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L’évolution démocratique en Tunisie

Le 11 juin dernier, Sauvons l’Europe organisait un café-débat autour de Hamadi Redissi sur la question démocratique en Tunisie et les relations avec l’Europe; vous avez été nombreux à y participer, mais voici un résumé de ce qui s’y est dit pour les autres, grâce à Ben.

Hamadi Redissi est Juriste, écrivain, professeur de sciences politiques à l’Université de Tunis.

Son dernier livre s’intitule La Tragédie de l’islam moderne, éd. du Seuil, Paris, 2011. Ce livre qui met en lumière à quel point l’islam est désorienté par la coexistence indiscernable, de tradition et de modernité, qui le ronge.

 

La démocratie Tunisienne : une constituante basée sur la proportionnelle pour contenir le risque d’un parti politique majoritaire

La Tunisie a institué une constituante pour définir la constitution, la loi électorale.

L’article premier de la constituante serait conservé.

« Article premier. – La Tunisie est un Etat libre, indépendant et souverain: sa religion est l’Islam, sa langue l’arabe et son régime la république. ».

La règle démocratique est la proportionnelle intégrale. Sans fixer de seuil minimal, ce système de vote favorise l’émiettement du système politique et permet d’éviter la domination d’un seul camp. Le débat sur le régime (présidentiel, semi-présidentiel ou parlementaire) est en cours. L’intervenant précise qu’un système parlementaire serait une catastrophe, car cela empêcherait toute gouvernance, surtout avec un parlement élu à la proportionnelle intégrale. La situation serait équivalente à la IVème république française.

Au cours du débat, il est précisé qu’un système présidentiel aurait pour conséquence le retour d’un autocratisme, qui rappelerait ce qui s’est passé lors de la « démocratisation » algérienne. L’objectif est donc l’instauration, pour l’intervenant, d’un système semi-présidentielle, proche, dans son principe, de la 5ème république.

La question de la présence de 2 chambres (un sénat et un parlement) est encore en débat au sein de constitution.

L’intervenant conclue ses débats théoriques sur la constitution tunisienne, en rappelant que ce qu’une constituante fait, une autre peut le défaire et que c’est le premier gouvernement qui, par sa pratique de la démocratie, organisera le système démocratique. Ainsi, Hamadi Redissi préfère s’attarder sur les forces politiques en présence.

 

Une multiplicité de parti avec deux enjeux : la gestion de l’ancien RCD et le risque islamiste

Ces forces politiques se regroupent en 4 familles : la gauche, les nationalistes arabes, les libéraux, les islamistes .

La Tunisie est confrontée à deux difficultés politiques : la gestion du RCD (ancien parti de Ben Ali) et les islamistes.

Les islamistes ont des propos modérés à destination de la société tunisienne, mais peuvent maintenir des propos plus durs vis-à-vis de leur base. En effet, il existe, au sein des partis islamistes, une frange très dure, qui est, pour l’instant, minoritaire.

L’intervenant pense que les islamistes peuvent faire environ 25 % à 30 %, ils seront plus difficiles à maintenir dans leurs exigences. Les islamistes sont d’autant plus complexes à gérer qu’il est prévisible qu’ils demanderont un gouvernement d’union nationale. S’il est refusé par les autres partis, alors ce sont les partis qui seront considérés comme sectaires et refusant la démocratique. Si ce gouvernement d’union nationale est accepté, alors les islamistes seront déjà au pouvoir. Mais l’intervenant n’est pas totalement inquiet. En effet, la présence d’un pacte citoyen et la proportionnelle intégrale assurent que les islamistes ne seront pas majoritaires au gouvernement et devront modérer leur propos.

La gestion du RCD est facteur de risque. L’interdiction de ce parti a été une erreur, selon l’intervenant, car interdire un parti historique conduit à des rancoeurs. Or le RCD était un parti de masse, puisqu’il était nécessaire d’adhérer à ce parti pour ne pas se faire remarque par l’ancien parti, à l’image du parti fasciste italien.

Sur les partis politiques, l’intervenant répond à une question sur l’extrême gauche. Il précise que, malgré leur activisme apparent, ils sont très faibles sur le plan électoral.

 

L’économie tunisienne : un taux de chômage élevé et des inégalités régionales exacerbées

La Tunisie compte 700 000 chômeurs, soit un taux de chômage de 25 %, mais qui s’élève à 50 % chez les jeunes et dans certaines régions (centre ouest).

Les besoins s’élèveraient à 25 milliards, avec un enjeu fondamental : le développement régional.

Or les pays développés et les institutions internationales proposent 40 Mds€ pour l’ensemble des pays arabes. 20 Mds€ sont des aides bilatérales (dont une annulation de la dette des USA auprès de l’Egypte) et 20 Mds€ seront apportés par des organisations internationales (BEI, BERD).

Deux exemples de projets aidés par la BEI sont une usine d’engrais et une modernisation du réseau routier.

La position européenne est d’attendre un gouvernement légitime, donc après le 23 octobre, pour commencer à débloquer les fonds.

 

La situation tunisienne : un exemple pour l’Europe ?

Les questions et les réponses au cours de ce café-débat (le café et les croissants ont été très bons et dévorés par l’assistance) ont montré que les thématiques sont les mêmes qu’en Europe :

Quelles réponses à apporter face aux inégalités régionales et aux régions périphériques ? N’oublions pas que les fonds structurels n’ont que faiblement augmenté, alors que l’élargissement a conduit à un accroissement des besoins à destination des régions à développer. Pour la Méditerranée et/ou pour les régions défavorisés européennes, quelles sources pour les fonds ?

Quelles politiques macroéconomiques pour accroître la croissance ? Le commerce à tout prix, une politique industrielle, les infrastructures ou l’aide aux produits de base, comme l’agriculture ?

Quelles démocraties ? Un choix direct du président de la Commission Européenne par le Parlement européen, avec, comme outil, des primaires européennes pour déterminer le candidat du PSE en 2014 serait une première étape, mais pourquoi ne pas aller plus loin et envisager une constituante pour remettre tout à plat ?

 

Ben

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
  • La Tunisie est plus ou moins la lointaine héritière de la reine phénicienne Didon : partie du littoral à présent libanais au début du premier millénaire avant Jésus-Christ vers Carthage, « elle donnait aux hommes leurs droits et leurs lois » d’après Virgile dans « L’Enéide » (Livre Premier, vers 507).

    Il est donc temps que les bords orientaux et méridionaux de la Méditerranée, qui virent en premier se propager l’art alphabétique et les techniques nautiques, qui firent donc naître au loin et pour longtemps la démocratie, apprennent la liberté, c’est-à-dire le BIEN VIVRE ENSEMBLE, avec l’EurOpe qui sans cesse peut ouvrir les perspectives puisque son nom (phénicien lui aussi, puis adopté par les Grecs pré-classiques) signifie « VasteVue » !

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