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Les Congrès du PS et du PG : L’Europe 10 ans après

Le référendum sur le projet de traité constitutionnel européen a été la grande fracture de la gauche ces dix dernières années. Au sein même du non cohabitaient cependant deux visions incompatibles mais réunies par les circonstances: une volonté de réorientation de l’Europe et un refus de sa construction. Rassemblant au départ les progressistes favorables au oui, Sauvons l’Europe s’est très rapidement attachée à dépasser cette frontière pour faire converger ceux qui portent le projet politique d’une Europe de libertés, démocratique et solidaire.

 

Les congrès en cours du Parti socialiste et du Parti de gauche nous permettent d’apprécier l’état du débat dix ans après. Et il est assez étonnant: après toutes les empoignades que nous avons connues les positions des différentes motions d’orientation sont très proches au sein de chaque parti.

Le Parti socialiste

Le Ps nous offre le spectacle curieux d’un consensus européen, descendant assez loin dans les détails, et ne s’échappant donc ni dans un flou artistique, ni dans une Europe rêvée sans lien avec la réalité. Ceci est assez rare pour être salué !

La motion A, de la direction actuelle, porte ainsi un constat sur la réorientation de principe de l’Europe avec une stratégie de sortie de crise symétrique entre le Nord et le Sud (et une coquille – lapsus – amusante, confondant la France et l’Allemagne), l’Union bancaire, la taxe sur les flux financiers, un véritable programme d’investissement européen, l’aide à la Grèce, une plate-forme des services publics et un Traité social. Surtout, le texte place ces points non plus sur une négociation avec « Bruxelles » mais dans un cadre politique face aux droites européennes, et demande que la délégation au congrès du PSE qui se tiendra en juin à Budapest soit mandatée pour tenir ces positions.

C’est ce combat politique que la motion B des frondeurs accuse le gouvernement de n’avoir pas suffisamment mené. Elle demande en outre une Europe protectrice, une réorientation de l’austérité pour éviter la « dette sociale », un salaire minimum européen (anathème il y a encore deux ans dans ce courant mais porté par le programme commun de Martin Schulz aux dernières européennes) et un impôt européen sur les sociétés.

La « petite » motion C abonde en propositions. Surtout, elle traite des questions européennes au sein de chaque thématique et non pas seulement dans un grand paragraphe bien isolé. Sans tout citer, relevons une plus grande ccopération fiscale européenne, une Europe plus protectrice, une transparence des décisions de la BCE, une élection au suffrage universel du Président de la Commission.

Enfin la motion D, à mi-chemin entre direction et frondeurs, propose un renforcement des liens entre socialistes européens, par un progrès des jumelages de section, une orientation des nouveaux militants vers les « city groups » du PSE (en pratique, souvent la commission fédérale Europe), des échanges plus institutionnels et réguliers entre parlementaires nationaux et européens, une réforme bancaire, un véritable budget fédéral, un impôt européen sur les sociétés, une réforme de la PAC, le renforcement du plan d’investissement.

Les motions sont donc extrêmement proches, jusque dans leur très grande méfiance vis à vis du TTIP, que cependant elles baptisent chacune d’un acronyme différent. L’orientation générale du pacte europrogressiste que nous défendions il y’a encore peu est bien devenue la pensée commune des socialistes ! Mieux encore, cette unanimité entre motions sur les thèmes européens, à des points de détail près, devrait selon nos informations se traduire par des choses plus substantielles que des textes d’orientation. Nous aurons rapidement l’occasion d’en reparler.

Le Parti de gauche

Le Parti de gauche, issu d’une scission du PS, présente le même unanimisme sur les questions européennes, mais exactement inverse. Précisons ici que nous ne disposons pas des textes, qui ne sont pas diffusés auprès du public: le PG fait son congrès à huis clos, ce qui est étrange pour un parti démocratique mais conforme au manque de vie interne qu’on entend souvent déplorer. Les échos et citations sont cependant convergents pour en saisir l’esprit.

