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La chute du Mur de Berlin: un point de vue syndical

Où étais-tu le 9 novembre 1989 ?

J’étais à Düsseldorf le jour du 9 novembre 1989. La nouvelle tombe. Je prends le téléphone et j’appelle ma femme Monique qui était avec sa famille en France. J’ai encore pris le téléphone et j’ai parlé avec mon ami Wolfgang Templin, un dissident qui a été expulsé en 1988 avec quelques de ses amies. Et puis je suis allé à la gare et j’ai pris le premier train vers Berlin. Et on a fait la fête et nous avons dit au revoir au mur.

Quel témoignage peux-tu apporter sur cet événement imprévisible ?

Quelques mois plus tard, j’ai pris la direction de bureau de liaison de la DGB à Berlin, d’abord dans la maison de la centrale de la FDGB (l’homologue de la DGB en RDA) qui était en train de disparaître. Aujourd’hui c’est l’Ambassade de Chine qui, après aménagement, a pris la place. Avec des grands murs autour… L’opposition démocratique avait l’espoir de pouvoir réformer la RDA et de la mener dans une fédération avec la RFA, une proposition qui était aussi soutenue par une grande partie de la classe politique en Allemagne et par le chancelier H.Kohl. Cette voie aurait probablement changé la suite du processus: une RDA sur des bases démocratiques rentrant avec dignité dans une nouvelle Allemagne. Mais le peuple en a décidé autrement. Reste à noter qu’il y a eu absence complète de connotations nationalistes. A la fin, le système de la RFA a pris les devants et l’opposition démocratique avec ses ambitions et rêves est resté sur le bord de la route.

Comment s’est situé le mouvement syndical européen dans le contexte de l’époque ?

La DGB était devant un challenge énorme. Reconstruire une nouvelle organisation syndicale en RDA n’était plus possible face à la dynamique populaire. Alors la DGB et ses fédérations étaient obligées de prendre l’initiative. Nous étions dans l’embarras et devant des épreuves énormes. Une première réunion de l’assemblée syndicale de la DGB se tenait au mois de novembre 1990 à Berlin, un instant certainement historique. Entretemps j’avais déménagé mon bureau vers le siège de la confédération historique ADGB dissoute par les Nazis en 1933 où j’étais bien a l’aise a la différence du bunker de la bureaucratie syndicale ancienne de la FDGB. Les syndicats européens étaient surpris, eux aussi, par les événements. Ils étaient bien entendu très intéressés de voir les choses sur place. La DGB pendant un moment était très réservée de s’ouvrir, certainement aussi parce que dépassée par les événements. J’ai reçu à titre individuel la visite de quelques amis, parmi eux le futur secrétaire général de la CES, Emilio Gabaglio et l’ancien Secrétaire international de LO-Norvège, Kare Sandegren. Finalement, j’ai réussi à organiser un groupe de travail avec les affiliées de la CES, qui s’est tenu dans une ancienne école de la Stasi. Situation incroyable !! Une deuxième rencontre s’est déroulée avec des syndicalistes des Pays Bas dans les bâtiments d’une LPG (coopérative de production agricole) dans un village près de la frontière avec la Pologne. Après, travaillant déjà à la CES, une réunion de notre groupe de travail « élargissement » s’est organisé « à cheval » entre la Pologne et l’Allemagne. Les participants étaient obliges de passer les contrôles frontaliers deux fois par jour. Cela nous a aidé d’encore mieux apprécier une Europe sans frontières.

Penses-tu que l’action de Solidarnosc ait précipité cette ouverture de l’Europe ?

Solidarnosc, avec comme précurseurs les événements à Berlin, à Poznan et à Budapest dans les années cinquante, a sans doute pavé le chemin vers un renouveau de l’Europe et vers l’unification de l’Europe démocratique. Mais c’était aussi finalement la banqueroute complète, économique, politique et morale du système soviétique qui a fait tomber le mur de Berlin.

