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L’arène marigot

Il y a cinq ans, parodiant Jean Ferrat sur l’air de « La Montagne », des humoristes proclamaient : « Que la campagne est belle ! ».

Un tel refrain ne serait guère de mise aujourd’hui, tant la campagne présidentielle en cours – loin d’être un long fleuve tranquille qui, de gauche à droite, coulerait de l’Hamon vers Laval – revêt des effluves de campagne « pestilentielle ». A certains égards, l’arène s’est transformée en marigot.

Parmi ceux qu’il est commode d’appeler « les petits candidats », tel ou tel – aimable rainette ou crapaud massif – rêve de se faire aussi gros que le bœuf. La fable nous enseigne ce qu’il advint de pareille ambition.

Quant aux espèces de plus grande envergure, la truite arc-en-ciel y côtoie l’écrevisse et le silure, mais aussi une redoutable prédatrice : celle que l’électeur désemparé a l’illusion de prendre pour un tronc d’arbre salutaire flottant à la surface … et qui – mais il serait trop tard pour s’en apercevoir – s’avère être un crocodile aux dents longues et acérées. Héritière d’un autre reptile, elle cherche à s’en distinguer par une plus grande subtilité, qualité incontournable lorsqu’on prétend incarner la souveraineté dans le marigot… au point de de se prendre pour la « reine Marigot ». Est-ce parce qu’elle se réclame d’une certaine « dédiabolisation » que le marigot ne serait plus la « mare au Diable » ? Fasci-Nation, quand tu nous tiens !

Pour contrer un tel appétit, on serait tenté de reformuler à notre tour un chant d’espérance qui fleure bon la Résistance :

« Ami , entends-tu le flot noir des crocos du FN ?

Ami, entends-tu le bris sourd du pays qu’il gangrène ? »

 

Gerard Vernier

  

     Gérard Vernier, ancien fonctionnaire à la Commission, enseignant à l’Université Libre de Bruxelles

 

À propos Sauvons lEurope

Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire
  • Marcel Donneger

    Admirable article et dont il ne faudrait pas que la chute puisse nous conduire à entonner ce nouveau chant de révolte, car trop tardif 🙂 😎

  • Michel TISSIER

    Je ne trouve pas du tout que cette campagne soit pestilentielle et parler ainsi contribue à discréditer le débat politique. Je trouve au contraire que cette campagne qui il y a un an s’annonçait si désespérante avec le remake Hollande Sarkozy provoque des bouleversements salutaires. Des choix de fond sont proposés. Il y manque seulement de mon point de vue une offre « deuxième gauche ». Mais c’est aussi parce que cette dernière, dont je me recommande, n’a pas su exister depuis que Jacques Delors a renoncé et que Michel Rocard s’est mué en prophète solitaire avant de nous quitter. Macron s’est glissé dans le vide et s’est bien dommage car une personne n’est pas un courant politique et rien dans son programme ne s’attaque à la financiarisation de l’économie ni à l’accaparement du pouvoir économique par des oligarchies de privilégiés. La campagne met en évidence ce vide. C’est déjà ça.

    • Gérard Padiou

      Tout à fait d’accord avec votre analyse. Le grand malheur de la France a été de rater Jacques Delors comme président. Nous avons eu de pâles gestionnaires à la place. Le reproche que vous faîtes à Emmanuel Macron est justifié mais pour ma part, je lui accorde plus de bienveillance pour le moment. Pour moi, le fait d’avoir été au cœur de la finance n’est pas forcément un mauvais point : il la connaît donc bien de l’intérieur… et il a su la quitter pour gagner dix fois moins d’argent.
      Il souhaite de plus renouveler le marigot du monde politique actuel qui fait que 50 % des électeurs sont près à voter pour les extrêmes…
      J’espère que cette tentative de moralisation et renouvellement pour le moins difficile (les apparatchiks de haut vol ne sont pas prêts à quitter leur nid douillet …) réussira.

      • Gerard Vernier

        Pour ce qui est de Jacques Delors et d’Emmanuel Macron, je partage entièrement vos positions…. d’autant qu’ayant travaillé, à ma modeste place, sous l’impulsion de Delors, je le considère toujours comme un véritable prophète de son temps. Puis-je préciser qu’à mes yeux, la mauvaise senteur qui s’exhale du marigot concerne surtout d’autres personnages pour lesquels l’argent ne semble pas avoir d’odeur ?