Deux motions s’affrontent: celle de l’ensemble la direction, issue d’un large consensus et réalisant donc une synthèse entre des sous-tendances assez nombreuses (« tout est possible »), et un autre texte « Plus belle la vie » issu des mouvements d’éducation populaire et de démocratie directe. Notons que seuls 1.700 membres se sont exprimés (à peine plus qu’au dernier congrès du NPA) et que l’ensemble de la direction n’a recueilli que 55% des voix. Sur le fond en revanche, les textes se rejoignent en matière d’Europe. La motion minoritaire, articulée autour de la démocratie directe et de la souveraineté du peuple, estime ce projet incompatible avec l’Europe et demande donc la sortie de la France de l’Union (via référendum) si le programme politique qu’elle propose n’était pas réalisable dans le cadre européen à l’arrivée du PG au pouvoir. La motion majoritaire est plus nuancée, ou moins claire (ce qui est le propre des motions de synthèse). Elle considère qu’à l’heure d’aujourd’hui, maintenant (« A ce stade de l’histoire »), la démocratie n’existe qu’au niveau national (ce qui est faux depuis les dernières élections européennes, perdues par la gauche) et envisage donc la sortie de l’Euro, pas de l’UE, mais sans trop trancher quand même.

Deux choses frappent ici. D’abord, que la séparation au sein des nonistes, à gauche, s’est faite in fine par une scission du PS.

Ensuite et surtout qu’elle s’est faite dans une dynamique européenne. Le PS appartient au Parti socialiste européen, et l’évolution du débat interne tient aussi à cet élément extérieur, dont la candidature et le programme de Martin Schulz à la Commission européenne ont été un catalyseur. L’exemple du SMIC européen déjà relevé en est très révélateur, et les motions A et D se situent explicitement dans le cadre du PSE (c’est fortement implicite pour la B et la C). La situation est totalement inversée pour le PG, qui évolue à contre courant de la Gauche unitaire européenne à laquelle il appartient. En particulier, Syriza est le seul mouvement de la GUE a être aujourd’hui au pouvoir et Tsipras était le candidat commun de la GUE. Or Syriza a clarifié sa position proeuropéenne depuis sa fondation récente par des scissions successives, et son attachement à l’Europe et l’Euro dans la crise que connait aujourd’hui la Grèce est fondamentale. C’est que les contraintes européennes imposées à la Grèce sont la contrepartie d’une solidarité dont le gouvernement actuel a besoin pour éviter une crise d’austérité pire encore.

Adressons au PS nos voeux les plus sincères pour ce consensus nouveau ! Et au Parti de Gauche nous disons: ressaisissez vous ! Et lisez avec profit la motion majoritaire du dernier congrès du PCF:

Là où des forces actent l’impuissance à changer l’Europe, prônant une dissolution de la zone euro qui renverrait d’une autre manière chaque peuple à la même guerre économique, nous pensons indispensable de lutter contre les divisions et les nationalistes, et de construire des rapports de force solidaires entre peuples à l’échelle de l’Europe pour émanciper le continent de l’emprise des marchés. Il est nécessaire d’approfondir une stratégie politique européenne.

Nous voulons augmenter encore la dynamique du Parti de la gauche européenne et favoriser avec lui tous les espaces de coopération où pourront se rassembler les forces politiques, sociales et citoyennes qui remettent en cause les orientations européennes actuelles, et sont disponibles pour travailler à des alternatives à l’échelle européenne.

 

 

Arthur Colin

 

 

Arthur Colin – @arthurcolin

 

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
  • GONTIER Georges

    Là où des forces actent l’impuissance à changer l’Europe, prônant une dissolution de la zone euro qui renverrait d’une autre manière chaque peuple à la même guerre économique, nous pensons indispensable de lutter contre les divisions et les nationalistes, et de construire des rapports de force solidaires entre peuples à l’échelle de l’Europe pour émanciper le continent de l’emprise des marchés. Il est nécessaire d’approfondir une stratégie politique européenne.

    Il faudra donc revoir toute la constitution Européenne actuelle , pour que naisse une vrai démocratie EU

    • Sauvons l’Europe

      Nenni: les élections européennes désignent désormais le Président de la Commission. Il y a des progrès à faire, mais la base d’une démocratie est là. Et c’est notre combat !

