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Quelles seraient les conséquences d’un Frexit ?

 Perte d’influence politique et de débouchés économiques, austérité renforcée…, une sortie de la France de l’Union fragiliserait aussi bien l’Europe que l’Hexagone.
Que se passerait-il si la France quittait à son tour l’Union européenne ? Pour l’heure, la question reste théorique : suite au référendum britannique, une seule force politique – le Front national – a fait part de son intention d’organiser un tel référendum. Examinons cependant cette hypothèse.
Tout d’abord, pour l’Union elle-même, la sortie de la France aurait des conséquences beaucoup plus lourdes que celle du Royaume-Uni : le départ d’un des six pays fondateurs et de la deuxième économie des Vingt-Sept sonnerait très probablement le glas de l’Union. Il ferait donc retomber le Vieux Continent dans les affres de son passé pré-traité de Rome. Cela ne prendrait pas nécessairement la forme de conflits ouverts dans l’immédiat, mais ferait à coup sûr disparaître l’Europe de la carte d’un monde dominé par des ensembles comme la Chine et l’Inde (1,3 milliard d’habitants chacune), les Etats-Unis (320 millions), le Brésil (200 millions) ou la Russie (145 millions), en attendant le Nigeria (175 millions) ou l’Indonésie (250 millions). Isolé, aucun des Etats européens n’aurait plus, à terme, son mot à dire sur le commerce international, le changement climatique ou encore la régulation financière. A contrario, l’Europe deviendrait plus que jamais le terrain de jeu de ces grandes puissances.
Pour la France elle-même, un départ de l’Union serait encore plus hasardeux que pour le Royaume-Uni. Tout d’abord, le risque existe, comme pour les Britanniques, que nos exportations vers le reste de l’Europe soient soumises à des droits de douane ou à d’autres formes de barrières non tarifaires ; que les investissements de nos entreprises dans d’autres pays d’Europe soient pénalisés ; ou encore que les entreprises qui avaient choisi de se localiser en France pour leurs activités en Europe continentale partent ailleurs. Pour contrer ces effets, il faudrait probablement aller plus loin encore dans la diminution des impôts pesant sur les entreprises.
La France devrait aussi abandonner l’euro, ce qui n’est pas le cas du Royaume-Uni. Il faudrait donc introduire une nouvelle monnaie, tâche qui n’est jamais aisée. Cela se traduirait à coup sûr par une forte hausse des taux d’intérêt auxquels les investisseurs prêteraient à l’économie française, faute d’être sûrs de la qualité de cette nouvelle monnaie. Ce qui freinerait sensiblement l’activité. Il faudrait aussi fixer le taux de change de cette monnaie par rapport à l’ex-euro. Les tenants du Frexit souhaitent en général une forte dépréciation afin de doper les exportations. Mais cela signifie que, du jour au lendemain, l’essence ou les smartphones coûteront 20 % plus chers aux Français. Autrement dit, ils perdront massivement en pouvoir d’achat et subiront une austérité sans commune mesure avec celle qu’on déplore aujourd’hui.
D’autant que se posera également la question de la dette, aujourd’hui détenue aux deux tiers par des non-résidents. Si on lui conserve sa valeur tout en dévaluant la nouvelle monnaie, cette dette pèsera encore plus lourd sur l’économie hexagonale : avec un nouveau franc dévalué de 20 % par rapport à l’euro, au lieu d’avoir une dette publique à 95 % du PIB, on en aurait une dorénavant à 115 %… Et si on résout le problème en répudiant une partie de cette dette, la France ne pourra plus avoir recours aux marchés internationaux, alors qu’actuellement, on consomme plus de biens et de services en France qu’on en produit. D’où, là encore, un serrage de ceinture violent pour les Français. Bref, il faut beaucoup d’imagination pour trouver des avantages à un Frexit…
Texte initialement publié dans Alternatives économiques n°361, octobre 2016

À propos de l'Auteur

Guillaume Duval

À propos Sauvons lEurope

Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire
  • Charles-Louis de Kergorlay

    Vaut-il mieux laisser détruire la civilisation avec ses projets d’évolution sociétale et autres aberrations commerciales et progrès détournés du bien commun ? Ou bien réfléchir à se priver peu à peu de tous les besoins essentiels et non vitaux qui nous sont proposés par les riches et entrainent chez les pauvres surendettement et toutes les conséquences familiales qui vont avec et chez les riches besoin insatiable d’avoir le modèle dernier cri ?
    Effectivement, vivre dans un confort inutile et destructeur n’est pas mon but et je voterai pour un frexit si l’occasion m’en est donnée car l’Europe protège essentiellement des lois destructrices avec par exemple la déclaration internationale des droits sexuels qu’elle soutient. Oui, je ferai passer la famille avant l’économie et s’il faut cultiver un bout de jardin pour vivre, ça sera déjà mieux que le chômage assisté.

