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Quand le PS s’interroge, un militant socialiste de Sauvons l’Europe répond

Ségolène ROYAL : Il nous faut sortir du fossé entre un discours pseudo révolutionnaire dans l’opposition et un conformisme économique au pouvoir : de quelle façon ?

La première des questions de Ségolène pose directement et sainement les bases d’une rénovation utile. Il ne nous sert à rien d’écrire les plus beaux textes, d’afficher les meilleures intentions si, une fois au pouvoir, nous nous comportons différemment. Le gouvernement de Jospin avait par exemple lancé le dossier de la privatisation d’EDF. Nous avons eu beau jeu de la dénoncer lorsque Villepin et Sarkozy sont allé plus loin !

Pourtant, si l’écart est moins grand que dans les discours, droite et gauche ont deux manières radicalement différentes de gouverner. Nous n’allons pas faire ici la liste des réussites des gouvernements Blum, Mendès-France, Rocard ou Jospin, mais on pourrait dire pour simplifier que la réduction des inégalités reste une priorité des différentes politiques que nous menons.

Alors, comment mettre en cohérence nos paroles et nos actes ? La question posée par Ségolène n’est pas neuve, et renvoie directement à un texte, co-écrit par Alain Bergounioux, responsable de la Fondation Jean Jaurès et Gérard Grunberg, directeur de recherche au CNRS. Dans leur livre, L’ambition et le remords, les deux auteurs partaient de l’histoire des socialistes au pouvoir pour comprendre cette dichotomie. Et de citer Blum, parlant de volonté de réformes « qui laissent des traces éblouissantes ». Toute notre histoire a ainsi été faite de cet aller-retour entre l’ambition de prendre le pouvoir pour tout changer, et le remords de ne pas l’avoir fait, avec un retour aux fondamentaux une fois renvoyé dans l’opposition.

Pour moi, la question de Ségolène en pose une autre : pourquoi ce fossé ? Pourquoi sommes-nous si différents dans notre pratique du pouvoir et dans nos discours ?

J’identifie trois barrières, en voici trois parmi d’autres :

  • Les dirigeants du PS seraient de grands hypocrites, à gauche par hasard, et tiennent un discours pour être élu et gouvernent ensuite selon, pour faire simple, la pensée unique de l’ENA. Je n’exclus malheureusement pas entièrement cette possibilité. Le parcours d’un ancien jeune premier ministre de François Mitterand, par exemple, m’a toujours étonné.
  • On ne pourrait pas gouverner à gauche, tout simplement. C’est trop dur. Le « mur d’argent », c’est-à-dire, les intérêts des possesseurs des capitaux sont trop forts, la marge de manœuvre trop faible pour pouvoir agir. C’est sans doute également vrai. Jospin (toujours lui) n’a pas eu le courage de s’opposer à la directive de Bruxelles lui demandant de privatiser EDF (ou plutôt, pas eu le courage de réclamer sa contrepartie : une directive protégeant les services publics)
  • La construction européenne va à l’encontre de notre discours classique. Pour moi, c’est un des points clés. En nous privant de marges de manœuvres, en nous incitant aux compromis avec les autres Etats-membres, l’UE nous empêche depuis Maastricht de faire les politiques socialistes écrites dans notre programme. Comment, par exemple, réussir les 35 heures si nous sommes les seuls en Europe ? Augmenter le SMIC alors qu’il sera si facile pour une entreprise de délocaliser dans un autre pays de l’Union ?

Et c’est en se confrontant à l’Europe que je propose une réponse, qui ne vaut que pour moi, à la question de Ségolène. Puisque nos discours sont incompatibles avec l’action politique dans le cadre de l’UE, deux possibilités s’offrent alors à nous :

Quitter l’UE, et développer un modèle protectionniste : à mon avis, la plupart d’entre vous se demanderont ce qui me prend à ce stade là, tellement l’UE semble être un horizon indépassable. Oui, mais quand Benoît Hamon propose, par exemple de remonter les taxes sur les importations au niveau européen, il pense la même chose mais ne s’assume pas. Je m’explique : l’Europe, en tout cas dans la configuration actuelle n’acceptera jamais. Vous en connaissez, vous, des anglais protectionnistes ? Donc, soit nous reprenons l’aventure de Napoléon de faire un marché vraiment unifié, soit nous quittons l’UE. (et pourquoi pas, après tout ? – mais je laisse ce débat pour une autre fois)

– Afin de ne pas me fâcher définitivement avec ceux d’entre vous qui m’auront suivi jusqu’ici, une autre solution me semble préférable : harmoniser notre discours avec celui de nos partis-frères, du Parti Socialiste Européen, notamment en s’appuyant sur le fabuleux texte fondateur de Delors/Rasmussen, L’Europe Sociale

Je reste convaincu que « Tout est possible », si on est prêt à en payer le prix. Le socialisme dans un seul pays, tel que l’aurait voulu certains de nos camarades, a vécu. Aujourd’hui, la meilleure façon, pour moi, de sortir du fossé entre un discours pseudo révolutionnaire dans l’opposition et un conformisme économique au pouvoir est de nous saisir de notre cadre politiqu, l’Union européenne, en nous impliquant dans la construction d’un Parti Socialiste Européen fort, pour mettre en place, demain, des politiques socialistes homogènes sur tout le continent. Avec une priorité, la mise en place d’une fiscalité européenne. Je pense que c’est pour nous la meilleure manière d’être cohérent avec nous-même, à un niveau de décision suffisamment fort pour que les voix des citoyens soient plus puissantes que les intérêts de l’argent.

Emmanuel Rozenblum

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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