  • Il manque l’essentiel dans cet article : le mot PROJET !
    Il est sous-jacent dans la « dynamique » souhaitée. Mais une dynamique pour la relance de la construction européenne ne se réalisera qu’à partir d’un débat DIRECTEMENT EUROPÉEN sur un projet.
    C’est pourquoi les « nonistes » ont eu historiquement tort – même si le TCE comportait bien des points discutables. Mais il comprenait des dispositions qui manquent cruellement aujourd’hui :
    – son adoption aurait constitué une constitution européenne qui se serait substitué au maquis des traités actuels ;
    – la règle paralysante de l’unanimité aurait été remplacée par celle de la majorité qualifiée pour les principales politiques publiques ;
    – son article 47 (« principes de la démocratie participative ») aurait permis un renouveau démocratique de l’UE par la reconnaissance de l’acteur associatif.

    Aujourd’hui, les forces nationalistes et régressives menacent dangereusement l’UE et la zone euro. La seule façon de les dépasser est de s’engager enfin dans le débat sur la relance du projet européen. Les éléments techniques sont connus (taxe Tobin, harmonisation sociale et fiscale, relance vigoureuse des investissements d’avenir …). Ils seront insuffisants tant qu’un projet à moyen et long termes ne viendra pas les dynamisesr, leur donner une perspective et un sens.
    Car sans projet de développement, c’est toujours le court terme administratif et comptable qui domine.

  • Bien. Reprenons. Le congrès PS se fait à huis-clos, comme à gauche. Camba a été interpellé hier par les journalistes à ce sujet « démocratie ? Manque de transparence , etc …  » ce dont il se fiche comme de ses 1ères bretelles. Donc, n’assassinez pas le PG sur ce point. Mr Martin Schultz est aussi « à gôche » que je suis extrême-droite. C’est tout dire. Votre analyse sur les motions PS me semble exact. Pour l’UE, je ne sais plus s’il faut même parler de dévoiement (sens des valeurs de démocratie et de partage) car ce reniement était inscrit dans son ADN lors de sa création par les USA, en fait, par NY City Bank. Monnet et Schumann sont au ban de l’humanité , de plus en plus d’européens sachant qu’ils étaient des agents. Ne niez pas, sorti même sur Antenne 2. L’UE montre son respect des valeurs démocratiques en soutenant des pays ouvertement nazis comme Ukraine, Lettonie, Lithuanie par ex parce qu’ils sont otaniens (je ne parle que des gouvernements) et s’opposant à Orban (Hongrie) qui est bq moins « lourd » mais qui a commis le crime impardonnable d’avoir remboursé et viré le FMI et taxé les banques et les grands groupes et en plus , ça marche, taux de chômage tombé de 11 à 7%, dette de 110 à 78% du PIB, politique nataliste etc… L’une de vos grosses attaque fut son idée de référendum sur la peine de mort. Mais votre copain hollande se balade pourtant en Arabie Saoudite et prend des contrats pendant qu’on y exécute une dizaine de personnes par jour et par la même occasion, il a assassiné Air France dont l’État (c.-à-d. Nous) est actionnaire majoritaire au profit des lignes saoudies. Votre Europe, c’est ça . Votre Europe c’est Tafta, Tisa etc … Votre Europe, c’est la guerre et le chaos perpétuel . La guerre économique entre l’Allemagne et les pays européens est là, avec l’€. Toutes vos campagnes démontrent , s’il en était encore besoin, que vos solutions ne sont qu’ emplâtre sur jambe de bois, à supposer que la majorité d’entre vous soient honnêtes . Une simple supposition, qui me ferait plaisir, mais j’ai des doutes sérieux. Les péripéties d’un PS voué à disparaître (sic Valls 2014) au profit d’une grande coalition dictatoriale (c’est le plan) droite/gauche , ont peu d’importance.

