Le manifeste

Le manifeste de Sauvons l’Europe

Construire une Europe unie a été dès le départ un pari ambitieux. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ses Pères fondateurs voulaient de l’Europe qu’elle soit un espace de prospérité et de paix. Ces objectifs ont été atteints : L’Europe économique est aujourd’hui une réalité. Depuis 1945, les citoyens de l’Union européenne sont à l’abri des conflits meurtriers qui ont dramatiquement ravagé l’Europe. L’Union européenne, c’est également l’espace mondial le plus respectueux des droits de la personne humaine. Le respect et la défense des droits fondamentaux sont en effet des éléments essentiels de l’identité européenne.

De même, il convient de rappeler tout ce que l’Union européenne nous a apporté et que nous ne voyons plus à force d’y être habitué : une politique régionale, qui a permis à tout le continent de se développer ; une protection des consommateurs ; un espace de libre circulation; l’Euro qui pourtant est une ancre de stabilité dans les turbulences financières et monétaires ; des normes sociales minimales, même si elles doivent être améliorées ; la lutte pour la préservation de l’environnement au niveau mondial, etc.

Sauvons l’Europe s’est constitué au lendemain du rejet par une majorité d’électeurs français du projet de traité constitutionnel européen. Partisans résolus de ce traité, notre choix ne revient ni à recommencer indéfiniment la campagne référendaire, ni à nous réfugier dans un européisme exalté et revanchard. Il n’est pas question pour nous de minimiser la fracture révélée dans l’électorat et parmi les responsables politiques français. Mais pas question non plus de laisser dire que l’euroscepticisme serait la saine réaction de la France d’en bas face aux nantis. Au contraire cela ne fait qu’approfondir ce fossé en privant l’Union européenne des moyens d’agir efficacement, en Europe et dans le monde, en rompant avec l’esprit de solidarité, et en légitimant les extrémismes.

Il nous faut dès lors prendre acte de l’euroscepticisme, en analyser les raisons multiples, et faire le tri. Il en émerge à la fois des aspirations souverainistes et protectionnistes, que nous combattons, et la peur de l’avenir mêlée à une aspiration légitime à davantage d’Europe, notamment sociale, que nous partageons. Ceci rend d’autant plus nécessaire un toit politique pour l’Europe, nécessaire à tout approfondissement social.

L’Union européenne traverse une crise très grave, même si ce n’est pas la première depuis le début de la construction européenne. Son affaiblissement signifie un désordre accru de la mondialisation, avec toutes ses conséquences pour les pays les plus pauvres, les équilibres humains, économiques, sociaux et écologiques de la planète. C’est pourquoi, il nous faut d’urgence doter l’Union européenne de deux éléments essentiels qui viendront s’ajouter aux deux autres bien place : en plus de l’économique et du respect des droits de l’homme, une Europe politique qui associe plus étroitement le citoyen et une Europe qui a le pouvoir d’agir dans le champ social.

Demeurer fidèle à la méthode communautaire originelle

La France succombe volontiers aux grands projets ambitieux. On sait ce qu’il en fut pour l’Union européenne quand elle abandonna un temps les petits pas chers à Robert Schuman pour écrire presque ex nihilo son avenir constitutionnel. On croyait le continent mûr, il ne l’était manifestement pas. Aux grandes spéculations politiques, nous préférons la méthode communautaire éprouvée depuis la déclaration fondatrice du 9 mai 1950 : « L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes, créant d’abord une solidarité de fait. » C’est pourquoi, la construction européenne ne sera crédible qu’à la condition de démontrer très concrètement aux citoyens que leur existence est meilleure avec l’Union européenne.

Européaniser la pensée politique

Il est temps que la politique nationale cesse de faire comme si l’Europe était un sujet à part. Le champ de pertinence des politiques ne peut plus être étroitement national mais doit s’inscrire dans le cadre européen, et se projeter au-delà encore. L’Europe a besoin de mettre davantage en évidence les clivages politiques, qui n’auront pas toutes les caractéristiques françaises.

Européaniser la pensée politique, c’est se défaire d’une conception technique de l’Union européenne. Européaniser la pensée politique, ce n’est pas que parler d’agriculture, de qualité de l’eau, de recherche ou de Galiléo sous prétexte que ce serait des domaines de compétence communautaire. Européaniser la pensée politique, c’est au contraire associer la dimension européenne à chacun des attendus du débat public et des priorités politiques. Européaniser la pensée politique, c’est enfin contribuer à la construction de toujours plus de solidarité entre les peuples, c’est-à-dire un dépassement réel des clivages nationaux pour une coopération assumée au plan social comme au plan politique et une reconnaissance de notre interdépendance réelle.

Bâtir une Europe politisée

Il y a l’Europe politique, celle des conférences intergouvernementales et des institutions communautaires. Nous devons lui ajouter une Europe de la politique, celle qui se décline dans le débat politique des citoyens, relevant de la mobilisation critique, de l’intervention démocratique à tous les niveaux. A l’échelon européen aussi, il doit exister une possibilité d’alternance politique. La pratique du compromis doit être mieux assumée. L’Europe a emprunté à ses Pères fondateurs un art consommé du consensus. Or, c’est une erreur désormais de confondre le consensus qui ne fait pas de politique et le compromis qui en fait, avec noblesse. Il faut politiser l’Europe.

Nous refusons dès lors que l’Union européenne se présente exclusivement comme un espace mercantile où la régulation n’aurait pas sa place. L’Union européenne est un levier indispensable dans la mondialisation. Dans un monde qui semble s’abandonner au capitalisme financier débridé, nous avons plus que jamais besoin d’une Europe forte, régulatrice, protectrice. Elle doit être un pôle de stabilité pour ses membres et dans le monde : nécessité de produire des règles pour encadrer les échanges économiques et financiers, nécessité de redécouvrir la sécurité collective pour échapper à la spirale des affrontements et de la course aux armements. Il ne faut jamais oublier que l’idée européenne est née d’une volonté de faire la paix entre les nations européennes, et que ce projet politique est une idée utile pour toutes les nations du monde. L’échec du projet européen mènerait au repli, à l’impuissance, à la balkanisation de l’Europe et au désordre mondial qui conduirait au droit des plus forts.

C’est pourquoi Sauvons l’Europe estime indispensable de compléter le projet européen par le volet social, financier, fiscal et énergétique qui lui manque. L’Europe souffre en fait de ne pas être perçue comme un enjeu politique essentiel à notre vie quotidienne, un espace démocratique de débat et de confrontations, un objet de mobilisation. Nous nous efforcerons donc de bâtir un espace public européen en soutenant ou favorisant les initiatives citoyennes, en liaison avec les parlementaires européens et nationaux et avec la société civile organisée. C’est la reconnaissance mutuelle des peuples qui doit construire l’Europe démocratique et solidaire que nous voulons.

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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