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Le commissaire fait un tabac!

C’est un sacré pétun qui secoue la capitale européenne. John Dalli, Commissaire européen à la santé et à la protection des consommateurs a démissionné de son poste pour répondre à des accusations d’indélicatesses. Même s’il nie tout en bloc, y compris sa démission.

De quoi s’agit-t-il ?

Le 16 octobre, l’OLAF (office de lutte anti-fraude) a averti le président de la Commission que des soupçons étaient portés sur l’action de John Dalli. Le rapport n’a pas été rendu public, mais le communiqué de presse apporte les éléments suivants : Le snus est une forme de tabac à chiquer humide (une sorte de mélasse de tabac) interdite à la vente en Europe, sauf en Europe du Nord qui en sont les gros producteurs et consommateurs historiques. Ce qui soulève des débats intéressant : est-ce pire pour la santé que le tabac à fumer ? Vaut-il mieux un cancer de la bouche ou des poumons ? Le snus étant moins cher que la cigarette, l’industrie du tabac est-elle favorable ou opposée à sa légalisation ? Bref, selon l’OLAF, un entrepreneur maltais aurait organisé avec M Dalli des réunions avec des industriels du tabac, puis aurait demandé à Swedish Match au nom de M Dalli 60 millions d’euros pour la libéralisation du snus. Swedish Match aurait refusé et porté plainte à l’OLAF. L’OLAF explique ne pas avoir de preuve sur la participation de M Dalli à ce trafic d’influence, mais affirme que ce dernier était au courant des demandes faites en son nom, et ne s’y est pas opposé ni n’en a averti personne.

Trouvant l’odeur de l’affaire un peu incommodante, Manuel Barroso demande immédiatement sa démission à John Dalli pour éviter le sort de la Commission Santer, renversée dans son entièreté pour les légèretés reprochées à Edith Cresson. Sauvé ! Mais voilà que quelques jours plus tard, John Dalli conteste les faits, l’indépendance de l’enquête de l’OLAF et même la réalité de sa démission ! Il se prétend en somme toujours commissaire européen, et victime d’un complot des industriels du tabac ! Cette dernière ne serait pas mécontente de le voir partir et le dessein secret de Barroso en écartant son commissaire à la santé serait d’assouplir le projet de révision de directive, sinon purement et simplement de le supprimer en le retardant jusqu’aux élections européennes. A l’OLAF, le président du Comité de surveillance a démissionné, n’ayant pas correctement informé le Comité des conclusions de l’enquête avant sa transmission à la Commission,

Le Président de la Commission répond de manière inhabituelle : il rend publique sa lettre à John Dalli, plutôt corsée ! Premièrement, Dalli lui a bien adressé oralement sa démission dans son bureau, deuxièmement son comportement n’est pas d’un gentleman, troisièmement s’il préfère être viré pour faute et privé de ses allocations chômage c’est lui qui voit !

Ainsi repart la folle rumeur sur le pouvoir des lobbies qui, comme dans toute bonne rumeur, influencent les deux côtés à la fois. Pas de fumée sans feu ? Il faut dire que John Dalli a beaucoup prêté le flanc. Disons qu’au minimum, il y a en choc de cultures entre une Europe du nord qui demande l’exemplarité et la transparence, et une Europe du sud moins… formaliste sur ces sujets. Or John Dalli est responsable des autorisations alimentaires, des autorisations de médicaments, du tabac, de l’alcool, des OGM… des dossiers qui donnent facilement prise à de telles craintes.

A deux reprises au moins, le comportement de John Dalli avait soulevé quelques interrogations. Par exemple, sa décision d’autoriser en 2010 la culture de la pomme de terre Amflora, génétiquement modifiée pour produire des antibiotiques, malgré l’avis contraire de son Agence européenne des médicaments. Ou encore, son soutien affiché à Kadhafi pendant la guerre de Libye, qui a fait beaucoup toussé. Rappelons qu’à Malte, Dalli avait été responsable de la normalisation des relations économiques avec la Libye, après quoi il avait crée un cabinet de consultant spécialisé sur la Libye et pris la direction d’une entreprise de verre en Libye. A son retour aux affaires publiques, il avait démissionné et cédé son cabinet à sa fille. Pour un membre de la Commission, il faut bien dire que cela faisait un peu mauvais genre…

Gageons que quand la Commission Européenne sortira son projet de révision de la directive tabac, elle recevra une attention toute particulière.

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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