    • Philbone

      Ça alors ! ! Un archéo-gauchiste ! Ça existe encore, ou tu n’es qu’un spécimen échappé de la vitrine d’un musée ??? En tout cas, tu n’a rien laissé de coté : language outrancier (l’Ukraine est un pays carrément nazi, l’UE a été fondé par la Citibank –tu aurais dû dire carrément par la CIA–, etc..), apologie du pays le plus réac actuellement membre (la Hongrie de Orban)….. Wow…

      Bref. Si on comprend bien, tout, absolument tout, est à mettre à la poubelle. Et qu’est ce que tu propose comme  »remède » ? Rien.

      Bravo. Félicitations.

  • Article très intéressant. Les 4 motions du PS attestent en effet d’un vrai changement dans la prise en compte du fait européen, qui n’est plus traité en appendice du reste mais qui vient innerver l’ensemble des motions. L’Europe reste plus que jamais un champ politique à investir. on va dans le bon sens et les Poissons Roses s’en réjouissent.

  • Article très intéressant. Les 4 motions du PS attestent en effet d’un vrai changement dans la prise en compte du fait européen, qui n’est plus traité en appendice du reste mais qui vient innerver l’ensemble des motions. L’Europe reste plus que jamais un champ politique à investir. on va dans le bon sens et les Poissons Roses s’en réjouissent.

  • gerard vernier

    Un point non négligeable à verser, me semble-t-il, au débat: lorsqu’on scrute les structures du PS, on constate que celles-ci ne comportent pas de Fédération « Europe » parmi ses instances fédérales. La spécificité européenne de ses sections au sein de l’UE apparaît noyée dans une vaste « Fédération des Français de l’Etranger ». Ne conviendrait-il pas, au moins, de discuter de cette lacune pour envisager une voie de meilleure « appropriation » par le PS d’un projet européen ?
    J’ajoute que cette interrogation personnelle ne sous-estime en rien l’importance du travail accompli par Philip Cordery, député des Français du Benelux à l’Assemblée nationale, dans le sens d’une telle appropriation.

  • Bonjour Gérard Vernier. Vous avez tout dit avec le terme. « S’approprier »… L’UE n’est qu’une affaire d’apparences ?
    Si nous en revenions aux fondamentaux ? Ah que ! Où sont- ils ? L’UE fut créée comme un marché européen , on remplace le conglomérat charbon-acier, cause de la seconde guerre mondiale. C’est ensuite, que, pour faire court, on y ajoute le « sens des valeurs ». Ça ne trompe personne. Je vais vous dire, à la limite, un vrai sens des valeurs ajouté après -coup eût valu la peine et un vrai combat en faveur de ce machin. On eût pu mettre de côté (pas oublier ) le pourquoi du comment et foncer. Mais il n’y a ici qu’apparence et combat pour une chapelle ou l’autre dans l’attente d’attribution de postes bien juteux. Est-ce bien raisonnable ? Vous vous dites que la loi Renseignement va remédier ? Internement des opposants ? Vous êtes ok pour la loi Cameron ? Et transposée dans toute l’Europe dont en France ? Vous condamnez la loi et la dictature ? Ah ! Que je ris, je suis aussi comminatoire que les potes journaleux de la bien-pensance, vous « condamnez « ?

  • gerard vernier

    En utilisant le terme « appropriation » (« ownership » en anglais), je n’ai eu d’autre intention que de me situer dans le registre du vocabulaire de l’ « autonomie » – comme on dit, à propos des pays en développement, que leurs progrès résident en particulier dans leur capacité d’appropriation (au sens de « faire siens ») des conditions de leur essor.

    Si, en partant du concept d' »appropriation », on veut jouer sur les mots, permettez-moi de faire valoir à mon tour qu’en ce qui vous concerne vous « prêtez » avec générosité à vos interlocuteurs des intentions qui ne sont certainement pas les leurs. Ainsi, je ne nourris aucune sympathie pour la « loi renseignements »‘, pas plus que je ne souscris aux propos de M.Cameron.

