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Le Syriza français a une sale gueule

Comme de nombreux pays européens, la France vit aux régionales la remise en cause de sa classe politique. Mais ici, point de Syriza ou de Podemos proclamant la fin de l’austérité, l’alternative a une sale gueule. Le scénario que l’on voit se profiler serait plutôt hongrois ou polonais. Il n’est pas utile de gloser sur ce qu’est le Front National, sur ce qu’il représente, sur ce qu’il propose. Nous savons qu’il n’a pas changé, il le démontre tous les jours. Les citoyens le savent aussi, et mettent tout de même leur bulletin. Ou ne le mettent pas. Chez les jeunes, le divorce est plus profond encore, ils ne fréquentent plus la démocratie. Les moins de 25 ans se sont abstenus à 54% aux dernières municipales, et à 61% cette semaine.

Pourquoi? La classe politique française s’est tuée par refus d’assumer. Refus d’assumer le cadre européen, réduit à une suite d’obligations qui nous seraient imposées. Refus d’assumer l’ouverture relative de nos frontières, qui est un fait. Refus d’assumer la dureté de la crise en attendant la baisse du chômage, toujours en arrivée imminente sur la voie 3. Les politiques de tous bord sont ainsi apparus impuissants, se justifiant en permanence à coup de « c’est pas moi », et dans des crises personne ne souhaite être gouverné par des impuissants. Le spectacle occasionnel de la corruption et le théâtre permanent des prébendes a fait le reste, alors même que le gouvernement a mis en place de nombreuses mesures ambitieuses pour les faire reculer.  L’irresponsabilité totale de la gauche du PS, toute occupée à se déchirer et à s’exhiber en modèle réduit de tous les vices concentrés de la classe politique, a interdit de ce côté une alternative digne d’être considérée.

Refus d’assumer nos valeurs également. Alors que le message des victimes du 13 novembre était on ne peut plus clair, une panique morale s’est emparée de la classe politique, lancée dans un concours Lépine fou des mesures les plus dures. Tout ce qui était impossible, interdit, inimaginable et d’ailleurs inutile un mois avant est désormais sur la table, fruit d’un consensus entre tous les républicains responsables. Cela a-t-il légitimé le Front National, partisan de longue date des mesures dures, folles et inutiles? Sans aucun doute. Cela a surtout puissamment délégitimé la parole de tous les républicains, dont la foi et la constance apparaissent bien fragiles.

Le territoire européen est frappé de plein fouet par deux crises: l’économie et les migrants. La première est née aux Etats-Unis, la seconde à nos portes en Syrie. Que faire?

Les Etats-Unis ont en partie surmonté la crise économique, pas l’Europe. Pourquoi? Contrairement à nous, ils n’ont pas versé dans l’austérité budgétaire et monétaire. Qui a imposé cette austérité en Europe? Les gouvernements nationaux, par crainte que des mesures communes finissent par mutualiser une partie des coûts de la crise. L’évolution de la BCE sous Trichet a été une prise d’indépendance qui a sauvé l’économie européenne, et elle a été violente à l’égard de l’Allemagne.

La crise des migrants est une réalité simple: un à deux millions de personnes, fuyant une guerre civile, se réfugient en Europe. On se perd dans des discussions proprement confondantes sur la nécessité morale ou non d’accepter leur entrée. Comme si nous avions le choix! Comme si en remettant des douaniers, nous allions bloquer le flux de personnes qui n’ont plus rien à perdre! Arrête-t-on un tsunami sur la plage en y plaçant deux gardes-côte? Là encore, la solution est au niveau européen: se répartir entre pays la charge de cette arrivée, chercher à les traiter humainement dès lors qu’ils sont là, s’occuper de la Syrie pour leur redonner un pays. Mais non, chaque gouvernement national croit pouvoir jouer cavalier seul et tenir bien closes ses petites frontières.

Dans les deux cas ce qui est en jeu n’est pas l’Europe, mais sa paralysie totale. Pour faire face à des crises de cette ampleur, nous avons besoin de gens capables de les gérer parce qu’ils sont à la bonne dimension et qu’ils ont la légitimité démocratique pour le faire. La dernière Commission européenne est issue des urnes, enfin! Contre la volonté de la plupart des gouvernements nationaux. Qui le voit? Quel pouvoir, quelle aura la Commission en tire-t-elle? Les gouvernement nationaux l’écrasent, pour mieux organiser leur impuissance collective.

Au départ de la crise, nous avions averti où nous menait cette mécanique, dans une initiative appelée « Qui va payer? ». L’heure des comptes arrive. Sacrifiés pour le confort des petits privilèges existants, les jeunes divorcent du consensus national. Les plus de 25 ans, qui ont vécu la rupture du pacte social, votent Front national. Les moins de 25 ans, à qui plus rien n’est promis, ne votent plus. Il est temps de faire face et de reconstruire. A notre échelle, nous poussons les initiatives qui sont à notre portée et chacun devrait faire de même. Il vaut mieux allumer une bougie que maudire l’obscurité.

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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