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Prise de position: La Méditerranée au rendez-vous de l’Histoire

La Méditerranée au rendez-vous de l’Histoire

Pour une citoyenneté économique méditerranéenne

Dans son discours de Dakar, Nicolas Sarkozy estimait que l’homme africain n’était pas « entré dans l’histoire ». De la Tunisie à l’Egypte, les peuples arabes viennent de prouver le contraire, et l’Europe assoupie dans la perpétuation d’équilibres géopolitiques douillets a été totalement prise au dépourvu. L’Histoire, qui n’a ni entrée ni fin, est un enchaînement continuel de possibles et la vague qui traverse le monde arabe doit secouer les certitudes de notre continent.

Après la période coloniale et la grande peur du communisme, puis d’un islamisme moyenâgeux, les dirigeants européens ont entretenu le silence à l’égard de la dérive kleptocratique de certains dirigeants arabes quand ils ne l’ont pas appuyée. A présent, les peuples sud-méditerranéens demandent clairement la démocratie et la prospérité, refusent les révolutions de palais et appellent un nouveau régime des choses. L’Europe, dans son ensemble, a une responsabilité historique à assumer. Sans même évoquer les liens du passé, l’interdépendance entre les rives de la mer intérieure est manifeste : immigration, relations économiques avec ces pays qui se sont tournés vers nous plutôt que les uns vers les autres, hésitations entre choc des civilisations, rencontre ou compagnonnage.

Le moment historique auquel nous faisons face est d’une ampleur comparable à la réconciliation européenne d’après-guerre. Comme hier le charbon et l’acier entre la France et l’Allemagne, il nous faut mettre en commun aujourd’hui la question économique et sociale qui tend nos rapports : l’immigration.

Notre continent vieillissant se crispe de plus en plus sur une question qui va pourtant conditionner son avenir. Alors qu’une part d’immigration sera demain nécessaire dans le vieux monde, que la solidité même de notre système d’assurance sociale en dépend à terme, nous empoisonnons chaque jour les graines de notre futur. De plus en plus acharnée à fermer ses frontières, l’Europe refuse par lâcheté intellectuelle d’admettre qu’elle est matériellement incapable de les garder closes. Faisant vivre ses immigrés dans l’insécurité et le soupçon policier permanents, elle les accuse de ne pas chercher à s’intégrer ; les reléguant dans la fragilité économique et le travail au noir, elle les rend responsable des bas salaires dont elle fait par ailleurs une panacée.

Etablissons donc une citoyenneté économique Méditerranéenne ! Au lieu d’une Union politique de façade, visons directement l’intégration des économies, l’Etat de droit et la circulation des hommes. Nous avons peiné à admettre jusqu’ici que Tunis est plus proche que Shenzhen. Tout comme l’Allemagne a assis une partie de sa compétitivité sur les synergies industrielles qu’elle a su tisser avec les pays membres de l’UE de son flanc Est, l’Europe doit mettre à profit les énergies, les capacités et les potentiels des pays du pourtour méditerranéen qui n’attendent que notre signal pour mieux exploiter leurs atouts dans le cadre d’un partenariat renouvelé. L’intégration économique avec le Maghreb dans des conditions saines est un fantastique vecteur de productivité pour tous les pays du sud de l’Europe et de développement pour les pays arabes. D’une manière ou d’une autre, cette politique doit être aussi pour les peuples le garde-fou de la démocratie naissante. Du traitement des Roms à la loi sur la presse hongroise, nous savons combien ces forces de rappel nous sont nécessaires et combien ils en auront besoin.

Quand monte le rejet des immigrés et que la zone Euro même voit son intégration remise en question, nos propositions sont-elles irréalistes et déplacées ? Soyons clairs, un changement majeur doit être saisi quand il se présente. La politique de l’aveuglement ne conduit qu’à repousser l’examen des plaies jusqu’à ce qu’elles soient purulentes. La question de l’immigration est au cœur de nos relations avec un monde qui s’éveille outre-Méditerranée et dont les orientations ne sont pas écrites d’avance.

Les peuples du Maghreb ont ouvert la porte des possibles, offrons leur d’en construire un ensemble.

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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