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Tribune : Pour un Erasmus méditerranéen, un programme Averroès

Les peuples qui viennent de gagner seuls leur liberté et leur dignité n’ont certainement pas fait la révolution chez eux pour venir vivre chez nous ! Arrêtons donc de débattre de l’immigration dans les termes de nos peurs. Notre continent, vieillissant, se crispe de plus en plus sur une question qui va pourtant conditionner son avenir, empoisonnant chaque jour les graines de notre futur. De plus en plus acharnée à fermer ses frontières, l’Europe refuse par lâcheté intellectuelle d’admettre qu’elle est matériellement incapable de les garder hermétiquement closes. Pour quelle raison les jeunes générations européennes paieraient elle encore longtemps le surcoût économique du racisme latent de leurs aînés ?

Le moment historique auquel nous faisons face est d’une ampleur comparable à la réconciliation européenne d’après-guerre, et doit donc également passer par un acte politique fort. L’ambition européenne pour la Méditerranée doit, à la manière de la déclaration Schuman de 1950, offrir une réponse politique à la seule question qui importe, et que personne n’ose trancher franchement. Comme hier le charbon et l’acier entre la France et l’Allemagne, il nous faut mettre en commun aujourd’hui la question économique et sociale qui tend nos rapports : la libre circulation des personnes.

Il revient sans doute à la génération des petits enfants de Jean Monnet d’œuvrer à substituer à la néfaste proposition de guerre de civilisations celle plus humaniste d’un modèle social méditerranéen partagé au travers d’une mobilité économique méditérannéenne et de son corollaire : une citoyenneté économique méditerranéenne. Cette réponse politique devra à terme se traduire par un cadre institutionnel supranational ad hoc qui conforte la démocratie, l’Etat de droit, l’expansion économique et consacre la dignité et l’égalité des peuples. Concrètement, nous proposons que la première pierre de cette ambition soit la libre circulation des étudiant comme premier trait d’union entre les deux rives de la Méditerranée.

Nous interpelons donc directement messieurs les président de la Commission et du Conseil Européen pour qu’au programme Erasmus fasse pendant un programme Averroès, et cela avant la fin 2011. Nous estimons nécessaire et indispensable de mutualiser les compétences et les savoirs afin de favoriser une effervescence intellectuelle sur laquelle fonder un débat démocratique sain et un développement économique commun. Il est donc primordial de créer des conditions dignes et favorables à la promotion de la libre circulation des étudiants dans le respect de l’altérité et de la réciprocité.

Les peuples du Maghreb ont ouvert la porte des possibles, construisons ensemble celui de nos futurs. Jean Monnet nous le disait déjà : « Souvent une résolution ferme et une idée simple trouvent mieux leur chemin quand l’indécision est partout ».

Jacques-René Rabier et Sauvons l’Europe

* Jacques-René Rabier, ancien directeur de cabinet de Jean Monnet et fondateur de l’Eurobaromètre ;

Rejoindre l’initiative Averroès sur Facebook : http://on.fb.me/hJ3T1S

Tribune publiée sur le site de Libération.fr : cliquez ici

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
  • Merci à Monsieur Rabier pour cette proposition, qui doit faire son chemin et aboutir à une réalisation aussi progressive que généreuse.

    Rappelons que la jeune Phénicienne Europe est la figure méditerranéenne qui, à travers son mythique enlèvement, symbolisa les techniques nautiques et l’art alphabétique autant qu’elle favorisa leur diffusion sur les rivages de la Méditerranée, donnant de proche en proche à leurs habitants les moyens de contact comme de connaissance qui se changèrent en civilisation, en démocratie, conformément au sens même de notre nom d’EUROPE : VASTE-VUE !

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  • Chers amis de « Sauvons l’Europe »,

    Belle idée que celle d’un Erasmus méditerranéen mais, comme on le sait, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Alors prenons garde, et d’abord à la propriété des termes !
    Édifié pour multiplier les relations entre les peuples d’Europe, Erasmus désigne depuis 1987 un programme d’échanges d’étudiants, d’enseignants et de personnels administratifs qui vise aussi la parité des flux entre les partenaires. Or, si l’on observe ce qui se passe dans les programmes d’accords qui ont déjà fonctionné entre les deux rives de la Méditerranée, Imageen ou Averroès, l’échange est déséquilibré dans le sens nord-sud. Il faut donc trouver un autre terme pour traduire l’idée lancée par l’équipe de Sauvons l’Europe : ce serait plutôt un accueil privilégié des étudiants du sud en facilitant le processus d’inscription dans une université européenne et l’obtention d’un visa.
    Cependant, du fait de mon expérience dans la conception du programme Erasmus Méditerranée contemporaine culture et communication , du module européen Langues et cultures de l’Europe méditerranéenne et du programme Socrates Médiation culturelle et sociétés de l’Europe méditerranéenne,
    je me permettrai d’ajouter trois conditions :
    deux préalables à l’arrivée des étudiants
    – qu’ils soient déjà titulaires d’une formation initiale post-baccalauréat de type L (équivalent de trois ans d’études)
    – qu’ils aient déjà reçu un avis de pré-inscription dans une université européenne
    et un engagement : celui de retourner, à la fin de leur cursus, dans leur pays d’origine pour faire en sorte que leurs concitoyens bénéficient des compétences qu’ils auront acquises dans le pays-hôte et pour éviter que (le ou les) pays-hôte ne se voie reprocher par les pays du sud de tirer profit des qualités de leurs nationaux alors que leur éducation nationale en avait supporté la charge la plus lourde, disent-ils, celle du primaire et du secondaire.
    Ce qui s’est déjà produit – et j’en témoigne – avec l’actuel gouvernement de l’Algérie pour des étudiants algériens qui se sont établis en France.

    Eveline Caduc (24 avril 2011)

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