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La Grèce – La B.C.E. – l’Union Européenne Un nœud de contradictions !

La victoire électorale de Syriza est aussi la victoire de la démocratie. Le « peuple » s’est exprimé et appelle de ses vœux un changement ; il incombe aux élus d’en tenir compte. Cette victoire a été acquise sur la promesse de maintenir la Grèce au sein de l’UE et de l’Eurozone, le soutien pour cette politique étant – d’après les sondages – plus de deux fois plus important que celui obtenu par le parti.

Or, si le Gouvernement Grec change la politique intérieure sur base de ce mandat, cela ne lui donne aucune légitimité pour imposer à ses partenaires européens, qui lui ont fourni une aide cumulée de quelques €240 milliards, une modification unilatérale des accords existants.

Une négociation – déjà annoncée – s’impose donc. Quels en sont les paramètres ?

– Les conditions de la dette existante (échéance – taux d’intérêt) ;

– les contreparties exigées par les créanciers (réformes – engagements).

Sans accord, la Grèce, sera acculée à la défaillance ce qui peut s’envisager selon deux scénarii :

– une défaillance au sein de l’UEM qui imposerait l’accès limité des déposants à leurs actifs bancaires (sur le modèle cypriote) et l’introduction d’un contrôle des changes;

– une sortie pure et simple de l’UEM avec des conséquences imprévisibles – mais hautement dommageables – tant pour la Grèce que pour le reste de l’UEM.

En ce qui concerne la renégociation des conditions des emprunts, une nouvelle prolongation des échéances et/ou une baisse des taux sont l’équivalent d’un « défaut partiel », comme lors de la précédente restructuration accordée lors du deuxième paquet d’aide de l’UE et du FMI.

A ce propos, tuons immédiatement le « canard » diffusé par les médias qui évalue le coût d’une remise totale de la dette grecque détenue par l’Etat français (€ 40 milliards) à € 700 par habitant. Etant donné le moratoire de dix ans sur le paiement des intérêts et l’amortissement du principal, suivi de l’étalement sur 30 ans du remboursement, il convient de calculer la « valeur actuelle » de ce capital. En tenant compte d’un taux d’escompte annuel moyen de 4% (en ce inclus un taux d’inflation de 2%) sur la durée moyenne du prêt (+/- 25 ans), hypothèse très conservatrice, le coût à charge du contribuable français en cas d’annulation de la dette serait nettement moindre.

En ce qui concerne la négociation des contreparties, un acquiescement pur et simple au programme de réformes promises par Syriza (dont le coût est estimé à €12 milliards) en plus d’un aménagement des conditions existantes serait une violation des engagements souscrits par la Grèce dans le cadre des prêts antérieurs mais aussi de ceux découlant de la discipline budgétaire applicables à tous les Pays Membres de l’UEM. De surcroît, des concessions qui ne seraient pas encadrées par un accord de stabilisation signé avec l’UE mettraient en péril le programme d’assouplissement monétaire annoncé le 20 janvier par la BCE qui soulignait l’importance de réformes structurelles complémentaires indispensables à l’efficacité de la relance souhaitée. Ceci serait d’autant plus dommageable que de telles concessions créeraient des précédents, incitant d’autres pays membres à postposer leurs propres réformes.

Les appels à un « changement de politique » européenne, venant surtout de ceux qui interprètent la victoire de Syriza comme annonciatrice de bouleversements politiques à venir, sont totalement incohérents. Il suffit pour s’en persuader de constater que l’unique point commun de ces chantres (avec l’exception notable de Syriza) est leur « euroscepticisme » et leur espoir que la victoire d’un parti « antisystème » présage leur propre arrivée au pouvoir.

Dans le cadre de l’UE, telle qu’elle est structurée par les traités en vigueur, il est inenvisageable qu’une majorité se dégage au sein du Conseil Européen pour permettre les assouplissements demandés à la discipline et à la rigueur qu’impose le partage de souveraineté de la monnaie unique. La condition préalable pour envisager ces changements est une réforme en profondeur de l’architecture institutionnelle de l’Union. Dotée d’une structure fédérale, avec un budget, des ressources propres et une capacité d’endettement autonome, l’UE pourrait, en effet, mettre en œuvre des politiques de relance, de déficits budgétaires et d’endettement, « mutualisés » par nature, utilisant des outils comparables à ceux dont disposent les Etats-Unis, la Grande Bretagne ou le Japon. Cette condition est cependant fermement rejetée par tous ceux qui appellent hypocritement « Bruxelles » à changer de politique.

Comme je l’ai déjà écrit à propos de l’« Après Charlie », le moment de décision quant au futur de l’Union approche à grands pas. L’instrumentalisation du résultat des élections grecques par des partis nationalistes au service d’un anti-européanisme viscéral se dresse déjà contre l’espoir qu’a pu faire naître un moment une prise de conscience en faveur des valeurs partagées par la grande majorité des citoyens et que seule une Union renforcée peut défendre efficacement.
Bruxelles, le 26 janvier 2015
Paul N. Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre du Comité d’Orientation de l’Institut Thomas More.