Quel bilan peux-tu tirer de ces bouleversements européens positifs ?

« Globalement positif »a répondu Georges Marchais quand on lui a demandé de tirer le bilan du « « socialisme »de type soviétique. Il a eu tort. Je reprends ses mots pour tirer le bilan de l’unification de l’Allemagne et je pense que j’ai raison.

 

Peter Seideneck, témoigne : Journaliste d’origine, il a assumé plusieurs responsabilités au sein de la DGB allemande depuis 1974 (secteur jeunes, département international, Conseiller Europe des présidents de la DGB : Vetter, Breit et Meyer, directeur des relations publique de la Fondation Hans Böckler, Conseiller du secrétaire général de la CES, Emilio Gabaglio (1993-2003) et depuis, Conseiller des relations extérieures de la Confédération Européenne des Syndicats – CES – notamment pour les région des Balkans et des pays Arabe.
Propos recueillis par Jean-Pierre Bobichon.

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
  • Patrick Drai

    Pour emprunter à Mauriac, je dirai que j’aime tellement l’Europe, que je préfère qu’il y en ai deux !
    Dans la construction, il y a les murs et les cloisons.
    Les murs sont porteurs, isolent et sont intouchables.
    Les cloisons sont légères, peu isolantes et déplaçables.
    Le Mur de Berlin, n’était qu’une cloison !

    • gerard vernier

      Votre réflexion ne manque ni de pertinence ni de finesse.
      Mais il me semble que la vocation de « porteur » d’un mur s’applique essentiellement à l’architecture d’une maison. Pour ma part, j’inclinerais à penser que le Mur de Berlin aurait été davantage à considérer comme une « clôture en dur » à vocation de séparation, comme entre deux jardins.
      Si l’on devait appliquer l’image de « cloisons » à une évocation historique de « Berlin », ce serait, à mon sens, plutôt au découpage de l’Afrique tel qu’il a résulté de la Conférence de Berlin de 1885, où les puissances coloniales de l’époque ont dessiné – et imposé – des frontières, souvent artificielles, pour le partage du continent.

      • Antonio Fernández

        D’accord avec vous,mais des frontières artificielles, il y en a eu en Europe. Cf conférence de Yalta.

  • Antonio Fernández

    Ayant travaillé dans l’ex RDA, j’aimerais que l’auteur définisse le terme démocratie et dise si aujourd’hui, l’Allemagne est une démocratie.

  • Bernd

    purée quel syndicalisme aveugle… que la chute du mur a conduit à <la casse sociale et des salaires (hartz 4 etc) qu'elle a ficelé la domination allemande totale sur l'europe et la version d'europe conçu par Ribbentrop,mené à la separation et/ou destruction des etats voisins (tchequeslovaquie,jugoslavie) due à l'allemagne laquelle est riche car elle n'a jamais payé les degats des guerres ni rendues les biens volés grace a la complaisance surtout de la france les autres pays d'europe paient les degats et les exportations allemandes la chute du mur etait aussi une catastrophe historique laquelle a mené à l'annexion de la rda pas a une soi-disant reunification que les cons de l'est voulaient les memes poubelles que ceux de l'ouest est encore une autre histoire…

  • Je pense que l’histoire du mur de Berlin telle qu’elle s’est réalisée etait tous comptes faits par sa spontanéité la meilleure solution : elle a obligé le chancelier , devant le fait accompli , à trouver des solutions rapides pour éviter la cacophonie due à la soudaineté de ce fait historique . Cela se confirme par les faits . Ce qui m’a le plus surpris c’est la prise de décision d’echannger la monnaie de la RDA par celle de la RFA à égalité de valeur.

  • lalire

    je partage l’interrogation sur l’utilisation du terme « démocratie ». L’opposition démocratique n »a pas gagné si je comprends bien le propos de P. Seideneck. Mais la démocratie me semble bel et bien avoir progressé avec la chute du mur, à défaut d’avoir totalement gagné où que ce soit dans le monde…

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