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Mouvement citoyen en Roumanie : interview du Président de Cartel Alfa

Depuis plusieurs semaines des mouvements de citoyens roumains font entendre leur voix par des manifestations importantes. Le drapeau européen flotte au gré de ces manifestations. Celles-ci méritent informations et solidarités Pour en savoir plus, répond à quelques questions…

Bogdan Iuliu HOSSU est le Président de la Confédération Nationale Syndicale « Cartel ALFA », Roumanie. Ingénieur électronicien et chercheur scientifique de profession, Bogdan Iuliu Hossu a consacré les dernièrs 25 ans a l’activité syndicale. Il est membre du Comité Exécutif de la Confédération Européenne des Syndicats, Bruxelles, vice-président de la Confédération Syndicale Internationale et aussi, membre suppléant du Conseil d’Administration du Bureau International du Travail à Genève.

Propos recueillis par Jean-Pierre Bobichon Membre fondateur de Sauvons l’Europe

Quelles sont les raisons principales qui amènent la population à réagir massivement?

Les protestations massives que nous avons eues dans la première partie de février en Roumanie ont été déclenchées par l’adoption du gouvernement d’une loi qui a été perçue comme un grave abus de puissance.

Le désormais célèbre texte de loi « EO 13 » a été adopté tard dans la soirée (et publié dans la même nuit), sans se conformer à la procédure d’approbation, malgré la réaction véhémente du public et même l’opinion des institutions spécialisées de l’État, après un simulacre de consultation qui a été considéré comme un acte de défiance du gouvernement.

Le contenu dit « OUG 13 », en établissant une dépénalisation de l’abus de pouvoir, parle de l’intention de promouvoir des mesures de pardon. Elles ont conduit à la perception des actions de l’exécutif comme étant dans leurs propres intérêts. Le chef du parti au pouvoir lui-même à une condamnation liée à l’intervention illégale dans un processus électoral, et le gouvernement proposé par lui a été considéré par beaucoup, comme un ensemble de gouvernement fantoche pour représenter d’autres intérêts celui des citoyens.

Pour expliquer l’ampleur de ces mouvements de rue, je pense qu’il serait utile de noter deux choses:

  • Le sujet de la corruption est sensible en Roumanie. C’est un phénomène qui affecte la société roumaine à tous les niveaux, de l’individu, manifestée par la petite corruption, jusqu’à grandes privatisations et les contrats de l’État. Ceci est une suspicion générale qui guide à la fois les médias et les institutionnels. De notre point de vue, même si nous soutenons sans réserve les efforts anti-corruption, nous considérons que la « lutte contre la corruption » est disproportionnée, au détriment de sujets importants tels que l’inégalité sociale, répartition inéquitable de la performance économique, limitation du droit d’association, à la négociation collective et de grève, etc.
  • En second lieu, l’émergence au cours des dernières années d’un segment actif de la population est constituée par de jeunes ayant un niveau d’éducation élevé, à la recherche des événements politiques et aussi d’informer et ce segment se retrouve lors de manifestations contre l’ouverture, il y a quelques années, d’un grand projet d’extraction de l’or par cyanure à Rosia Montana, et à la suite de la tragédie du 30 octobre 2015, où des dizaines de jeunes ont été brûlés dans un club. Ce fait tragique a mis en avant de sérieuses lacunes dans le système de santé, et généralement le fonctionnement défectueux de l’Etat, miné par la corruption, la négligence et le copinage.

Quelles sont les principales revendications?

La principale revendication des manifestants a été le retrait « d’OUG 13 » et la démission des initiateurs.

En général, les slogans ciblent l’anti-corruption et les demandes de la rue ont été centrées sur la nécessité d’une gouvernance transparente et équitable. Il y a plusieurs proclamations de groupes de manifestants, visant à réformer l’Etat de droit en mettant l’accent sur la nécessité d’une vraie justice.

CNS Cartel Alfa est la seule confédération syndicale qui a réagi immédiatement après l’adoption du « GEO 13 », à travers une déclaration publique de désaveu. Nous avons exprimé vivement nos préoccupations, d’autant plus que le gouvernement semble revenir sur de grands projets, tels que les lois sur le salaire du secteur public, celles sur l’éducation, le droit de la santé, le droit de la fonction publique. Une telle méthode de travail établit un précédent dangereux qui sera sans aucun doute sanctionné.

Le fait que vous avez été investi d’un mandat des électeurs pour gouverner, ne signifie pas que vous avez obtenu un chèque en blanc et vous ne pouvez pas faire quoi que ce soit, sans aucune consultation, aucune transparence, aucun débat public, sans procédure régulière.

Beaucoup de nos membres ont participé à des manifestations, mais personnellement, non pas avec des signes et des bannières de l’organisation. En fait, ceci est l’une des particularités de ces protestations, elles n’ont pas été soulevées par certaines organisations, mais plutôt par des réseaux sur Internet.

Quelles sont les perspectives, y compris vis à vis de l’Union européenne?

Nous espérons que cette réaction énorme du public sera un signal bien compris par le parti au pouvoir, pour faire de sorte que de tels écarts n’existent plus.

Il reste à espérer que les efforts de l’Union Européenne pour intervenir et aider les citoyens ne soient pas vains

Malgré les tentatives de divers gouvernements pour justifier la situation en Roumanie au regard des exigences de l’Union Européenne et les mesures d’austérité imposées par certains Etats membres de l’Union Européenne et l’absence de politiques sociales, le soutien à l’Union Européenne reste à un niveau élevé parmi les citoyens de Roumanie.

À propos Jean-Pierre Bobichon

Jean-Pierre est membre fondateur de Sauvons l’Europe
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