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
  • CORMERAIS

    Merci pour cette analyse. Il faut effectivement que l’Europe mette tous les Pays en faisant partie sur un même régime, fiscal, social, que les paradis fiscaux disparaissent avec un conseil de surveillance groupant des personnes compétentes intègres qui s’engagent sur leurs biens propres et qui ne bénéficient d’aucune protection judiciaire, que les revenus des fortunés soient bloqués dans le Pays où s’exerce leur activité puisqu’ils tirent profit du Pays où ils engrangent leurs bénéfices, (7milliards de dollars quittent chaque année le territoire grec!!!), que l’Allemagne qui a bénéficié de l’annulation de sa dette dans les années cinquante arrête de mener la danse et qu’elle restitue le « trésor grec » volé par Hitler, que les banques ne puissent plus recevoir des fonds à taux 0 pour prêter à des taux X à des Pays endettés, selon la santé économique PIB/??? ce qui est une follie et qu’enfin le FMI disparaisse car cet organisme a mis à genoux toute l’Afrique….sans oublier les revenus éhontés de toute cette colossale machine administrative que représente la société des nantis siégeant à Bruxelles et Strassbourg. Les peuples sont saignés à blanc pendant que les politiques et tout le beau monde qui croque dans la manne de l’argent public se repaît de cette misère !. Je suggère que nous revenions au système d’élection de l’antiquité grecque d’Athènes pour retrouver le chemin de la vraie démocratie avec des votes au sort. C’est la seule possibilité pour que le citoyen retrouve sa place. Nous ne sommes pas ignorants des affaires publiques que ceux qui ont le pouvoir et nous avons beaucoup plus de bon sens pour faire en sorte qu’aucun lobbies ne pèse sur la gestion de notre planète.

  • Salvatore

    C’est exactement pour les raisons que vous élucidées que j’appelle avec détermination à la formation d’une assemblée constituante, élue par les ressortissants des pays de l’UE avec pour mandat de rédiger une Constitution pour la fédération européenne. Ce texte, en suite, sera présenté aux citoyennes et aux citoyens des Etats membres de l’UE pour être ratifié.
    Je me rends bien compte que dans le cadre juridique actuelle cette procédure risque de ne pas aboutir. Cependant, nous vivons des moments très très particulières où des décisions courageuses s’imposent. Toutes et tous celles et ceux qui se reconnaissent dans les principes énoncés dans les différentes Déclarations, Chartes, Pactes qui promeuvent le respect et la tûtèle des droits humains, devraient s’unir – de manière pacifique et non violente – pour demander aux parlementaires nationaux ainsi qu’à ceux qui siègent à Strasbourg de trouver, avec la société civile, les moyens pour former cette Assemblée qui serait légitimé par le semple fait d’être l’émanation de la volonté populaire. Faut-il rappeler que en démocratie la souveraineté et le pouvoir appartiennent au peuple ?

    En définitive, les crises (politiques, économiques, identitaires, écologiques) que nos sociétés sont en train d’affronter demandent que les règles de la vie ensemble, dans ce village globale qui est devenu notre Planète, soient redéfinies en profondeur. Pour le moment, l’UE est l’unique région géopolitique en mesure de donner un exemple de comment former une espace de gouvernance politique, à l’échelle d’un continent, selon de principes et des méthodes démocratiques. Pour conclure, à ce projet nous pourrions envisager d’y associer aussi le Conseil d’Europe.

  • Henri Tanson

    Décidément, je ne suis d’accord avec rien !

    Monsieur Paul N. Goldschmidt?

    La victoire de Syriza a été acquise sur la promesse de campagne de sortir de l’UE et de l’euro, il me semble? Jusqu’à ce que Tsipras retourne sa veste…
    Syriza a gagné grâce à une campagne de promotion, nationale ET internationale, d’une ampleur incroyable…
    Tsipras veut négocier la dette? Comme Sarkozy ou Hollande…
    Il ne remet même pas en cause la légalité de la dette ni l’intégration de la Grèce dans l’euro, qui été imposée à la population et contre l’avis des économistes objectifs. Y a-t-il eu référendum, vote? Que nenni.

    Si la France ne veut pas payer pour la Grèce, elle peut simplement décider de sortir de l’Union européenne. Article 50 du TUE. Avant que le bateau ne coule…

    Tsipras n’a aucun pouvoir de s’opposer à l’UE, lui ayant fait allégeance. Son seul pouvoir était d’en sortir! Et il a dit non.