    Quant à la « dictature » que vous et vos amis attribuez si volontiers à l’UE, je me limiterai, à ce stade, à souligner simplement que l’adhésion de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal constituait précisément une volonté de tourner définitivement le dos à des régimes dont ces pays avaient été victimes durant des années. Et je ne parle pas des pays d’Europe centrale et orientale…

    • Philbone

      Cette manie qu’ont les réacs  »de gauche » d’accuser immédiatement toute personne qui n’est pas pour renverser la table  »UE » et jeter le bébé avec l’eau du bain… d’être un suppôt de Cameron ou quelqu’autre conservateur ranci…….

  • Henri Tanson

    Que de blablas dans les deux principales motions; des vœux pieux, des phrases creuses.
    Comme chaque fois, l’Europe est critiquée et doit être changée.
    Depuis tant et tant d’années, en être toujours au même constat sans même remettre en cause la capacité d’un parti politique français à changer cette organisation européenne, c’est un peu inquiétant.
    Le vrai constat n’est pas là, pas dans ces deux motions… (Je lirai les autres plus tard; déjà les deux premières, tellement différentes, peinent à montrer qu’elles sont exprimées par un seul parti politique, socialiste…).
    J’aime bien lire qu’il faut améliorer la compétitivité des entreprises françaises pour lutter contre la concurrence généralisée des pays à bas coût de main d’oeuvre sans qu’il ne soit précisé que ce n’est pas possible, sachant que cette concurrence est sauvage, sans règle, et qu’elle entraîne la disparition de notre modèle social… Comment devenir compétitif face à des pays qui sont aidés par l’UE et qui déterminent le coût de leur travail en fonction d’un bas niveau de vie et un environnement social inexistant? Si ce n’est en sacrifiant tout ce que nous incluons dans le coût de notre travail à nous, Français? Ceci en prenant un exemple dans l’Union; c’est pire avec les pays hors UE qui nous font concurrence… Rien que ça déjà, ridiculise la moindre analyse et le moindre intérêt de ces motions.
    Ce n’est qu’un exemple mais pas le moindre.
    À suivre…

  • Henri Tanson

    Après avoir lu les quatre motions, on peut constater effectivement qu’elles évoquent l’Europe.
    Mais ce n’est pas en « disant la réalité »…
    Dans la totalité des propositions, il n’est jamais question du vrai rôle de l’UE dans notre politique nationale ! Jamais.
    Pourtant, la totalité (!) de la politique française est soumise, d’un côté à l’application des traités européens, de l’autre côté à des directives et des GOPE et les fameuses Recommndations Particulières des Pays… Peut-être que j’ai rêvé, que tout cela n’existe pas?
    Ces motions sont élaborées par des rêveurs ou des menteurs, ou des incapables? Ou les trois?
    Je pencherai pour la proposition 3…
    Pathétique. Ce parti politique (ou ces quatre sous-partis) est condamné à disparaitre, faisant preuve d’autant de décalage dans son (ses) analyse de la réalité, alors que les Français ne sont pas dupes…

  • gerard vernier

    A la différence d’autres intervenants habituels dans ce débat, je ne peux, hélas !, me prévaloir d’une aussi solide connaissance du fonctionnement de l’UE, y compris de l’envers du décor. Dur, dur d’apprendre que ce sont des penseurs avec lesquels je suis souvent en désaccord qui détiennent seuls la vérité… comme il ressort de leurs propos exprimés avec une autosatisfaction qui force le respect.

    Oserais-je néanmoins pousser l’impertinence jusqu’à risquer juste quelques remarques complémentaires auxdits propos ?

    1. Observation liminaire: pour la clarté du débat, merci de ne pas confondre Robert et Maurice. Ce n’est pas la première fois, en effet,que je constate que le patronyme de Robert Schuman se trouve enrichi d’un « n » supplémentaire, qui revient en fait à celui de Maurice Schumann, l’une des voix de Radio-Londres…. un lapsus qui en dirait plus long que son « involontarisme » littéral ne pourrait le faire croire.

    2. Saluons le constance avec laquelle le refrain sur la créa

    2.