    • Léger

      L’argumentation de Michel Tissier me parait pertinente à ceci près que si la 2ème gauche n’existe plus guère (en dehors de Cahusac qui l’a trahi), je crois qu’elle insiste encore beaucoup.
      J’ajoute que, historiquement, le danger vient souvent de où l’on ne l’attend pas.
      A force de crier haro sur le baudet FN, même si c’est amplement justifié, nous risquons de nous aveugler sur des dangers venus d’ailleurs.
      Parlons donc du « marigot » de Gérard Vernier.
      Faut-il le traduire par  » marais du centre  » ?
      Moi qui ai passé mon enfance au confluent du Thouet et de la Loire et qui la poursuit, après 2/3 de siècle, près de la baie de St Brieuc, je ne déteste pas les odeurs de vase… et même, oh scandale ! je goûte assez les images fractales des algues vertes quand elles ne sont qu’une fine couche évitant ainsi les odeurs pestilentielles et mortellement sulfurées.
      Moi dont les parents votait Lecanuet en 1965 et qui ai viré ma cuti vers la gauche en 1968 au point de ne voter à droite qu’en 2002 pour Jacques Chirac, je m’interroge sur ce marais du centre que représente Emmanuel Macron.
      S’il est élu, saura-t-il bien passer du centre à « l’extrême centre » cher à Emmanuel Mounier ?
      Comme Michel Tissier, je m’interroge : pourrait-il corriger la trajectoire d’une économie exclusivement financiarisée alors que son passé ne plaide guère pour lui :
      Il est parti du gouvernement Valls avant de signer le décret d’application d’une loi limitant le pouvoir des banques.
      Il a touché de 2009 à 2016 des revenus frisant grosso modo et après impôts, les 25000 euros par mois.
      Comment peut-il comprendre un tant soit peu ce qui se passe dans la France d’en bas ?
      Comment pourrait-il prendre en compte ce qui me parait être les deux mesures essentielles du programme de Benoît Hamon et du PS français ?
      1-Le revenu universel, dans la dynamique du RMI de Michel Rocard, du RSA et des corrections de trajectoires qui ont suivi.
      2-La taxation des robots, dans la dynamique de la fameuse déclaration d’André Bergeron après la fin de son mandat à FO : « il faudra bien, un jour ou l’autre faire payer les machines ».
      Pour l’instant, il faut bien reconnaître que ce revenu des machines n’a pas une distribution très universelle !
      Emmanuel Macron, s’il était élu, saurait-il mordiller un peu la main qui l’a nourri si longtemps de revenus bling bling et finalement dérisoires ?

    • Danielle Foucaut Dinis

      La deuxième gauche de Hamon mériterait d’avoir plus de monde derriére elle! Hamon a été salement lâché par les gens de la « gauche caviar » qui n’a en fait rien de la gauche. si j’étais lui, je dirais vendredi soir : j’abandonne mes voix à Mélenchon… je me retire du scrutin… . Le PS ne mérite rien d’autre près les primaires oú tous devaient se plier á la volonté électorale et sivre et aider le vainqueur.

  • mareau

    Pour parler net, il devient urgent de contrer la démagogie du FN. Voici quelques clés fondamentales :

    1/ la souveraineté : dans ce monde où l’avenir numérique est tenu par les très grandes puissances asiatiques, où est la souveraineté de la France isolée ? Peut-elle seule financer les quelques mille milliards nécessaires pour être autonome dans ce domaine d’avenir ? Bien sûr que non ! Isolée, elle serait obligée de se soumettre au bon vouloir des pays asiatiques, maîtres dans ce domaine. Il faut dire aux sympathisants du FN qu’avec l’Europe nous pourrons être autonomes et donc vraiment souverains. Pour ce faire il faut une France Forte. C’est la clé pour retrouver la puissance de notre voix pour amener l’harmonisation fiscale à partir de laquelle tout devient vraiment possible.

    2/ Dire et redire que le projet économique du FN est basé sur des mensonges en impliquant notamment des économistes Nobel comme Joseph Stiglitz qui vient de la démentir.

    3/ Dire et redire que ramener les frontières à la France, n’arrête en aucun cas l’immigration. C’est un leurre.

    4/ Dire et redire que cette obsession du rejet de l’étranger relève de la psychiatrie. L’exploitation de la peur est et à toujours été, la cause des guerres.

    5/ Répondre à « on a jamais essayé » que c’est faux ! L’extrême droite a régné sous Vichy et on a vu le désastre !

    Le FN, le cancer de la société, ne joue que sur la peur (sans fondement) et le mensonge permanent. Il se nourrit des attaques de Daech ! De plus, madame anti-système, se protège avec le système européen pour ne pas répondre aux juges. Pas d’honneur pas d’honnêteté, absolument rien de bon !

    Il faut que les gouvernants et la presse fassent preuve de plus de pédagogie !

    • eporue

      Hier soir, j’ai entendu le chercheur François-Bernard Huyghe, directeur de recherche à l’IRIS, auteur, entre autre, du livre « La désinformation, les armes du faux », dans le cadre d’un débat sur les questions de mensonges, impostures, manipulations… Il signala qu’aujourd’hui on sait manipuler les résultats des mouvements d’opinion (ex donné : des votes massifs de Bangladi ont été utilisés dans la campagne pour les J.O -Los Angeles ou Paris 2024 ?) Maintenant, des algorithmes sont capables de faire ce travail. La campagne actuelle n’en est pas indemne. Se voulant discret, il n’a pas été difficile toutefois d’entendre Macron et Mélenchon. Que savez vous de ce phénomène ?

      Ma question sort du sujet de « Sauvons l’Europe » ? Non, on ne s’en éloigne pas tant que cela …
      Mamicha, électrice depuis 57 ans, de + en + perplexe !

  • jlcatalan

    avec des regrets, fussent-ils émouvants, on ne bâtit pas un avenir!
    le choix est ici simple
    je retire ceux qui veulent quitter l’UE, l’€URO ETC
    restent Fillon, Hamon, Macron
    je retire ceux qu ne sont pas conformes à mon éthique (avarice?)
    restent Hamon et Macron
    Hamon est un jeune homme sympathique qui ne dit pas que des conneries, mais en dit tout de même beaucoup, vieilles lunes idéologiques du siècle dernier.
    Reste Macron, le démagogue au programme creux et aux vaines promesses.
    l’élection présidentielle n’a jamais autant consisté à éliminer le pire pour choisir le moindre.

    Si Macron est élu, il cohabitera ou il « moyennera »?
    les Reps vont vraisemblablement gagner les législatives, et aucune majorité parlementaire ne se fera sans veux.0
    Alors, Macron, il cohabitera ou il fera accord?

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