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L’impopularité de l’Europe !

 
Tous les sondages l’indiquent, les prochaines élections européennes risquent d’être dévoyées et de se transformer en un referendum pour ou contre l’Union Européenne.

Cette situation est très dangereuse: en effet comme la question ne sera pas posée explicitement dans ces termes tels que tout referendum qui se respecte l’imposerait, il sera parfaitement loisible à ceux qui feront campagne en faveur du « Non » d’éviter de détailler les modalités de l’alternative qu’ils proposent. S’il est probable que, superficiellement, le « Oui » l’emporte, le débat fera, néanmoins, apparaître des divergences importantes au sein de ce camp, ne fusse que sur un avenir « fédéral » ou « intergouvernemental », tant au sein de l’Union à 28 que de l’UEM à 18.

Admettant que le camp du « Non » soit représenté par 1/3 des nouveaux eurodéputés et celui du « Oui » partagé de façon égale entre fédéralistes et confédéralistes, hypothèse réaliste, il s’ensuivrait que l’Union serait dans l’incapacité de proposer un projet d’avenir crédible entraînant l’adhésion d’une majorité de l’électorat. Cette perspective ne ferait qu’attiser la spéculation sur la pérennité de l’Union car il est parfaitement illusoire de compter sur une amélioration de la conjoncture mondiale, encore aléatoire, pour résoudre les problèmes structurels de l’Europe.

Pour éviter cette situation, il est essentiel de mobiliser l’électorat en soumettant à son suffrage des alternatives « politiques » pour la conduite des affaires européennes au point de vue économique, social, environnemental etc. La désignation par les « partis » européens de leurs candidats à la présidence de la Commission constitue un premier pas dans cette direction, quoiqu’insuffisant. Ce qui est fondamental, c’est d’établir que l’orientation « politique » issue des urnes s’imposera pour cinq ans, laissant les matières « nationales » régies par les majorités issues des élections législatives respectives. C’est seulement de cette manière qu’on peut éviter que l’Europe soit tenue en otage par ses Membres et que l’intérêt général puisse prévaloir.

C’est dans ce contexte seulement, qu’il est possible pour les partisans du « Oui » de faire front commun contre le « Non » pour décrédibiliser cette imposture comme totalement irréaliste et porteuse de très graves conséquences pour tous les pays de l’Union.

De ceux qui haussent les épaules et pensent que l’Europe est irréformable car gangrénée par les mêmes dérives qui ont compromis la classe politique dans nombre de ses Etats Membres, j’attirerais l’attention sur une autre institution. Elle compte deux fois plus d’adhérents que l’UE et a été sujette elle aussi, à une désaffection croissante. Donnée pour moribonde encore récemment à cause d’allégations concernant son manque de légitimité démocratique, son élitisme, ses mœurs dissolues, sa corruption, son incapacité à répondre aux préoccupations de ses membres, elle semble tout d’un coup miraculeusement convalescente. Il s’agit évidemment de l’Eglise catholique et de l’élection du Pape François dont l’impact initial a redonné espoir à des millions de fidèles, voir bien au-delà, même s’il est évident que mettre en place les réformes nécessaires prendra du temps et que certains nostalgiques ou ultras progressistes seront déçus.

C’est d’un choc du même ordre que l’Europe a besoin pour initier sa transformation. L’électeur doit indiquer clairement quelle orientation politique il désire donner à l’Union et le « Synode» (Conseil), réuni en Conclave (Conseil Européen), élira ensuite le « Pape » (Président) de l’exécutif en fonction des résultats. Ce dernier doit pouvoir choisir son équipe rapprochée (Commission) de façon à utiliser son droit d’initiative pour mettre en œuvre, avec l’aval du Parlement, les orientations issues du scrutin et les réformes nécessaires à la concrétisation de son « programme européen ». Cette équipe devra proposer à un « Concile » (Conférence intergouvernementale) un nouveau Traité qui actualisera les changements institutionnels indispensables et la dévolution des responsabilités entre les différents niveaux de pouvoirs ; il définirait notamment le rôle du « Synode » et il laisserait aux « Conférences épiscopales » régionales (Etats-Membres) une large autonomie dans le respect de la subsidiarité. Un référendum européen unique, récoltant au moins 60% des voix, entérinerait démocratiquement le processus.

L’impopularité actuelle de l’Europe doit être combattue vigoureusement. Loin d’être le problème, l’Union Européenne est un élément incontournable de toute solution.

Il nous reste moins de 6 mois pour en apporter la démonstration.

 

Paul N. Goldschmidt
Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre du Comité Consultatif de l’Institut Thomas More.

 

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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