  • gerard vernier

    (reprise du commentaire, suite à un incident technique désormais classique avec la mauvaise maîtrise de l’outil informatique par un artisan médiéval):
    2. Saluons la constance avec laquelle le refrain sur la création de l’UE « par les USA, en fait NY City Bank » est à nouveau entonné. Tout au plus pourrait-on faire remarquer que ce 78 tours aux accents nasillards commence à être quelque peu rayé. Mais il est vrai que ce genre d’accusation « complotiste » permet à ses auteurs de se donner une contenance – à défaut de contenu – dans les salons huppés. Contentons-nous de sourire au vu de cette application de la méthode Coué qui semble, au demeurant, bien s’accommoder de l’adage « perseverare diabolicum ».

    3. Citation: « La totalité de la politique française est soumise, d’un côté à l’application des traités européens, de l’autre côté , à des directives, etc. »
    Une telle affirmation ne manque pas d’allure. Mais un regard plus « scientifique » sur les réalités conduit à suggérer au moins deux légères nuances:
    a) d’une part, l’attention qu’il convient de porter à deux dispositions liminaires du TUE qui résument à elles seules la philosophie à la base des pouvoirs de l’UE:
    – article 4: 1. Conformément à l’article 5, toute compétence non attribuée à l’Union dans les traités appartient aux Etats membres
    2. L’Union respecte l’identité nationale (des Etats membres), inhérentes à leurs structures politiques fondamentales politiques et constitutionnelles(…) Elle respecte les fonctions essentielles de l’Etat (…)
    – article 5: 1. Le principe d’attribution régit la délimitation des compétences de l’Union(…)
    2. En vertu du principe d’attribution, l’Union n’agit que dans les limites des compétences que les Etats membres lui ont attribuées dans les traités pour atteindre les objectifs que ces traités établissent.

    b) d’autre part, en ce qui concerne une juste appréciation du poids de la réglementation communautaire dans la législation nationale, une étude récente conduite par trois politologues sur un échantillon de 8 pays de l’UE ainsi que la Suisse (« The Europeanization of domestic legislatures ») montre que la part de cette réglementation se situe sur une échelle de 10 à 30 % selon les pays. Le commentaire de ces données fait partie d’un chapitre de l’ouvrage que j’ai déjà eu l’occasion de citer ici: « L’Europe au banc des accusés », de Catherine Chatignoux et Renaud Honoré. Bonne lecture à celles et à ceux qui souhaitent en finir avec les idées reçues sur la construction européenne !

    • Henri Tanson

      Tiens, je me sens concerné par vos propos, cher Monsieur Vernier.
      Quand je dis la totalité avec un (!), c’est caricatural… Ce que j’exprime et que je constate…, c’est que l’influence de l’UE et de sa mainmise sur la politique de la France se fait sentir dans l’essentiel de notre action sachant que, sans la maîtrise de notre monnaie et parce que nous ne maîtrisons plus notre économie, il nous reste vraiment peu de liberté d’action… L’argent étant le nerf de la guerre…
      Vous avez remarqué que l’UE pousse au sacrifice de notre modèle social en favorisant les entreprises? La loi Macron est la stricte application des Directives européennes et de l’esprit des traités dont est garante la Grosse Commission…
      Si tu contrôles l’économie d’un pays, tu contrôles le pays…
      Autre chose: je suis vraiment désolé de l’évolution eurosceptique des pays de l’Union, élections, après élections… Je me demande si, à la suite d’un référendum proposé aux Français concernant leur avenir, le résultat qui sortirait des urnes ne serait pas cette volonté de sortir de ce machin chez nous-aussi? Vous ne vous sentez pas minoritaires, vous qui soutenez, contre vents et marées, avec tout votre humour et votre sens critique légèrement « orienté », minoritaires?… Est-ce qu’il ne serait pas temps que le peuple Français ait la politique qu’il souhaite? Nos dirigeants, Francais et Européens doivent nous obéir… Non? Bizarrement, on aurait tendance à oublier que la démocratie, c’est d’abord et avant tout la voix du peuple? Et le peuple n’en veut plus… Il me semble, mais peut-être que je me trompe?
      Peut-être avez-vous des informations différentes qui remontent du terrain?
      Je vais souvent rencontrer des gens, dans la rue, sur les marchés, pour parler de ce sujet, pour savoir ce qu’ils pensent…
      Désolé pour vous; vous êtes de plus en plus minoritaires à croire à une Europe progressiste… À une Europe, tout court.
      Sortez de votre monde et écoutez les gens qui ne vous supportent plus, vous, et tous ceux qui veulent nous faire avaler la mauvaise pilule, pour des raisons idéologiques…
      Ce n’était pas le bon cheval; rêver d’Europe ? Sûrement pas de celle-là… Erreur sur toute la ligne. Vous le savez, vous qui la critiquez parce qu’elle n’est pas ce que vous voudriez qu’elle soit, et qu’elle ne pourra jamais être.. Suis-je clair ?…
      Bien à vous.

