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Pizza aux anchois

J’aborde ici un thème qui me concerne peu et auquel je ne connais rien, mais dont on parle beaucoup actuellement dans les medias : la pêche aux anchois dans le golfe de Gascogne. Mais si on ne s’autorisait à réfléchir que sur les sujets pour lesquels on possède une certaine expertise, on ne réfléchirait pas beaucoup, et de plus cela interdirait de facto la pratique des referendums, de plus en plus considérée par certains comme le « must » de la démocratie et la vraie expression de la vox populi.

Donc, voici ce que j’ai compris du mouvement de blocage du port de Pornichet par les pêcheurs d’anchois français :

  • les experts de l’IFREMER et de la Commission européenne ont estimé la ressource (le stock) en anchois dans le golfe de Gascogne à un chiffre compris entre 11000 et 30000 tonnes. D’après eux, et même s’il est en augmentation, ce chiffre est insuffisant pour permettre une reprise de la pêche au niveau des années précédentes ;
  • les pêcheurs français contestent les conclusions des experts, en se fondant sur leur propre appréciation de la ressource, et mettent en cause la compétence et les décisions de la Commission européenne ;
  • les pêcheurs font valoir l’aspect social et international du problème : s’ils ne peuvent plus pêcher, ils seront au chômage ou ne pourront plus vivre décemment ; d’autre part cette décision favoriserait injustement les pêcheurs espagnols, qui sont mieux indemnisés par leur gouvernement, au détriment des pêcheurs français ;
  • le gouvernement français essaie de négocier un compromis : autorisation de pêcher pour la France 2500 tonnes d’anchois par an, mais les espagnols s’y opposent.

Je suis bien conscient que cette présentation est certainement un raccourci du vrai problème, mais c’est ce qu’en a retenu un citoyen moyen incompétent tel que moi écoutant la radio et la télé, et lisant le journal. Si cela reflète néanmoins un tant soit peu la vérité, voici les éléments de réflexion que je peux en tirer :

  • l’expertise scientifique est toujours dénigrée quand elle ne va pas dans le sens où l’on voudrait qu’elle aille, et elle est présentée comme incontestable au nom de l’objectivité scientifique dans le cas contraire ;
  • on ne résoudra pas le problème au nom de la préservation des emplois si la ressource s’épuise.

Le jour où il n’y aura plus d’anchois, il n’y aura plus de pêcheurs d’anchois, c’est une évidence, que ceux-ci soient français ou espagnols ;

  • si la Commission interdit la pêche dans le Golfe jusqu’en 2008, ce sera valable aussi bien pour les espagnols que pour les français. La seule chose, c’est que vraisemblablement les français devront alors aller plus loin que les espagnols pour continuer à pêcher l’anchois ailleurs que dans le golfe, mais des mesures de soutien doivent pouvoir être trouvées en compensation ;
  • au lieu de négocier des tonnages insuffisants pour faire vivre correctement les pêcheurs et se présenter ainsi comme le défenseur des pauvres pêcheurs français face à une Commission technocratique et lointaine, éloignée des préoccupations des gens, le gouvernement français ferait mieux, une fois de plus, de prendre du recul pour soutenir la Commission (ce qui n’empêche pas la critique) en faisant des suggestions d’intérêt collectif au niveau européen, plutôt que de présenter une défense d’intérêts nationaux privilégiant la défense de l’emploi dans un contexte difficilement soutenable ;
  • les gouvernements français et espagnols, les pêcheurs et la Commission devraient pouvoir discuter ensemble, indépendamment des lobbies, des mesures à prendre dans la durée pour résoudre la question du maintien de la ressource en anchois et du métier de pêcheur d’anchois, au lieu de s’activer chacun dans son coin, les pêcheurs en engageant une épreuve de force, la Commission en décrétant la suspension de la pêche sans mesures d’accompagnement, et les gouvernements en tentant d’empiler des mesures nationales ponctuelles de soutien année après année.

A un autre niveau, deux choses m’ennuient beaucoup dans cette affaire. D’abord, la priorité absolue donnée à la défense des intérêts nationaux, en France et surtout en Espagne, au détriment de l’intérêt collectif : où est l’esprit européen dans tout ça ? Ensuite, c’est qu’une fois de plus l’Europe est présentée, aussi bien par les pêcheurs que par le gouvernement, comme incompétente, technocratique, responsable de décisions inappropriées, lointaine et déshumanisée. Cela est faux, et quand bien même ce serait vrai, il faut à un moment donné que des décisions difficiles et impopulaires soient prises, sous peine de condamner l’ensemble des européens à être privés de pizzas napolitaines, d’autant que si on se met de plus à transformer notre blé en pétrole vert simplement pour continuer à aller à la boulangerie située à 200 mètres en voiture, on n’aura même plus de pâte pour faire d’autres sortes de pizzas…ni de pain à la boulangerie…

Mais ceci est une autre histoire…

Jean-Jacques Vollmer

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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