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Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice PS de Paris, est l'invitée du Talk Orange-Le Figaro.

Marie-Noëlle Lienemann: Travailler dans les instances européennes amène à comprendre la logique des autres

Sauvons l’Europe: L’Europe est au cœur de votre parcours politique, notamment comme vice présidente du Parlement Européen  Quelle place tient ce parcours européen dans votre action au Sénat ?

J’ai beaucoup appris de mes responsabilités au Parlement européen et cette expérience est un fil conducteur de mon action au Sénat. Mon engagement européen m’a permis d’appréhender les enjeux politiques en élargissant mon analyse. Nombreux sont les tenants du dogme libéral dominant qui nous serinent d’affirmations tendant à démontrer que la France doit faire comme ses voisins européens, sans jamais démontrer la justesse de leur analyse ou les autres réalités économiques et sociales chez nos partenaires.

Il s’agit de prendre en compte tout à la fois les grandes différences culturelles et historiques qui demeurent prégnantes dans le monde qui nous entoure, même chez nos proches voisins, mais aussi l’universalité des valeurs humanistes et des actions que nous pouvons concevoir. Travailler dans les instances européennes amène à comprendre la logique des autres. On peut être très attaché à la défense des intérêts de nos compatriotes, de notre pays, de notre modèle républicain tout en prolongeant notre horizon dans des engagements plus vastes. On ne fait de bons compromis qu’en assumant ses positions, avec la volonté de trouver un équilibre dynamique capable de rassembler, sans que des dominations finissent par s’installer. Cette expérience permet de résister aux logiques d’alignement pur et dur.

Tous nos pays sont aujourd’hui confrontés à une remontée redoutable des nationalismes et des idéologies autoritaires, identitaires. Nous ne sortirons pas de la spirale et des impasses actuelles sans une refondation profonde de l’Union Européenne et de la Zone Euro. C’est précisément là que les parlements nationaux et le Sénat ont un rôle à jouer là aussi.

Vous avez travaillé avec Sauvons l’Europe lors de notre campagne « Too Big to Tax » sur l’évasion fiscale des géants du numérique… mais pas que . Que peut le Sénat sur cette problématique ?

Depuis le début de mon mandat de Sénatrice de Paris en 2011, j’ai participé activement à deux commissions d’enquête sénatoriales en lien avec ces enjeux : la première consacrée à l’évasion des capitaux et des actifs hors de France et ses incidences fiscales, la seconde plus spécifiquement attachée à étudier le rôle des banques et des acteurs financiers dans l’évasion des ressources financières.

La campagne « Too Big to Tax » et le combat salutaire mené par Sauvons l’Europe contre l’évasion fiscale organisée par les géants du numérique s’inscrit dans la droite ligne de ce travail sénatorial. En effet la majorité du Sénat, comme le démontre les votes lors des lois de finance ou plus récemment à l’occasion de la loi de moralisation de la vie publique, a fait sienne plusieurs actions concrètes pour renforcer cette lutte.

La fin du verrou de Bercy, qui permet aujourd’hui à l’administration fiscale d’avoir le monopole de l’initiative des poursuites, a par exemple été votée à plusieurs reprises au sein de la Haute Assemblée. L’échange automatique d’information entre les pays européens, la création d’un Haut-Commissariat dédié à la protection des intérêts financiers publics, la réintégration à la base taxable de l’ensemble des bénéfices générés par les activités menées sur le territoire national sont autant de mesures que j’ai portées et que nous avons votées.

Le rôle moteur du Sénat contre l’évasion fiscale n’est donc plus à démontrer…mais dont nos collègues députés feraient bien de s’inspirer car trop souvent nos propositions échouent à seulement quelques voix près à l’Assemblée Nationale.

Quoi qu’il en soit, je souhaite que la justice fiscale au niveau français et européen et la domiciliation des bénéfices réalisés par les géants du numérique au titre de leurs activités sur le territoire national soient au cœur de l’action que j’entends poursuivre au Sénat dans mon nouveau mandat.

En quoi l’élection de sénateurs capables de faire le pont entre la sphère européenne et nationale est-elle importante lors du futur renouvellement du sénat le 24 septembre prochain ?

Bien des enjeux décisifs pour notre pays sont d’abord et avant tout une question de volontarisme politique. La lutte contre l’évasion fiscale organisée, dont nous venons de parler, en est l’un des aspects les plus spectaculaires. Dans tous ces domaines, la bonne connaissance des spécificités et des acteurs au sein des institutions européennes et des Etats membres est d’une importance centrale.

Il est donc très important d’avoir des sénateurs en capacité de faire le pont avec nos voisins européens. C’était d’ailleurs tous le sens de l’appel « Une autre Europe est possible » que j’avais initié avec plusieurs parlementaires français, allemands, italiens et autrichiens contre l’austérité et que nous avions tous rendu public dans nos pays. Notre rôle est précisément de nous organiser pour faire pression ensemble sur les chefs de gouvernement et les institutions européennes.

Propos recueillis par Henri Lastenouse

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
  • philippe Waldteufel

    l’objectif est-il vraiment de « faire pression » sur les institutions européennes et les chefs de gouvernement ? Pour quelqu’un qui croit à la démocratie comme Lienemann, il me semble que l’objectif devrait plutôt consister à convaincre les citoyens irlandais eux-mêmes (par exemple) de choisir des gouvernements disposés à lutter contre l’évasion fiscale.

  • Raphaël 78

    C’est très bien de « comprendre la logique des autres », c’est même indispensable, par contre le phrase «sans que des dominations finissent par s’installer. Cette expérience permet de résister aux logiques d’alignement pur et dur » est un argument dont certains pays (Irlande comme déjà dit, Pologne, Hongrie, …) usent et abusent. Personnellement je pense de plus en plus que l’Europe est engluée dans un consensus mou et qu’un alignement à un groupe moteur de pays volontaristes est le meilleur moyen d’en sortir.

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