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La Hongrie assure la présidence de l’Union Européenne: l’UE inquiète

La Hongrie fait partie de l’Union européenne depuis 2004. Cette jeune démocratie, avec l’Espagne et la Belgique, promet un programme de travail ambitieux. Mais elle a un gouvernement qui s’attribue de plus en plus de pouvoirs, dont le contrôle de la liberté de la presse récemment. L’Europe n’avait pas besoin de cela !

Entre le 1er janvier et le 30 juin 2011 la présidence tournante de l’UE est, pour la première fois, assurée par la Hongrie, capitale Budapest. Cela se traduira, comme pour toutes les présidences tournantes, par l’exercice de la présidence du Conseil des ministres qui sera assurée par le ministre hongrois correspondant au champ d’activité traité. Par exemple, le conseil des affaires sociales sera présidé par le ministre hongrois chargé des affaires sociales, et ainsi de suite. Cette présidence est l’occasion, pour ce pays, de disposer ainsi d’une plus grande visibilité tant sur le plan interne qu’externe.

La responsabilité n’est donc pas mince et ce y compris après les nouvelles dispositions du traité de Lisbonne instaurant notamment un Président permanent pour le Conseil européen : Herman Van Rompuy.

1. Mieux connaître la Hongrie

La Hongrie, pays d’Europe centrale, a une population d’environ 10 millions d’habitants. Elle a des frontières communes avec sept pays : la Slovaquie et l’Ukraine au Nord ; la Roumanie à l’Est ; la Serbie, la Croatie et la Slovénie au Sud et l’Autriche à l’Ouest.

La Hongrie est membre de l’Otan depuis 1999 et de l’Union européenne depuis mai 2004. Elle n’est pas membre de la zone euro : sa monnaie est le florin.

Son régime politique est depuis 1989 une République basée sur un régime parlementaire monocaméral (une seule assemblée).

La majorité politique actuelle est dominée par le Fidesz (conservateurs nationalistes) : le président de la République est Pàl Schmitt. Viktor Orban est chef du gouvernement depuis le 29 mai 2010.

Les employeurs et industriels sont regroupés dans une Confédération : MGYOSZ

La réalité syndicale est plus diversifiée avec six organisations :

– Confédération des syndicats autonomes (AszSz),

– Ligue démocratique des syndicats industriels (Liga),

– Fédération nationale des conseils d’entreprises (MOSz),

– Confédération nationale des syndicats hongrois (MszOSz),

– Confédération des syndicats professionnels (ESZT ),

– Forum pour la coopération des syndicats (SZEF).

Toutes ces organisations sont affiliées à la Confédération européenne des syndicats, la CES.

Comme d’autres pays la Hongrie a subi fortement la crise économique : le PIB s’est contracté de 6,3% en 2009. En 2010 la croissance est estimée autour de 0,5/0,6%.

Le nouveau gouvernement a pris des mesures de réduction des dépenses publiques afin de ramener le déficit public à 3,8% en 2010 et à 3% en 2011. Mais quelles difficultés pour les populations les plus précaires ! La difficile situation économique du pays l’a conduit à faire appel à l’aide internationale tant du FMI, de l’UE (à travers son instrument de « soutien financier à moyen terme ») que de la Banque Mondiale.

Cependant les relations entre ces institutions et le pays se sont avérées difficiles : ainsi en juillet 2010 les délégations du FMI et de l’UE ont alors, par un défaut de dialogue suffisant avec les autorités, quitté la Hongrie.

C’est dans ce contexte politique et économique tendu que la Hongrie assure la présidence tournante de l’UE.

2. Programme de travail de la présidence tournante hongroise

Il convient de rappeler que cette présidence s’inscrit dans un « trio de présidences tournantes » comprenant actuellement l’Espagne, la Belgique et la Hongrie. Il a pour objet de faciliter le travail en commun et d’assurer des continuités. La présidence hongroise s’inscrit donc dans ce cadre. Elle mettra l’accent plus particulièrement sur les aspects suivants, outre de tenter de sortir l’Europe de la crise :

– l’élargissement de l’UE et l’intensification de la coopération dans les Balkans c’est-à-dire : accélérer l’adhésion de la Croatie dans l’UE ; promouvoir l’entrée de la Serbie, du Monténégro, de la Macédoine ainsi que de la Turquie ;

– développer un partenariat oriental qui implique l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Moldavie, l’Ukraine et sous conditions la Biélorussie ;

– promouvoir l’élargissement – controversé par l’Allemagne et la France – de l’espace Schengen (liberté de circulation) en Roumanie et la Bulgarie ;

– réussir le premier sommet européen sur l’énergie du 4 février 2011 ;

– boucler le budget 2011 de l’UE ;

– arrêter des dispositions pratiques à propos de la situation des Roms, notamment pour l’utilisation des fonds existants.

3. Une présidence controversée dès le départ

La Hongrie débute sa présidence en suscitant incompréhensions et doutes sur son engagement aux valeurs de l’Union européenne.

En effet la loi que Viktor Orban a fait adopter le 21 décembre dernier vise à encadrer très strictement la presse et les médias en général. Le gouvernement hongrois qui dispose désormais de tous les pouvoirs ne semble pas supporter les « contre-pouvoirs ». Un retour en arrière gravissime. Plusieurs institutions et pays ont réagi face à cet encadrement de l’expression de la presse.

Pour la Confédération européenne des Syndicats (CES), « cette nouvelle loi sur les médias montre clairement que la Hongrie entend contrôler l’opinion et restreindre le libre débat public. Elle s’apparente à une véritable censure ». La CES signale à la Hongrie qu’elle est politiquement en infraction avec la Charte des droits fondamentaux et son article 11 sur la liberté et le pluralisme des médias.

La Fédération européenne des journalistes regroupant 250 000 adhérents de 30 pays européens différents précise que « le cas de la Hongrie concernant la liberté de la presse n’est malheureusement pas unique en Europe, la situation en Roumanie est catastrophique ». La FEJ a déjà décidé d’envoyer une mission d’information en Roumanie. Elle fera probablement de même vis à vis de la situation en Hongrie.

La mobilisation citoyenne est urgente d’autant plus que le secteur de la presse n’est pas encore juridiquement de compétence européenne faute d’une directive européenne (loi) d’application de la Charte des droits fondamentaux. Cela restreint l’automaticité de son application. C’est inadmissible.

Cette présidence tournante de l’UE, déjà discréditée, pose évidemment problème : l’Europe en cette période difficile n’avait pas, en ce moment, besoin de cela !

Jean-Pierre Bobichon et Jean-Pierre Moussy

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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