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La social-démocratie après Hollande

Nous savons depuis Tocqueville que l’invention de la démocratie se caractérise par la mise en place de contre-pouvoirs, notamment celui de la presse et des médias. Pour des raisons de coûts et de concentration des technologies d’imprimerie, ce pouvoir est longtemps resté à distance des citoyens ; le voilà aujourd’hui avec la révolution digitale qui se fond dans l’expression numérique spontanée et incontrôlée des individus.

Au contraire, l’apparition au cours du 20ème siècle des formes modernes de la social-démocratie ne répondait pas à une logique de contre-pouvoir mais bien de « fluidité » ou de « complémentarité » du pouvoir entre, d’une part, une équipe gouvernementale et sa majorité parlementaire et, d’autre part, les acteurs de la société civile et du monde du travail. Cette fluidité devait permettre de faire émerger une vision commune du progrès et d’une nécessaire transformation sociale.

Le Parti socialiste, et plus largement la gauche française, n’a sans doute jamais été le meilleur exemple d’une construction sociale-démocrate. Mais force est de constater que les périodes les plus fastes de leur histoire correspondent aux moments de leur meilleure fréquentation avec la société civile et le monde du travail. L’alternance de 1981 était portée par l’engagement dans les partis de gauche de milliers de militants dans des causes ou des syndicats, parmi lesquels nous citerons Pierre Mauroy, fondateur de la Fédération Léo-Lagrange, Robert Badinter et son combat pour les libertés publiques, Yvette Roudy et les droits des femmes, Jacques Delors qui était l’image même des liens individuels entre syndicats et partis.

Arrêtons-nous un instant sur l’une des caractéristiques majeures du quinquennat qui s’achève, qui est d’avoir privilégié les relations avec le contre-pouvoir de la presse, plutôt qu’un partenariat indispensable entre un exécutif de gauche et un « écosystème » social-démocrate.

Remarquons au passage la forme surannée prise par la communication présidentielle : des rencontres nombreuses avec des « journalistes du soir ». Rencontres manifestement plus fréquentes que les Facebook Chats ! et qui signent un manque de compréhension des nouvelles règles du jeu démocratique au 21ème siècle. Règles que semblent avoir très bien comprises l’ensemble des boutiques populistes du moment, de Londres à Washington… Y répondaient à gauche des rivaux qui morigènent sans cesse ni influence, transformant une « fronde » en farce.

Mais soyons surtout attentifs à l’échec de la mise en place d’un écosystème politique social-démocrate. En effet, la quasi-absence des échanges avec la société civile et la majorité du monde du travail, est une part majeure d’explication du divorce d’estime et de confiance à gauche au cours de ce quinquennat. Qu’on songe seulement à l’apparition publique en catimini d’un texte comme la loi Travail.

La gauche française a ainsi assisté depuis 2012 au renforcement coupable d’un « écosystème médiatique », souvent alimenté par des querelles d’egos, sans manifester un réel souci d’initier ou de consolider un « écosystème politique social-démocrate ». Cette rupture avec l’un des fondements de l’ADN de la gauche européenne explique aujourd’hui la curieuse perception de débattre sur le bilan comptable ou technique des 5 ans qui s’achèvent. C’est notamment à l’aune de ce constat que peut se construire la légitimité d’une candidature progressiste pour 2017. Car, in fine, que représente au juste une organisation politique dite progressiste sans dialogue fécond avec ce qui constitue la trame de la société ?

Nous sommes contraints de porter le même regard au niveau européen. Le Parti Socialiste Européen (PSE) est plus que jamais un « parti hors-sol », un club de dirigeants qui ne porte pas suffisamment les nouvelles dynamiques de transformations sociales. Il ne se donne aucunement les moyens de saisir la chance historique que représente la migration vers Internet de la frange la plus novatrice et la plus jeune de la société civile européenne.

Notons par exemple que cette absence d’un éco-système social-démocrate européen et l’enfermement des équipes de négociation a contribué fortement aux rejets net et brutal des différents traités commerciaux en cours, notamment le TAFTA ; les principes et les limites encadrant les négociations devant faire l’objet d’un large consensus social. Une belle opportunité pour les progressistes européens de renouer dès à présent avec la société civile et le monde du travail, avant les prochaines élections européennes de 2019… Rappelons enfin que le système des candidatures démocratiques à la présidence de la Commission européenne fait désormais l’objet de primaires dans aux moins deux partis, les Verts européens et le PSE. Ce mécanisme ouvert de désignation est essentielle pour renforcer la complémentarité entre la société civile et le futur candidat à la Commission en 2020.

Pourtant, ne nous dérobons pas. Il devient évident que ce sera à la société civile européenne et aux nouvelles formes de solidarités issues du monde du travail de renouveler profondément les outils et les formes de leur conquête du pouvoir.

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