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L’appel fondateur du 7 juillet 2005

 

Après le non français, puis néerlandais, suivis de l’ajournement britannique, après l’échec du sommet européen, le traité constitutionnel est moribond. Chaque jour, l’Europe se défait un peu plus, à une vitesse stupéfiante : les opinions publiques des divers Etats manifestent scepticisme ou angoisse. Les outils forgés hier pour construire l’Europe d’aujourd’hui sont aussi touchés : l’absence d’accord sur le budget de l’Union fait peser un sérieux risque sur les politiques communes. Les dirigeants européens n’offrent ni alternative, ni dynamique nouvelle. Jusqu’à l’Euro même qui voit sa légitimité et son utilité contestée : déjà des ministres en exercice de plusieurs pays importants l’ont publiquement mis en cause. De telles manifestations sont encore minoritaires, mais on sait qu’une monnaie, et l’Euro plus qu’une autre, ne tient guère que sur la confiance collective. Il est clair aujourd’hui que le fameux plan B n’existait pas, et était soit un mensonge, soit un leurre. Il n’y a aujourd’hui aucune alternative crédible au projet de Traité constitutionnel.

L’exigence d’un toit politique

Poursuivre le processus de ratification du traité relève de la décision des Etats membres : deux ou trois Etats, fussent-ils fondateurs, n’ont pas à décider pour tous les autres. Chaque peuple, chaque élu, chaque citoyen européen conserve le droit de dire ce qu’il en pense. Mais le blocage induit par le non de deux pays fondateurs peut laisser la crise enfler pendant de longs mois. Il nous faut prendre acte des votes de défiance, en analyser les raisons multiples. Il en émerge à la fois des aspirations souverainistes et protectionnistes, la peur de l’avenir mêlée à une aspiration à davantage d’Europe, notamment sociale. Cependant, quel que soit son avenir, l’esprit de ce traité demeure comme l’exigence d’un toit politique de l’Europe, préalable à tout approfondissement social.

Penser un nouveau projet

L’Europe traverse une crise majeure, la plus grave depuis le début de la construction européenne. Son affaiblissement signifie un désordre accru de la mondialisation, avec toutes ses conséquences pour les pays les plus pauvres, les équilibres humains et écologiques de la planète. Il nous faut d’urgence inventer un nouveau projet européen pour éviter que l’Union ne se dissolve dans une grande zone de libre échange. L’Europe est plus que jamais nécessaire pour défendre nos valeurs et offrir au monde un modèle international de développement dans un monde instable et dangereux.. Nous voulons que l’Europe politique devienne réalité et s’ouvre aux peuples d’Europe qui aspirent à nous rejoindre.

Construire une société civile européenne

Nous appelons à des mobilisations nationales, démocratiques et européennes fortes, rassemblant tous ceux qui souhaitent sincèrement sauver l’Europe, ceux qui étaient partisans du traité, comme ceux qui en étaient adversaires, et prennent acte aujourd’hui des effets négatifs du refus français. Nous appelons les parlements, européens et nationaux, les diverses forces politiques et les principales forces de la société civile, en premier lieu les partenaires sociaux, à proposer des formes d’intégration politique, bien sûr, économique et sociale, et des orientations politiques structurelles communes (aménagements du territoire, solidarité, recherche) qui devraient être ensuite validées aux deux échelles, européenne et nationale. Le Parlement européen a appelé à la tenue de « forums citoyens ». Pour qu’ils réussissent, nous appelons à constituer, pour la première fois, à l’échelle de la France d’abord, et bien sûr de l’Europe, des comités Sauvons l’Europe. D’ores et déjà nous réunirons fin septembre lors d’une université d’été ouverte à toutes celles et ceux qui partagent cette perspective.La diversité de nos engagements, de nos convictions, de nos appartenances nous rassemble dans le sentiment d’une même urgence, du même espoir de paix, de démocratie et de prospérité partagées qui a animé les fondateurs de l’Europe moderne : il faut sauver l’Europe.

Plus de 5000 signataires, dont :

Marie-Hélène Aubert (députée européenne Vert), Denis Baupin (adjoint au maire de paris, membre du conseil national des Verts), Jean-Marie Bockel (maire de Mulhouse, Ps), Frédéric Brun (revue Ecologie et politique), Henry Colombani (militant associatif), Hélène Correy (Freie Universität Berlin), Daniel Cohn-Bendit (député européen Vert), Jacques Delors (ancien président de la commission des communautés européennes), Harlem Désir (député européen, Ps), Gérard Doublet (sociologue, militant Vert), Anne Dux (Président de Convictions), Olivier Duhamel (professeur à l’IEP), François Fëjto (historien), Aurélie Filipetti (écrivain et élue Vert), Jean-Baptiste de Foucauld (ancien commissaire au Plan), Bronislaw Geremek (historien), Patrice Gohier (maire adjoint Paris XIIIe), Serge Guérin (professeur associé Université Lyon 2), Elisabeth Guigou (député Ps, ancienne ministre), Guy Hascoët (ancien ministre, Verts), Pierre Hassner (CERI), Marc d’Héré (président de Générations Europe), Philippe Herzog, (Président de Confrontations Europe), Bernard Kouchner (ancien ministre, président de Réunir), Jean-Noël Jeanneney (ancien ministre, Président d’Europartenaires), Zaki Laidi (professeur de sciences politiques), Jacques Lebas (ancien Président de médecins du Monde), Jean Lecuir (syndicaliste), Marie-France Lecuir (ancienne député), Jean-Yves Le Drian (député Ps, président du Conseil régional de Bretagne), Daniel Lindenberg (professeur de science politique), Jean-Pierre Mignard (avocat, Président de Témoin), Marc-Olivier Padis (rédacteur en chef d’Esprit), Bernard Poignant (député européen, Ps), Joël Roman (éditeur), Ségolène Royal (Présidente de la région Poitou-Charente, ancienne ministre), Gérard Sanvicens (militant associatif), Isabelle Seguin (éditrice), Jorge Semprun (écrivain), Nicolas Tenzer (président du Centre d’étude et de réflexion pour l’action politique (CERAP), directeur de la revue Le Banquet), Dominique Voynet (ancienne ministre, Verts), Dominique Reynié (Professeur à l’IEP de Paris)…

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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