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Jacques Sapir : comment avoir raison sur tout, sauf sur l’essentiel, c’est-à-dire la conclusion…

 

Le livre de Jacques Sapir a deux parties distinctes.

Tout d’abord, il commence à décrire les processus de libéralisme marchand (OMC, Gatt, réduction des droits de douane et des quotas) et financier.

Ce libéralisme marchand a conduit, directement, à des délocalisations, une pression à la baisse sur les salaires dans l’industrie directement en concurrence. Et, par effet indirect, car un emploi détruit dans l’industrie en détruit également dans les services, à limiter la croissance sur l’ensemble de l’économie.

Pour maintenir une certaine croissance, il a été alors nécessaire de faire appel à l’endettement public et privé. Pour faciliter cet endettement, c’est tout le système financier qui a été libéralisé.

Il est toujours possible de discuter sur le constat chiffré de J. Sapir portant sur les conséquences des mondialisations marchandes et financières. Mais, dans l’idée générale, il est plus que cohérent de dire qu’un retour de balancier sur les libéralisations financières et marchandes est nécessaire : taxe sur les transactions financières ou limitation stricte par prêt direct de la BCE aux États, normes sociales et environnementales au même niveau que les normes commerciales ou retour à des droits de douanes au niveau européen ? Les solutions précises divergent au sein du camp progressiste, mais le constat est partagé : des régulations européennes de la finance et du commerce international sont à réinventer.

La deuxième thèse de J. Sapir est, en revanche, beaucoup plus déstabilisante pour les Européens que nous sommes : « Les pays de la zone Euro auront toujours des politiques et des trajectoires divergentes, il faut donc organiser la fin de l’Euro. »

Il est donc, absolument, nécessaire d’y répondre point par point.

Afin de reproduire le plus fidèlement possible la pensée de J. Sapir, nous allons commencer par un petit verbatim.

Commençons le verbatim (l’argumentation des phrases est contenue dans le livre de J. Sapir) :

« La croissance de la zone Euro risque d’être étouffé par le double poids des dettes publiques et surtout privée. » p. 229

« L’autonomie monétaire n’est possible que par un contrôle strict du mouvement des capitaux. » p. 230.

« En l’absence de tout mécanisme de péréquation des revenus à l’échelle de la zone [euro], la divergence économique est appelée à s’accentuer dans les années à venir. » p. 210.

« La nature de la réaction d’une économie à la politique monétaire dépend de ses structures et de ses institutions. » p. 207

« Chaque pays a un taux d’inflation, qualifié de structurel, et qui dépend dans une très large mesure de ses structures économiques et des compromis sociaux qui y ont été passés. »

« Faire cohabiter dans la même zone monétaire des pays dans le taux d’inflation dit structurel est différent ne peut que conduire soit à déprimer l’activité dans certains de ces pays, soit à provoquer au sein de cette zone des déséquilibres importants qui conduiront l’éclatement de la zone monétaire. »

« L’inflation n’influence pas toujours négativement la croissance économique. » p. 208

« La crise du dollar reste une perspective très probable à horizon 2 ou 3 ans. » p. 234,

« Il faut passer à une monnaie commune afin d’adapter le système à l’existence de taux d’inflation structurels très différents. » p. 236

« Les matières premières deviendront des réserves de valeurs, pour se prémunir de la volatilité des taux de changes », le prix des matières premières variera fortement, ce qui pénalisera fortement les pays en voie de développement. »

« La zone Euro nous contraint à emprunter à des taux qui sont certes pour l’instant modéré mais très supérieur aux taux de refinancement des banques pratiqués par la BCE. »

 

Quelles conclusions de ce Verbatim ?

Le fonctionnement actuel de la zone Euro ne peut que conduire, dans un premier temps, à de la rigueur pour certains de manière directe, et donc pour tous, car les exportations d’un pays dépendent de la croissance des autres pays.

Dans un deuxième, la divergence entre les pays européens (sur leur taux d’inflation, sur leur croissance ou sur l’évolution de leur dette) ne peut conduire qu’à leur explosion…

Néanmoins, il y a, tout d’abord, sur certaines positions, un compromis possible avec Sauvons l’Europe :

a) il est nécessaire de sortir du tout monétarisme et il faut permettre à la BCE de continuer et d’accroître ses opérations de rachat de dette, voire d’effectuer des opérations d’achat de dette directe. La première étape de cette sortie du monétarisme étant la création d’Eurobonds garantis par l’ensemble des pays européens.

Cela devant permettre de laisser le temps aux différents pays d’organiser leur désendettement, en évitant le « tout rigueur » d’aujourd’hui.

b) le vrai risque aujourd’hui, c’est la rigueur et la déflation, ce n’est pas l’inflation, il n’est plus nécessaire d’avoir comme objectif une diminution de l’inflation. Alors même que l’inflation n’est pas toujours l’ennemi de l’emploi.

c) l’impact des crises et l’incertitude nécessitent de prendre des mesures sur la gestion du prix des matières premières.

d) il est absolument nécessaire de remettre de la régulation sur le marché financier et les mouvements de capitaux pour assurer une certaine souveraineté européenne ou nationale sur la fiscalité.

e) une solidarité européenne, via un impôt (cf. la pétition Qui va payer ? lancée par Sauvons l’Europe et d’autres partenaires), est une obligation.

Néanmoins, il reste donc une argumentation à laquelle je n’ai pas répondu.

Pour ce faire, commençons par un exemple : soit une zone monétaire avec un pays avec un syndicat fort qui privilégie les salaires (la Grèce) et un pays avec un syndicat qui privilégie l’emploi quitte à accepter des salaires atones (l’Allemagne). Alors, une augmentation du coût du pétrole conduira à une hausse des salaires en Grèce pour conserver le pouvoir d’achat et sera sans impact en Allemagne… La structure politique, à chocs économiques identiques, conduira à des divergences et il n’y aura jamais convergence au sein de la zone Euro.

Cette argumentation nécessite donc de dire que les structures politiques doivent se rapprocher. Selon quel critère ? La BCE toute-puissante ou la démocratie européenne ?

Donc la réponse à l’argumentation de Sapir, c’est la démocratie européenne, ce sont des syndicats européens, des règles communes mais décidées au niveau européen pour rapprocher les structures syndicales, économiques, sociales. On parle beaucoup d’harmonisation de la politique économique, c’est donc notoirement insuffisant ! C’est bien vers une harmonisation des modèles sociaux qu’il faut construire, ce qu’il faut faire c’est bien reconstruire un modèle social européen ! L’harmonisation des politiques économiques sans harmonisation sociale, fiscale, syndicale ne servira à rien !

La sortie de l’Europe n’est donc plus une obligation économique. En revanche, la convergence des modèles sociaux, politiques et économique en est un. Cette convergence ne peut se faire que par la démocratie. Ainsi, la conclusion de J. Sapir est en fait simple, soit la démocratie européenne est possible, soit il faudra sortir de l’Euro.

Bref, le fédéralisme ou le retour à la nation !

Et cela me donner envie de sauter sur ma chaise comme un cabri et dire « Démocratie, démocratie, démocratie, démocratie ! ».

Ben

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
  • Et voilà que la classe politique allemande se réveille mais attend toujours que Paris lui fasse sa déclaration d’amour fédérale….

    • jm bouquery

      pas d’Europe de la défense et des Aff. Etr.c’est le prix fort pour la Pax Americana, pour nos sources d’énergie, pour une écologie maitrisée et pour toute négo avec la Chine…..profondeur des nombrils et étroitesse de l’esprit; mépris de l’avenir autoprescrit….jm b

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