoccupations : celle du bon « manager » et celle du « politique » qui sait que l’on ne bâtit pas l’avenir uniquement sur une politique de « réparations » ? Pour cela, il convient de créer ou de développer des institutions ; qui seules permettent d’intégrer ces deux dimensions.

Pour mener et accompagner de grands projets d’infrastructures européens, l’Europe dispose déjà d’un instrument efficace et bien rodé : la Banque européenne d’Investissement (BEI). La BEI se finance à bon compte, sur base de son propre bilan, sur les marchés internationaux des capitaux et, depuis peu, directement, si elle le souhaite, auprès de la BCE. Il conviendrait de renforcer son mandat et sa visibilité afin qu’elle puisse pleinement jouer le rôle central qui lui revient pour permettre à l’Europe de relever ces deux défis.

En contrepartie, pour assurer la cohésion économique, nous pourrions conditionner l’accès à ces nouveaux programmes au respect – par les États membres ayant accédé à l’euro – à un certain nombre de règles de bonne gouvernance budgétaire. Ce faisant, la discipline n’est plus une sanction, mais une modalité d’accès à de nouveaux instruments qui répondent aux besoins et aux aspirations de nos concitoyens.

Enfin, on pourrait envisager de coupler à ce dispositif, un instrument d’épargne populaire – réinventer à échelle européenne nos anciennes « Caisses d’épargne ». Cette « Caisse européenne » permettrait aux citoyens européens d’investir à des conditions fiscalement avantageuses au côté et avec la garantie de la BEI dans ces programmes d’avenir. Ceci permettrait de réconcilier nos concitoyens avec l’épargne et redonnerait sens et perspective aux efforts qui leur sont demandés aujourd’hui.

Lucas Noterdaeme et Henri Lastenouse

Publié sur le Cercle les Echos

 

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
x

A lire aussi

Brexit : enfin ça commence

Depuis le vote du Brexit il y’a deux ans, la Grande-Bretagne était ...