  • Honneur et Patrie

    Article mensonger de rhétorique vichyste et giscardienne typique de ce que l’on entend depuis des années.
    C’est sur, la France, 5ème puissance du monde, avec sa force de dissuasion nucléaire, sa deuxième zone maritime au monde après les USA, son troisième réseau diplomatique au monde et son siège au conseil de sécurité de l’ONU (sans compter la langue française qui se développe comme jamais en Afrique francophone) ne peut plus être un pays libre, sans le carcan européen elle est morte….
    Au secours, il faudrait introduire et s’occuper de sa propre monnaie, chose qui n’est évidemment pas aisé pour les laches et les fainéants qui se succèdent à la tete du pays et qui trouvent bien plus simple et moins encombrant de laisser piloter tout ça par l’étranger, on ne pourra pas dire que le Munich social est de leur faute: « ce sont les règles européennes, c’est comme ça, l’Europe c’est la paix, on doit obéir à la lettre à tout ce que veut « la paix » sinon… »Au secours, l’essence (dont une partie du prix comporte des taxes modulables) et les smartphone made in china vont prendre 20%! Au secours, la France ne pourrait plus avoir recours aux marchés internationaux (ces vautours)!
    Bref, article à prendre avec philosophie, celle des dissidents soviétiques quelques années avant la chute du mur de Berlin.
    En attendant vive la France éternelle!
    PS: le seul candidat à proposer clairement un Frexit, François Asselineau, inspecteur général des finances, vice major de sa promo à l’ENA, diplômé d’HEC, bref quelqu’un de pas sérieux, comme l’idée d’être un pays indépendant comme… 85% des pays dans le monde.

    • Gerard Vernier

      « Rhétorique vichyste », dites-vous ? Attention à l’image du serpent qui se mord la queue… dans la mesure où une carte de visite libellée « Honneur et Patrie » aurait certainement trouvé sa place sur le comptoir de la réception du tristement célèbre Hôtel du Parc.
      Par ailleurs, s’il n’y a aucune raison de mettre en doute les qualités intellectuelles et la sincérité de l’engagement de M.Asselineau, on peut aussi faire valoir que, par exemple Cédric Villani, qui, en plus d’autres distinctions, n’a obtenu « que » la médaille Fields pour ses travaux de mathématicien, occupe une place de choix au sein d’EuropaNova, une enceinte plutôt favorable à une intégration européenne plus poussée.

  • bohy

    Je ne suis pas excessivement étonné des réactions ci-dessous (qui suintent la bêtise, il faut bien le dire!!), car le texte de M.Duval semble oublier l’essentiel : l’Europe n’a aucun avenir à long terme si l’on se contente de compter les avantages monétaires qu’on en retire, et, du fait qu’il se place sur ce seul terrain, il reçoit la volée de bois vert (pourri?) ci dessous.
    Mais l’Europe doit être plus que ça, à condition d’y mettre en avant des objectifs sociaux, ce qui n’est hélas pas le cas pour le moment. De là en vouloir jeter le bébé avec l’eau du bain, c’est l’erreur à ne pas faire !!

    • Marco29

      « Mais l’Europe doit être plus que ça, à condition d’y mettre en avant des objectifs sociaux, ce qui n’est hélas pas le cas pour le moment. »
      Absolument !
      Objectifs sociaux,culturels, militaire etc…
      La priorité reste cependant de tendre vers une « concurrence saine, loyale et équilibrée ».
      Le but est utopique mais il faut y tendre tant les disparités sont flagrantes.
      Cela devrait même être la tâche prioritaire de la Commission
      européenne.
      Nous serons certainement obligés d’en venir à un noyau dur.

