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Politique de développement : Il faut responsabiliser la population locale

Dans le cadre de notre tour d’horizon de la politique du développement de l’UE, Solen Menguy interroge aujourd’hui Mme Ameganvi, Présidente de Synergie Togo.

Pourriez-vous nous présenter votre association et décrire son projet d’origine ?

Synergie Togo est une association issue de la société civile, créée en 2008 au sein de la diaspora togolaise, qui finance ses actions uniquement sur fonds propres. Cette association est née du besoin ressenti par les membres de cette diaspora d’exercer un devoir de solidarité envers leur pays d’origine, et de ne pas « se contenter » de l’aide publique au développement. De nombreux membres de Synergie Togo font également partie d’Aube Nouvelle, une association humanitaire qui s’investit en Afrique sur des projets d’éducation et de micro-crédit.

Nos travaux ont tout d’abord porté sur la mise en place d’un programme économique, qui se serait décliné en projets précis portés par des acteurs locaux, afin de s’assurer de la bonne utilisation des ressources financières envoyées. Toutefois, une dictature (officiellement une République bien entendu) est nécessairement attirée par l’appât du gain, donc par le montant des fonds transférés.  En effet, la diaspora togolaise fait partie de celles qui transfèrent le plus d’argent au pays d’origine : en 2014, ces fonds s’élevaient à 348 millions de dollars selon la Banque Mondiale, soit environ 300 millions d’euros. A titre de comparaison, l’Union européenne, premier bailleur mondial, allouera 216 millions d’euros sur sept ans au Togo, dans le cadre du onzième Fonds Européen de Développement (2014-2020).

Face aux problèmes endémiques de mauvaise gouvernance, nous avons décidé de réorienter le cœur de notre action et de nous concentrer, dans un premier temps sur la transparence des processus électoraux. En effet, un gouvernement qui n’est pas inquiété par le résultat des urnes est un gouvernement qui n’agit pas dans l’intérêt général, ce qui est le cas au Togo.

Votre expertise est aujourd’hui reconnue dans ce domaine. Quelles actions avez-vous mené à ce sujet ?

Nous avons organisé en 2009 un cycle de trois conférences à Paris, auxquelles se sont rendus des responsables politiques français, togolais et européens, et qui ont attiré un public originaire de nombreux pays membres de l’Union européenne. Des notes et rapports en ont été tirés, qui ont servi de support au suivi des élections présidentielles de 2010. Ce monitoring a été par la suite actualisé par les résultats du recensement général de la population qui, prévu depuis 2008, n’a été réalisé qu’en octobre 2010, après les élections. Le recensement général de la population a permis de déterminer que, dans certaines préfectures, le nombre d’inscrits enregistrés sur les listes électorales représentait 70 à 80 % de la population totale de la préfecture. La majorité légale pour voter étant de 18 ans, dans un pays ou 45 à 55% de la population a moins de 18 ans, nul besoin d’être un grand mathématicien pour comprendre qu’il y a une légère erreur quelque part.

Les prochaines élections présidentielles auront lieu en Avril 2015. Synergie Togo a déposé une demande d’accréditation auprès de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) afin de pouvoir se rendre sur place en tant qu’observateur électoral indépendant. A ce jour, notre candidature est toujours en cours d’étude en raison de « problèmes de procédures ».

Outre la transparence des élections, ne pensez-vous qu’un véritable travail de sensibilisation à la citoyenneté doit être réalisé auprès de la population togolaise ?

Bien sûr ! Un travail doit également être fait en termes de citoyenneté et de conscientisation. Toutefois, ce travail est très difficile à mettre en place lorsque le gouvernement ne coopère pas. Pour expliquer aux jeunes que voter ne signifie pas monnayer sa voix mais qu’il s’agit d’un droit fondamental, nous avons besoin d’une réelle alternance démocratique.

Quelles recommandations pourriez-vous faire aujourd’hui aux responsables politiques européens ?

Il faut reprendre le problème de l’aide au développement par le biais du terrain. Aujourd’hui, le gouvernement togolais reçoit cet argent de la part des bailleurs de fond, l’Union européenne en tête, et le dilapide. Ce n’est pas parce que les autorités togolaises se servent d’une partie de cet argent pour acheter des vieux outils et les donner au peuple en période électorale que cela s’appelle du développement. Dans la même non-logique, des fonds ont été débloqués pour la diaspora togolaise. Aussitôt, le gouvernement a créé un organe étatique pour gérer cet argent, qui va on ne sait où, alors qu’une organisation indépendante, le Conseil mondial de la diaspora togolaise, existait déjà et est composée des principaux intéressés. Une expertise réelle existe à travers les organisations issues de la société civile. Il serait nécessaire de s’appuyer sur cette expertise et de travailler en collaboration entre le bailleur, la société civile et les acteurs locaux.

Les financements doivent s’accompagner d’un partage d’expériences, d’une assistance technique entre pays. Une récente étude de l’Institut Montaigne faisait l’apologie du mouvement mutualiste.

Or, les problématiques sont parfois les mêmes aujourd’hui au Togo. Si cela a fonctionné quelque part, pourquoi ne pas se servir de l’Histoire, de ce savoir, pour dupliquer ce mouvement ailleurs ? Si des membres du mouvement coopératif breton pouvaient se rendre au Togo, soyons fous, et travailler avec les agriculteurs locaux, à la mise en place de groupements de producteurs, le tout sous la supervision d’un représentant de l’Union européenne, présent sur place tout au long du processus, de grands bénéfices pourraient en être tirés pour tous. Il est paradoxal de voir un pays se targuer de 6 % de croissance annuelle, notamment grâce à l’agriculture, alors que le taux de pauvreté ne cesse de s’accroître chez les agriculteurs.

Il faut responsabiliser la population locale. Responsabiliser permettrait d’éduquer, éduquer encouragerait le mouvement pour une alternance démocratique, alternance indispensable au développement économique du Togo. Aujourd’hui, notre association souhaite s’y investir autant que possible et, pour cela, a besoin de financements et de l’appui de l’Union européenne, qui a un réel rôle à jouer dans ce processus.

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
  • JP Richert

    Un exemple que nos pays européens pourraient et devraient suivre.

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