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L’Irlande, économie coloniale

 

La crise Irlandaise que nous vivons aujourd’hui est fort différente de la crise grecque, et bien plus fondamentale par les questions qu’elle pose à la zone euro.

La Grèce est un pays qui a acheté la paix sociale et démocratique en sortant de la dictature, et qui n’a jamais réadapté ses structures économiques et fiscales depuis. Cette anomalie dans des Etats modernes (il y’en a d’autres en Europe) si on cherche, l’amenée dans le mur, posant la question de la solidarité européenne.

L’Irlande est la figure des déséquilibres européens, au point que l’on peut parler pour la décrire d’une économie coloniale. Pays pauvre, elle doit son développement économique récent à une conjonction de facteurs. Elle a d’abord bénéficié des transferts financiers depuis les émigrés irlandais aux Etats-Unis, puis d’aides européennes massives. Elle a constitué un secteur financier dérégulé qui a injecté de fortes liquidités sans contrôle.

Enfin, en fixant un impôt sur les sociétés extrêmement bas, elle a attiré sur son territoire des implantations industrielles en Europe, se lançant consciemment dans une politique de dumping fiscal. C’était l’époque où, avec une dette faible et un excédent budgétaire, l’Irlande était l’exemple même du bon élève des règles de Maastricht.Avec la crise, les flux venant d’Amérique se sont taris et le système bancaire s’est effondré.

L’Irlande s’est immédiatement lancée dans une politique de rigueur drastique et dans le sauvetage intégral de son système financier: l’Etat a pris à sa charge les pertes bancaires sans rien demander en retour. Résultat: un déficit de 32% du PIB, et la question de la capacité de l’Etat à reprendre la dette des banques sans faire faillite est désormais posée, et pas à tort, par les marchés.

Il faut donc sauver l’Irlande, comme on a sauvé la Grèce. Sauf que l’Irlande refuse.Elle refuse, car la contrepartie serait évidemment une restructuration de ses banques, demandée par l’ensemble de l’Europe. Elle refuse car il lui serait demandé d’élever ses ressources fiscales et en particulier son impôt sur les sociétés, c’est à dire de cesser le dumping fiscal. Ce sont les mêmes raisons pour lesquelles elle a refusé le Traité de Lisbonne: la crainte d’une Europe plus intégrée qui oblige à la fin du dumping fiscal.

Et en refusant, elle prend en otage les autres pays européens, car ses banques ne peuvent tomber sans en entraîner d’autres. De la même manière que l’exposition des banques allemandes aux dettes grecques a finalement contraint Angela Merkel à la solidarité, le Royaume-Uni qui n’avait pas voulu participer au fond de sauvetage au motif qu’il n’est pas membre de la zone euro est curieusement aux premier rang pour sauver l’Irlande.

La crise Irlandaise démontre on ne peut plus clairement que l’Europe a franchi un point de non retour. Le but historique de la méthode Monnet était de créer une solidarité de fait en faisant s’interpénétrer les économies. La solidarité enter les gouvernements européens, est on ne peut plus faible, mais ils sont contraints à une solidarité de fait parce que le marché unique existe désormais. Et la conséquence inéluctable de cette situation est qu’une forme de politique économique commune doit s’imposer pour résorber les déséquilibres internes à l’économie européenne et traiter les cas aberrants. L’Allemagne tente d’imposer une règle budgétaire pensée pour la Grèce, mais inadéquate comme le démontre le cas de l’Irlande. L’Irlande résiste vaillamment à tout ce qui peut lui faire perdre son statut de bénéficiaire des déséquilibres européens. Il n’en reste pas moins que, tôt ou tard, ce problème devra recevoir une solution.

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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