  • jlcatalan

    ce texte est absurde et mensonger.
    Absurde, parce que l’Europe apporte beaucoup plus à la France que ces considérations étroites.
    Mensonger, parce que le FN n’est pas seul à vouloir sortir de lUE, la gauche de Mélenchon etc aussi, les crétins démocrates de Poisson aussi….et je ne parle pas des nombreux démagogues qui promettent un référendum!

    Sauvons l’Europe reprenez-vous!
    Vos préconçus politiques obèrent votre vision!

  • Marco29

    Revenir au FRANC serait un absurdité totale.
    MLP d’ailleurs n’y croit même plus mais ne peut se dédire…
    Une monnaie finit toujours par varier
    – soit en continu : change flottant (cas général désormais)
    – soit en escalier : change soi-disant fixe
    Revenir au Franc n’a d’intérêt que s’il y a une dévaluation.
    Mais jusqu’à quel point ?
    Une première ILLUSION est de croire que l’importance de la
    dévaluation dépendrait uniquement du choix décidé par MLP.
    Elle pourrait dire je dévalue de 15%, 20% 25%…mais, au bout
    du compte, c’est le marché qui fixe le taux de change.
    Or avec Marine au pouvoir = ZÉRO compétence = ZÉRO
    confiance.

    De dévaluation en dévaluation, l’exemple de l’ARGENTINE (le
    Venezuela idem) :
    Lorsque l’Argentine a rompu son lien fixe avec le $, en janvier
    2002, le gouvernement a annoncé un nouveau taux de change de 1 $
    = 1,40 peso (avant 1$ =1 peso ).
    En juillet, il était de 1 $ = 4 pesos !
    La monnaie avait perdue les ¾ de sa valeur en 6 mois …
    Aujourd’hui encore 1 $ = 15,17 pesos !!!
    La classe moyenne a été complètement ruinée (ne parlons pas
    des pauvres…) et l’Argentine est toujours affaiblie malgré
    qu’elle soit un pays riche et exportateur.

    C’est là l’énorme mensonge par omission de Marine le Pen :
    l’écroulement du franc serait suivi par une gigantesque perte de
    POUVOIR D’ACHAT, de graves violences et finirait par
    l’instauration d’un régime policier semi-totalitaire.

    • Nous ne sommes pas dans le cas de l’Argentine. Mais si on considère que le Brexit se traduit en quelques mois par 20% de la valeur de la livre, alors que cette monnaie était déjà flottante, un ordre de grandeur du tiers pour le Franc semblerait un minimum… Ce serait une augmentation importante du coût de la vie.

      • Marco29

        Je crains qu’avec MLP nous nous en approchions beaucoup, car il y a aussi le protectionnisme et le repli sur soi.
        Nous ne sommes pas dans le cas du Brexit (encore à
        ses début puisqu’ils ne sont pas encore sortis).
        Et May est une chance pour le RU alors que MLP
        serait une catastrophe.
        Qu’en penserait les marchés, nos créanciers ?
        Mais tout cela est théorique car elle n’a pas 0,5 % de chance d’être élue.
        Il reste toutefois que l’esprit protectionniste avance.
        S’il reste modéré c’est bon, cela ne tournera pas à la catastrophe comme dans les années 30.

  • Marco29

    Depuis près de 3 ans 1 € = 1,11 $ environ, ce qui est (globalement) satisfaisant.
    Car il ne faut pas se leurrer, une monnaie TROP faible est, aussi, une catastrophe.
    Le change a frôlé les1,60 $ sous Sarkozy.
    L’euro était trop fort.
    Au début de mandat de Hollande il était autour de 1,30 $.

    Une monnaie trop faible favorise les exportations (avec retard car inertie de l’économie) mais nuit immédiatement aux importations (pièces détachées, carburant, agroalimentaire).
    Le souhait de MLP d’une monnaie toujours plus faible est ridiculement simpliste…
    D’ailleurs elle-même n’y croit plus, mais politiquement elle ne peut se
    dédire.
    Ce serait reconnaître qu’elle s’est plantée…
    – 09 02 16 Marine Le Pen défend la sortie de l’euro « au nom
    de la vérité »
    http://www.europe1.fr/politique/marine-le-pen-defend-la-sortie-de-leuro-au-nom-de-la-verite-2665097
    « Des membres du FN avaient plaidé, lors d’un séminaire du parti
    dimanche, pour l’abandon de la sortie de l’euro.
    Marine Le Pen persiste et signe.  »

    Tortillements sémantiques en vue…
    Et voilà que, pour sortir de la nasse où elle s’est enfermée, elle propose un référendum où les
    Français répondrait NON comme d’habitude et parce qu’ils
    tiennent à l’euro, comme les Grecs qui, dans les pires
    situations, ne l’ont pas lâché.
    Et pourtant depuis 3 ans un euro « faible/normal » leur est défavorable, car ils importent presque tout et n’importent presque rien. Mais pour le
    tourisme en provenance de pays qui ne sont pas dans la zone euro,
    cela compense un peu.

