Accueil » Actualités » Edito » Présidence du Conseil européen : les dents de la Blair

Présidence du Conseil européen : les dents de la Blair

La poussière retombe à peine sur l’arène de la nomination de Barroso que vient la désignation du Président du Conseil européen. Mais quel est son rôle, à cet homme-là ?

Le président du Conseil européen:

a) préside et anime les travaux du Conseil européen;

b) assure la préparation et la continuité des travaux du Conseil européen en coopération avec le président de la Commission, et sur la base des travaux du Conseil des affaires générales;

c) oeuvre pour faciliter la cohésion et le consensus au sein du Conseil européen;

d) présente au Parlement européen un rapport à la suite de chacune des réunions du Conseil européen.

Le président du Conseil européen assure, à son niveau et en sa qualité, la représentation extérieure de l’Union pour les matières relevant de la politique étrangère et de sécurité commune, sans préjudice des attributions du haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

Le président du Conseil européen ne peut pas exercer de mandat national.

On le voit, le président du Conseil a pour rôle à la fois de créer un consensus au sein du Conseil et d’orienter ses travaux, d’assurer la continuité avec l’activité de la commission, et de représenter l’union européenne à l’étranger parallèlement au haut représentant. Autant dire que, en devenant permanent, le président du Conseil devient avec le président de la Commission l’une des deux forces d’élan politique de l’Union.

Le candidat le plus en vue est à l’heure actuelle Tony Blair. Pouvant au départ se prévaloir du soutien des gouvernements français et allemands et italiens, il représentait sur le papier un compromis idéal : personnalité politique forte voulant donner une impulsion au système communautaire, son bilan en tant que Président (tournant de Conseil) est peu marquant ; représentant d’un pays en dehors de l’euro, il était favorable à ce que la Grande-Bretagne y adhère; travailliste, il est surnommé « Tory Blair » ; à bien des aspects, c’est le dirigeant le plus europhile d’un pays europhobe. De quoi plaire à chacun… ou à personne.

Car depuis plus d’un mois, c’est un tir de barrage contre lui qui se déchaîne. Edouard Balladur se montre d’une rare sauvagerie e en rappelant que « « M.Blair est anglais, c’est à dire qu’il appartient à un pays qui ne fait pas partie des grandes réalisations européennes que sont la zone euro d’une part et l’espace Schengen d’autre part. » ». Werner Faymann, le chancelier autrichien, n’y va pas par quatre chemins non plus : « Nous avons besoin d’un candidat qui ne soit pas pour Bush, mais pour Obama »

Pour que les choses soient claires enfin, les trois pays du Benelux ont publié début octobre une note commune, dessinant le portrait d’un Président qui aura « démontré son engagement européen et développé une vision sur l’ensemble des politiques de l’Union ». Et au sein du Parlement européen court une pétition lancée par Robert Goebbels (oui, certains noms sont difficiles à porter) et signée par les principaux poids lourds allemands PSE et PPE confondus. Elle indique que le Parlement ne peut pas se contenter d’entériner le choix des chefs d’Etat, et que le Président du Conseil doit venir d’un pays qui a adopté ou a la volonté d’adopter l’Euro, faisant partie de l’espace Schengen et qui ne refuse pas l’application de la Charte européenne des droits fondamentaux. Cette pétition a apparamment du succès et peut prétendre recevoir la moitié des signatures des députés, ce qui lui donnerait la valeur juridique d’une résolution du Parlement un peu difficile à ignorer.

Côté citoyen, une pétition en ligne « Stop Blair » mobilise très efficacement sur le net et a déjà recueilli plus de 40.000 signatures.

Le pêché mortel, c’est évidemment la guerre d’Irak. Que celui qui est destiné à représenter au moins pour partie la politique étrangère européenne soit à ce point marqué sur la question stratégique qui a profondément divisé l’Europe est délicat.

Mais le bilan n’est pas reluisant non plus. En tant que Président du Conseil, Blair a réussi l’exploit de ne chercher à faire aboutir aucun dossier d’ampleur tout en se montrant peu consensuel et en ne recherchant pas la discussion avec les autres pays membres. Ses promesses sur la normalisation de l’Angleterre ont également déçu. Sans même relever que son pays n’est finalement rentré ni dans Schengen, ni dans l’Euro, il s’est très fortement opposé à l’intégration fiscale et sociale lors de la constitution et de Lisbonne, et a multiplié les demandes de clauses exonératoires, en particulier sur la charte des droits de l’homme et sur le temps de travail.

Sa candidature est si mal en point que même Nicolas Sarkozy a fini par se rendre compte publiquement qu’il était anglais.

Mais alors qui ? …

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
x

A lire aussi

Recourir aux ordonnances pour taxer les Gafa

L’actualité récente l’a une nouvelle fois démontré : les géants du net ...