    Dommage que les textes européens ne permettent pas à un pays qui a intégré la zone euro d’en sortir un jour…
    Il y a peu, c’était le même problème pour sortir de l’UE, avant le rajout de ce fameux article 50…

    Vous parlez de partis « viscéralement anti-européens »? Imaginez-vous que l’on puisse s’opposer aux traités de l’UE, en particulier Maastricht et Lisbonne sans correspondre à l’image que vous voulez en donner? Nationaliste… Quelle horreur… Critiquer l’UE? Quelle horreur…
    On peut ne pas être d’accord avec ces textes, après les avoir lus, analysés, et après avoir compris leur rôle dans notre perte de pouvoir politique, dans la désintégration de notre société, la destruction de notre modèle social et surtout de notre économie.
    Vous semblez ne jamais les avoir lus? Pas vous…

    « Une grande majorité de citoyens » en a marre de se faire escroquer par ces traités qui n’ont été écrits que dans l’intérêt des multinationales, de l’argent, grâce à une concurrence libre, sauvage, déloyale. Vous n’imaginez pas le nombre d’articles de ces traités qui y font référence?…
    Les gens en ont marre: je m’étonne que vous ne vous en rendiez pas compte….

  • Thierry Vissol

    Il ne faut pas oublier que Syriza est composé de 18 « familles » de la gauche grecque et n’est devenu un parti que grâce au congrès de 2013 sous la houlette de Alexis Tsipras. ce dernier vient du parti communiste europeiste Synaspismos (proche du communisme de Berlinguer). Son discours depuis lors est clair: la Grèce doit rester dans l’Europe et dans l’euro et n’ a pas varié, que ce soit lors de la campagne pour les élections au PE, dans ses discours aux USA, ou dans la campagne qui l’a conduit au pouvoir. Idem pour son ministre des finances Varoufakis.
    Enfin, il faut aussi regarder l’histoire récente de la Grèce ces 40 dernières années. Les erreurs des gouvernements Pasok-Nouvelle Démocratie qui se sont succédés ont été largement dénoncées par l’opposition et Tsipras: système clienteliste (particulièrement pour une fonction publique inefficente et pléthorique), affairiste, d’évasion fiscale, de possibilité légale (inscrite dans la Constitution de 1974) pour les armateurs de ne pas payer d’impôts (en 10 ans ils ont eu un chiffre d’affaires de 175 milliards exempt d’impôts), d’utilisation des ressources de l’Etat au profit de l’oligarchie (la part du patrimoine grec détenu par les familles riches est passé de 48,6 % avant la crise à 56,1 % en 2014) etc., etc..
    Or c’est tout cela qui non seulement a porté la Grèce à la faillite (dont la Communauté internationale l’a sauvé quoiqu’on en dise – fallait-il laisser la Grèce faire faillitte?), mais n’a pas permi à la Grèce de véritablement sortir de l’ornière tout en faisant payer les moins riches et en épargnant les oligarques. Or, bien qu’il n’y ait pas de doutes que la Troïka ait commis des erreurs par excès d’idéologie et méconnnaissance de la réalité grecque (le FMI l’a reconnu – les USA plaident contre la politique d’austérité), son message – qui est aussi celui de Syriza et de Tsipras – a toujours été celui de la réforme de l’Etat (Syriza n’est pas contre une analyse des besoins et des compétences des fonctionnaires) au service des citoyens et des PME, la lutte contre l’évasion fiscale (estimée à 35 milliards par an, 20% du PIB!). Enfin Stipras et son parti connaissent bien les faiblesses structurelles de l’économie grecques et la nécessité de prendre du temps pour le transformer (comme ils disent la richesse de la Grèce est sa situation géographique et les qualifications de son peuple). C’est la raison pour laquelle ils souhaitent non seulement renégocier la dette qui coûtent très cher en remboursements, mais proportionnellement beaucoup moins que l’Italie en intérêts (en mettant la barre très haut – ce qui pose les problèmes soulevés par Paul Goldschmidt) mais surtout rester en Europe tout simplement parce que comme le dit très cruement Alexis Tsipras (interview en 2014 de Dimitri Deliolanes ex journaliste de l’ERT): « Pour le moment, il n’y a pas de ressources nationales pour soutenir la croissance, il faut le faire avec les fonds européens ». Pour rappel, les fonds structurels européens reçus annuellement par la Grèce repésentent 4,5 miliards d’euro (2,5 % du PIB grec).
    Il y a une grande différence entre être contre les politiques néolibérales, analyser comment fonctionne un pays, ses forces et faiblesses et voir que nous vivons dans un monde hautement interdépendant, où n’importe quel pays, surtout les plus petits ont besoin de s’associer avec ceux qui leurs sont les plus proches (et malgré tout solidaires), seuls susceptibles de faire face ensemble aux défis du présent et du futur que ce soit pour l’économie, le social ou la géopolitique.

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