    Malgré quelques faiblesses, dues aux déphasages entre certaines économies, l’euro est un élément de puissance et d’échange important entre européens (commerce, industrie, tourisme).

    • Marco29

      car ils importent presque tout et…. n’exportent presque rien.

  • Marco29

    Faut-il sortir de l’UE pour faire du protectionnisme ?
    * protectionnisme aux frontières de la France :
    L’intégration des usines (qui sont des usines de montage de pièces venant de partout) rend la chose absolument impossible.

    La mondialisation est une réalité incontournable.
    MLP se croit encore dans les années 60, si ce n’est les années 30 !

    * protectionnisme aux frontières de l’UE :
    Il y a 30 ans il aurait fallu écouter M. Allais, notre précédent Nobel d’économie :
    « La pire erreur de l’Europe a été de ne pas mettre en place une préférence communautaire qui aurait été progressivement levée, au fur et à mesure du rapprochement des écarts salariaux avec le monde émergent »
    Maintenant c’est trop tard pour un protectionnisme dur (car rétorsion, comme pour les panneaux solaires chinois / vins de Bordeaux et Airbus).
    D’ailleurs pour les panneaux solaires les entreprises du secteurs réclament une BAISSE des taxes anti dumping, car 80 % de leur activité n’a pas à voir avec le coût d’un panneau.
    Si leur demande venait à être exaucée elle coulerait la petite fabrication de panneaux solaires en Europe.
    Alors qu’est-ce qu’on fait les démagogues ?

    Reste un protectionnisme soft, malin, par les normes, par la TVA, par les
    taxes anti-dumping, comme pour l’acier ainsi que l’a enfin obtenu (en partie) Macron.
    Il faut aussi PLUS d’Europe, avec une harmonisation (progressive et
    par groupes de pays) fiscale et sociale.
    Là encore la loi Macron exigeant que les conditions de travail des
    routiers étrangers respectent le droit français, dont le Smic et le
    temps de repos va dans le bon sens.
    Décision saluée à l’époque par les transporteurs routiers français qui
    n’en revenaient pas.
    Bruxelles tousse, mais les Allemands aussi son pour.

    Mais c’est largement insuffisant. Il faut que quelques pays adoptent la
    règle d’une majorité, des 3/4 par exemple, dans ce domaine.
    L’unanimité c’est la paralysie.

  • Marco29

    Pour la France seule une cassure de l’euro en 2 (Nord et Sud) serait un peu réaliste, à condition d’abandonner tout vote à l’unanimité dans notre nouvelle entité.
    Et sommes nous des nordistes ou des sudistes ?

  • Grégoire

    Certes, la sortie de toute union de la France pourrait avoir des conséquences fâcheuses a priori (quoique, la France est la 5/6e nation économique du monde, on s’en tirerait je pense).
    Mais la France ne pourrait-elle pas sortir de l’UE pour faire une autre union avec un nombre resserré d’États ayant une réelle volonté d’intégration, pas forcément jusqu’au fédéralisme (quoique), mais au moins pouvant s’accorder pour éviter tout dumping fiscal et social, avec un sens plus aigu de la solidarité, mais tout en permettant une sortie de la logique mortifère néolibérale ?
    Qu’en pensez-vous @nalonzo22:disqus : sortir de l’UE ne pourrait-il pas être « reculer pour mieux repartir du bon pied » sur une autre union, alors que l’UE est gangrénée par les lobbies, la désunion et des logiques pro-grandes entreprises ridicules ? Où les seules logiques d’intégration politique ont pour but le « marché commun », et où on peut peut-être faire passer des traités aussi clairement antidémocratiques que le CETA ou le TAFTA ?

  • jlcatalan

    le Traité de Lisbonne prévoit que des pays membres de l’UE puissent développer des intégrations et coopérations avancées.
    Point besoin de sortir de l’UE.

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