  • gerard vernier

    Cher Monsieur Tanson,
    Votre jeu de mots sur la « Grosse Commission » provoque un sourire complice… mais peut-être pas pour la même raison. En faisant appel aux ressources d’une langue latine si chahutée en ces temps de désarroi, il semblerait en effet que vous mettiez en avant une connotation d’ « excrementum », là où d’autres viseraient plutôt celle d’ « incrementum » dans le sens d’ « accroissement ».
    Espérer un fonctionnement vraiment efficace d’une Commission de 28 membres relève en effet de la gageure… alors même que les négociateurs du traité de Lisbonne avaient prévu (art.17 § 5 TUE) qu’à compter du 1er novembre 2014 la Commission ne serait plus composée d’un ressortissant de chaque Etat membre, mais d’un nombre de membres correspondant aux deux tiers du nombre d’Etats membres (soit, en l’état actuel de l’UE, 19 « collégiens », président compris). En ce mois de mai 2015, soeur Anne ne voit toujours rien venir…

    Pour ce qui est du peuple, attention aux prétentions visant à vouloir en monopoliser l’expression. Effectivement, j’ai, pour ma part, des remontées quelque peu différentes des vôtres… pour autant que l’on recoure à une pédagogie d’explication précisément à l’opposé de la vôtre. Peut-être qu’un jour nous nous croiserons sur un marché et qu’après « oeuvre missionnaire » chacun de son côté nous approfondirons nos analyses respectives autour d’une bonne bière… ou autre symbole de partage convivial, à votre meilleure convenance…

    Permettez-moi enfin d’exprimer une égale prudence à l’égard de la situation de « minoritaire ». Vous avez raison: les naïfs qui défendent une conception plus idéaliste de la construction européenne ne sont pas légion aujourd’hui. Mais, en des temps plus troublés, la France n’était-elle pas « majoritairement et passivement » maréchaliste avant que la petite poignée londonienne d’empêcheurs de tourner en rond ne voie sa persévérance l’emporter… au point que presque tout le monde se proclame gaulliste à la Libération (ne parlons même pas des résistants autoproclamés a posteriori) ? Cette leçon de l’Histoire ne fait, à mon humble avis, qu’accréditer la formule de Mark Twain: ‘Ils ne savaient pas que la chose était impossible. Alors, ils l’ont faite ».

