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Mais oui ? Que font les eurodéputés ?

Un des buts de Sauvons l’Europe est de faire vivre le débat entre pro-européens, afin qu’ils assument leurs désaccords et leurs différences d’approche. Nous sommes donc ravis de recevoir des interventions relatives à des articles déjà publiés sur le blog. Ici, Michel Perrin réagit aux propos de Pierrick Hamon:

Je me permets de revenir sur un ancien article du blog de  » Sauvons l’Europe  » :  » Mais que font nos eurodéputés ? » de Pierrick HAMON daté du 29 août 2008.

Cet article me paraît incomplet et certains passages sont erronés. Bien qu’ancien, il traite de problèmes très actuels. Il me semble que SLE ne peut pas laisser affirmer de telles contrevérités tant dans le texte que dans certains commentaires qui l’approuvent.

Je voudrais mettre l’accent sur deux problèmes qui sont pour une bonne part à l’origine de ce vote négatif en Irlande.

– Les parlementaires européens :

Ils sont totalement absents de la scène médiatique. Qui connaît nos parlementaires européens ? Ils n’interviennent quasiment jamais dans les débats… Même ceux qui effectuent un remarquable travail au sein de Parlement ne font pas l’effort de communiquer sérieusement autrement que par des présences ponctuelles ici et là, sans stratégie organisée et donc inefficaces. Beaucoup d’autres font en fait le minimum profitant justement de cette distance avec l’électeur. Il ne suffit pas d’adresser un communiqué pour faire savoir qu’on est à l’origine d’un texte. Ce n’est pas la même communication que celles des parlementaires nationaux.

Rien ne sert de renforcer le pouvoir du Parlement si ses membres ne changent pas de pratique.

– L’absence des médias :

Certes, à la décharge des parlementaires, il est vrai que la presse ne s’intéresse pas, à l’exception de quelques rares médias, comme Ouest-France, aux enjeux européens. Ce sont les mêmes qui vont ensuite accuser Bruxelles d’avoir mal communiquer et d’être à l’origine du vote irlandais. Bien sur, aucun politique n’ose mettre en cause la presse, beaucoup de journalistes s’insurgeant immédiatement sur l’air du « on accuse encore la presse ». On connaît ce petit jeu dangereux qui menace la démocratie elle-même… Il y a là un vrai problème de déontologie et de capacité professionnelles, qui n’est certes pas que français : il y a pire en Europe de l’autre coté de la Manche !Ce n’est que lorsque les décisions doivent s’appliquer que beaucoup se réveillent.

Comment ne pas aussi considérer le poids de la presse britannique Murdoch qui a tant pesé sur ce vote irlandais? C’est souvent aussi le cas en France et dans les autres Etats centralisés où élus et journalistes se défaussent facilement et à bon compte sur Bruxelles. La technocratie bruxelloise existe certes mais osons le dire, elle est beaucoup moins pesante que la techo-bureaucratie jacobine française généralement anonyme… Les fonctionnaires européens ont un nom et un visage et sont contactables, ce qui n’est pas le cas en France.

Un travail de comparaison sur les pratiques des parlementaires européens a du être effectué. Sinon, voila un objet de réflexion pour Sauvons l’Europe.

Seconde proposition : y a t il une différence dans les Etats plus centralisés et les autres ? Dans les régions à forte identité et les autres ?

Amitiés, Pierrick HAMON

Différents contacts avec des eurodéputés plus ou moins chevronnés permettent d’affirmer que ceux qui veulent travailler sont occupés à plein temps et que ceux qui ne viennent qu’à temps partiel et, à plus forte raison, ceux qui ne font que des apparitions, n’ont pas les moyens d’être efficaces et d’acquérir une compétence.

Il en découle que le mandat d’un député au Parlement européen est incompatible avec un autre mandat un tant soit peu accaparant.

Le silence des eurodéputés « à temps partiel » s’explique donc aisément.

Pour ceux qui travaillent sur un ou plusieurs dossiers, à côté des recherches et du travail personnel, le travail en équipe s’impose et ne laisse parfois que la possibilité de rédiger un court compte rendu, ce qui n’est déjà pas si mal, si ces communiqués sont bien diffusés.

La « communication avec les électeurs » que P. Hamon réclame, ne peut exister et être profitable que si les citoyens sont demandeurs d’échanges et de débats. Malheureusement, la plupart du temps, l’absence de dialogue n’est pas le fait des parlementaires, mais des citoyens qui ne font aucun effort pour organiser des rencontres avec les eurodéputés.

La nécessité de l’engagement des électeurs est rarement évoquée dans les critiques concernant le manque d’échanges entre les citoyens et les institutions européennes.

J’ai plaisir à citer l’initiative d’un membre du Comité directeur de la section 35 du Mouvement Européen-France qui, avec l’aide d’une poignée d’adhérents domiciliés dans le Morbihan, édite une lettre bimestrielle destinée à informer un public aussi large que possible sur l’actualité de l’Union européenne, le travail des eurodéputés et à  » décrire les politiques publiques européennes qui touchent notre région « . En outre, elle obéit au souhait  » qu’une vraie parole européenne soit entendue dans ce département « .

Différentes associations existent ( sections du Mouvement européen, Mouvement des Jeunes européens, « Sauvons l’Europe », les Maisons de l’Europe ) qui pourraient permettre aux citoyens motivés de se regrouper pour engager un dialogue avec les députés du Parlement européen.

Si certain médias ne sont pas à la hauteur de leur mission et informent mal les citoyens ou dénigrent les institutions européennes, d’autres s’acquittent correctement de leur mission d’information et certains tentent même de mobiliser les électeurs.

Les médias qui ne parlent que du spectaculaire et accusent de défaillances continuelles les instances européennes ne le font souvent que pour séduire un public friand de ragots et de nouvelles chauvines.

Si la presse est responsable de ne pas toujours remplir un rôle éducatif, les citoyens ont la responsabilité de ne pas être demandeurs d’informations vivantes sur l’Europe. Leur paresse et leur manque d’intérêt pour la construction et la vie de l’Union européenne constituent sûrement une menace pour la démocratie dans la mesure où ils se contentent d’être des spectateurs et de ne pas remplir leur rôle d’acteurs de la vie démocratique.

Voter constitue une démarche basique nécessaire, mais pas suffisante de la démocratie.

En n’allant pas voter beaucoup de citoyens sont responsables du mal être de l’Europe et du manque de collaboration de trop de médias.

Puissent-ils le comprendre avant que l’Union européenne ne se désagrège !

Michel PERRIN
Sauvons l’Europe et Mouvement européen 35.

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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