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Le Renouveau européen (1/2)

Il nous faut inventer d’urgence un modèle qui permette répondre aux enjeux de la mondialisation. Les années qui viennent auront une importance déterminante.

 

Nous venons de clôturer, avec le départ de George Bush, les événements du 11 septembre 2001. Sept ans de malheurs… Nous cloturons également une période extrêmement longue de notre histoire. Celle de l’après guerre, celle de la guerre froide et celle de la fin de l’histoire. L’histoire, qu’on la nie en lui tournant le dos ou en la plaçant dans une mise en boucle de la vie culturelle qu’on appelle ou non le post modernisme, finit toujours par déborder des cadres dans lesquels on cherche à l’emprisonner. Il est bien évidemment tentant d’en faire une substance malléable dans laquelle il ne se passe rien toujours un peu plus, un jour la bulle explose, la négation des progressions aboutit, qu’on le veuille ou non, à de nouvelles phases qu’il nous appartient de comprendre ou non, de contrôler ou pas.

 

Les événements de New York étaient cet électrochoc. L’élection de Barack Obama met fin à ce cycle et relance l’espoir dans le monde d’un leadership inspiré. Un événement d’une telle ampleur qu’il impose une prise de conscience planétaire et commande des attitudes moins égoïstes et moins cyniques. La dictature de l’argent et du sexe touchent leurs limites. Nous vivons une époque de la surexcitation consumériste et du désir poussé dans ses retranchements qui commandent l’invention d’une vie amoureuse nouvelle, qui vienne du cœur et non de l’esprit, et d’une vie de consommateurs aux goûts plus surs et aux aspirations nourries de connaissances originales qui permettent d’instaurer des modes nouveaux de respect de l’environnement et du développement durable des régions qui produisent ces biens. Une nouvelle prospérité économique en découlera. Un souci plus altruiste, une conscience plus poussée du champ dans lequel s’exerce notre maîtrise, permet d’imaginer une psychologie des autres, des producteurs comme des consommateurs, et renforcera la confiance et le discernement de ceux qui rendent possibles ces échanges. Une conscience assumée de l’échange aboutit à une psychologie nouvelle face à l’abondance. Une connaissance plus poussée du monde libère. Les citoyens les mieux informés sont ceux qui digèrent le plus facilement les soubresauts symboliques de l’évolution actuelle, et ce sont aussi ceux qui souffrent le moins des tentatives visant à restreindre l’exercice qu’ils font de leur liberté, notamment religieuse et politique.

 

Nous avons vécu ces mêmes années avec une mauvaise conscience latente installée en nous par la culture dominante comme forme de rétribution et de punition symbolique qui nous maintenait, inconsciemment souvent, dans l’état de minorité où l’on maintient les enfants. Ce pare-feu idéologique qui s’est imposé à nos aînés, et vis-à-vis duquel, d’ailleurs, ni eux, ni leurs parents, n’étaient toujours exempt d’une certaine responsabilité, il nous faut, certes, le prendre en compte, mais à la seule condition de le questionner, c’est à dire de lui faire subir l’examen clair de la vérité historique où le temps se révèle être un allié précieux dont l’objectivité implacable balaye souvent les tentatives de manipulation qui président en général pendant les périodes de conflit et après…

 

On ne nous laissait envisager notre réflexion sur nous-mêmes qu’en établissant les preuves plus ou moins avérées d’une culpabilité, souvent handicapante, qui provoquait un amoindrissement souvent vécu comme une rétrogradation en seconde division. Nous étions tenus de ne faire que recevoir ce qui s’imposait à nous, accepter sans le passage requis au filtre préalable de notre esprit critique, des dogmes qui nous éloignaient de nos racines. Ce faisant on nous privait des chances de concevoir les contributions fondamentales que nous aurions pu apporter au débat mondial.

 

Ce fameux débat n’existait en fait que sous la forme d’un long monologue où nous étions contraints d’engrammer ce qui nous arrivait sans capacité d’initiative retour. On ne pouvait envisager la vie des idées, y compris au niveau national, que comme l’illustration d’agendas définis de l’extérieur. Nous nous réveillons actuellement de ce long sommeil avec la conscience encore floue pour certains, très claire pour d’autres, d’avoir été hypnotisés, distraits des véritables enjeux que nous aurions du sinon définir, au moins être amenés à partager la définition. Nos élites, une part des élites qui conduisaient notre réflexion et le regard que nous pouvions porter sur nous-mêmes et sur les autres, nous ont généralement maintenus dans des débats strictement nationaux et nous ont finalement empêchés d’avoir accès au reste des réflexions qui auraient pu naître en Europe et dans le monde. La focalisation unidirectionnelle qui se faisait autour d’une culture dominante, inappropriée et souvent médiocre, était une ruine de l’âme au regard de siècles de tradition européenne, au regard de l’excellence des lumières ou de la renaissance.

 

Au nom de cette mauvaise conscience, farouchement entretenue par certains, nous nous sommes mis à délaisser notre propre culture, à la vider de sa vie, de sa vigueur, de ses concepts, et de son sens pour lui substituer le spectacle passif de courses de bagnoles ou de concours de flinguage dans le décor en carton pâte général des héros moraux, certes positifs, mais il faut bien le dire — alors n’hésitons pas à le dire — assez peu épais sur le plan psychologique des cow-boys de Westerns.

 

Or les années qui se sont écoulées depuis l’événement incommensurable qu’a été la chute des deux tours de New York ont vu un bouleversement symbolique, presque un retournement des valeurs et résolutions que cet événement qui avaient directement produit. Il apparaît aujourd’hui que les choix stratégiques issus des réflexions qui se sont alors imposées, étaient en grande partie infondés et susceptibles de provoquer des effets pervers dont la nocivité ne pourra être purgée qu’après un temps très long. La guerre s’est étendue, le terrorisme n’a jamais été aussi important, le fondamentalisme gagne toutes les élections qui ont lieu dans le monde arabe, même chez ceux qui pouvaient raisonnablement être considérés comme modérés, y compris dans les foyers traditionnellement progressistes, comme le sont en général les universités. Il bénéficie, qui plus est, d’une sorte, là aussi, de retournement idéologique puisque les événements d’Abou Grahib accréditent la thèse que les démocraties utilisent des moyens attentatoires à la dignité humaine, et cherchent à passer en regard, pour ce qu’elle ne sont pas, c’est à dire des refuges contre la déshumanisation du monde. (à suivre)

Gilles Marchand

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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