    Signé: Lou Ravi

    • Henri Tanson

      Oh la vache!* Fallait oser… Vous vous placez dans le camp des résistants?… Euh, la Résistance se battait contre l’envahisseur pour que la France retrouve sa souveraineté, il me semble… La seule ressemblance qui me vient c’est sur le côté minoritaire… Pas plus!
      Autre remarque: la pédagogie doit se ternir à distance de la propagande. Avez-vous remarqué, vous et votre sens critique exacerbé, que l’UE avait cette étrange tendance à ce genre de dérive propagandiste? Elle n’aime pas trop la controverse non plus… Même si elle essaye de la tolérer, dans les apparences…
      Discuter à 28… Et à 751?… Avez-vous regardé cette vidéo datant de quelques jours et diffusée par le Petit Journal de Canal + hier soir qui montrait « notre » (…) ami Juncker faisant preuve d’une familiarité ahurissante envers les chefs d’Etats de l’Union, au point de leur donner des gifles sans qu’ils réagissent…? Vous pensez qu’à la Commission, s’exprime la démocratie ou la volonté de ce clown qui défend des intérêts à mille lieues des nôtres? Le « grosse » était donc en rapport avec le sens excrementum….
      Ils ne savaient pas que la chose était possible alors ils l’ont faite: ils sont sortis de l’UE, aussi simplement que le permettaient les textes qui leur ont été imposés…
      Une minorité ne peut jamais décider pour une majorité. Pas sur la durée.
      Un mensonge répété cent fois reste un mensonge, mille fois aussi, mais il arrive un moment où il passe pour une vérité… Il suffit d’expliquer le mensonge, d’avoir le droit d’exprimer la vérité, et tout le travail de propagande se trouve réduit à néant… Pfuitt.
      D’accord pour une bière ou un pastis, plus sympathique dans le Midi !
      * Lou ravi de la crèche et ma vache d’introduction s’entendraient bien…
      Bien à vous, cher contradicteur.

  • gerard vernier

    Pour ce qui est d’un attachement à la Résistance, pensez-vous que certains détracteurs de l’UE soient les mieux placés pour départager ceux qui croyaient au Ciel (en l’occurrence: l’Europe) et ceux qui n’y croyaient pas ? Attention à la tentation de se prévaloir abusivement du monopole de la Résistance comme du monopole du peuple !

    Tout en ayant déjà évoqué son nom dans un précédent commentaire, je me contenterai par ailleurs de rappeler l’influence de Pierre-Henri Teitgen, grande figure de la Résistance, sur ses étudiants « pionniers » du droit communautaire. Heureux d’en avoir fait partie !

    Et comment oublier le cri du coeur de Manoukian qui, à la veille de tomber sous les balles de ses bourreaux, écrivait: « Je meurs sans haine du peuple allemand » ? A mes yeux, ce poignant aveu fait partie des valeurs fondatrices de ce que sera la destinée de l’Europe après la seconde Guerre mondiale.

    Vive la France et vive l’Europe !

  • gerard vernier

    Pour rester dans le registre de la Résistance en ce jour solennel de « panthéonisation », n’est-ce pas tout un symbole que quatre grandes figures de la lutte contre le nazisme rejoignent les cendres de Jean Monnet dans ce « Temple de la Nation » ?

    • Henri Tanson

      À votre place, j’hésiterais peut-être un peu à associer de grands résistants reconnus contre l’oppression nazi et toute l’horreur qui l’a accompagnée avec deux figures de l’Europe qui n’ont pas laissé beaucoup de traces dans l’Histoire de la Résistance… À tout le moins.
      Ils étaient où ces deux modèles de vertu européenne pendant l’occupation?…
      Hum…
      Oui, bien sûr, comme le chantait JJ Goldmann, nous n’avons pas eu à choisir puisque nous n’étions pas nés, ou pas en état de choisir notre camp.

  • gerard vernier

    Il est vrai que si vous étiez à ma place vous auriez une autre vue, moins tributaire du brouillard, de la filiation Résistance-construction européenne.
    Qui est le deuxième modèle de vertu européenne ? En me relisant, je constate que je n’ai cité que Jean Monnet. En revanche, je veux bien, une fois de plus, mettre en avant le rôle de Pierre-Henri Teitgen, grand résistant en proie à la brutalité des nazis et l’un des pères du droit européen. Il n’est pas au Panthéon… mais il enseignait à la Fac de droit, située juste en face !

  • Pour Robert Schuman , le mot « Résistant  » me parait quelque peu inapproprié pour un collabo notoire. Vous ne pensez pas ? De Gaulle a eu tort, il fallait éradiquer les malfaisants qui avaient la trahison dans le sang. Il manquait « d’élites « , certes, mais toutes les zélites collaborationnistes auraient dû être éjectées .

  • Henri Tanson

    « Sauvons l’Europe » à la « Maison de l’Europe » à Paris le 29 mai?
    Un petit compte-rendu après les dix ans du fameux référendum, le dernier proposé aux Français avant longtemps, sur le Traité de la Constitution européenne ?

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