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Stéphane Le Foll (PSE) : Bilan de la Pac

Rencontre avec Stéphane Le Foll, député européen (groupe PSE), membre de la commission AGRI du Parlement européen

Quel bilan pour la politique agricole commune (PAC) ?

Dans la temporalité il y a plusieurs éléments : est-ce qu’on prend le bilan depuis que la politique agricole commune est mise en place, bilan positif dans la mesure où elle a atteint les objectifs qui lui avaient été fixés : assurer une production agricole sur l’ensemble du territoire européen et puis surtout assurer la sécurité alimentaire de l’Europe. On peut même dire que pendant toutes ces années, l’agriculture s’étant diversifiée, il est beaucoup plus de modèles aujourd’hui de production agricole, et on peut dire globalement que, par rapport aux objectifs qui étaient ceux du traité de Rome,ceux de l’Europe, la politique agricole a globalement atteint ses objectifs.

Après, il y a ce qui se passe maintenant et depuis 20 ans. La PAC a changé, profondément changé, dans ses structures, dans son organisation. Je pense qu’aujourd’hui, on devrait préparer une nouvelle étape, quelque chose qui change par rapport à ce qui se fait aujourd’hui. D’abord parce que les enjeux ont changé, et que cette agriculture, de manière majoritaire et large, conventionnelle comme on l’appelle, a eu des externalités négatifs extrêmement importante, sur les questions de l’eau, sur les ressources naturelles, sur le sol, comme on le constate aujourd’hui, et qu’il ne suffit pas de dire qu’on va faire de l’agriculture biologique pour régler les problèmes de l’agriculture de manière globale.

Donc je pense qu’il y a un tournant. Un tournant qui va nécessiter de ne pas seulement accompagner le bilan de santé de la PAC qui a été voté en 2008, mais d’essayer de prendre des mesures et faire des propositions qui nous mettent dans une autre perspective. Celle d’assurer la transition d’une politique agricole commune vers une politique agricole et environnementale commune. C’est ça pour moi l’enjeu, c’est d’arriver à mettre l’agriculture dans un projet global de société, et dans les défis et les enjeux du XXIe siècle, et pas simplement dans la défense d’un secteur, même s’il est important,dans la défense uniquement des producteurs et des agriculteurs, mais d’inscrire l’agriculture dans ce projet beaucoup plus large, qui est aujourd’hui je le disais celui de la question alimentaire, de la question environnementale, en même temps qu’on a tous les problèmes liés à l’occupation et l’aménagement d’espaces. Donc moi je pense que là, il y a un virage à prendre.

Ce qu’on a fait avec le bilan de santé, c’est de terminer le cycle qui avait été commencé avec la réforme de 92 : passer du soutien aux prix à un soutien avec des aides directes. On a été jusqu’au bout de ce cycle avec le bilan de santé. On a découpé les aides, on a organisé un premier et un deuxième pilier, on est arrivé aujourd’hui à avoir pratiquement des aide à l’hectare partout. Très bien : unique, découplé. C’était à mon avis la nécessité de clore le cycle entamé en 92 avec l’étape de 2003 et le bilan de santé de 2008.

Maintenant il faut ouvrir de nouvelles perspectives, et il ne faut pas se contenter de discuter d’agriculture, comme je le disais tout à l’heure, uniquement au travers du secteur agricole. Il faut inscrire l’agriculture dans un projet alimentaire, par ce que, désolé mais, un milliard d’êtres humains et plus même qui souffrent de la faim, dont, je le répète à chaque fois, 18 millions d’Européens qui souffrent de malnutrition. Donc cette question alimentaire, elle est au coeur des débats. Elle est aussi au coeur des débats qui sont liés à la santé, à la diversité de l’alimentation qui est la meilleure réponse à tous les problème qu’on connait d’obésité, les problèmes cardiovasculaires, et autres sujets. Donc il faut avoir une vraie politique alimentaire à l’échelle européenne. C’est la politique qui est liée aussi, à la question environnementale : quelle agriculture pour être à la fois productif, pour répondre à la demande alimentaire et en même temps ouvrir de nouvelles perspectives non-alimentaire, en particulier au niveau de la biomasse, tout en respectant, ce qui n’a pas été fait,les ressources naturelles que sont l’eau et les sols. C’est ça l’enjeu, aussi, de la nouvelle politique agricole. Et puis à la fin, au bout du compte aussi, et il y a ce qu’on appelle la régulation des marchés pour assurer des prix qui soient stables et pour éviter la volatilité qu’on connait aujourd’hui, et là il faut qu’on garde une politique qui structure les marchés, qui ait des mécanismes d’intervention sur le marché pour avoir une maîtrise de l’évolution des prix, qui permettent d’assurer une stabilité pour les producteurs et en même temps, un accès au produits alimentaires aux consommateurs. Voilà l’enjeu.

Et je pense qu’on ne pourra pas simplement corriger ce qu’on a fait jusqu’ici. Moi je suis partisan d’avoir une réflexion assez forte, d’abord sur une réforme globale des deux piliers de la PAC aujourd’hui, pour en faire un grand, que j’évoquais tout à l’heure : alimentaire, environnemental, agricole. Est dans le même temps, il faut qu’on ait des définitions nouvelles sur la structure des aides : une répartition qui est assez inégale, qui favorise aujourd’hui des processus et des modèles de productions qui sont sources d’externalités négatives, et donc il faut qu’on repense le système pour pouvoir mettre en oeuvre ce que j’appelle la transition d’une agriculture conventionnelle vers une agriculture globalement soutenable. Moi je tiens à ce concept,je ne me contente pas de favoriser l’agriculture biologique que je soutiens. C’est ce que je disais au moment du Grenelle de l’environnement. Quand on me disait, eh bien voilà, le Grenelle l’environnement a décidé d’aller vers 20 % de surface agricole utile en agriculture biologique. On est à 2,5 % aujourd’hui, dans 10 ans voyez l’effort qu’il faudrait faire. Et même si on n’y arrivait, qu’est-ce qu’on fait des 80 % qui restent ? Donc moi je suis pour qu’on un traitement global de la question agricole, au travers de cette question environnementale, de la question de la production, de l’organisation des filières de la régulation des marchés.

Et puis là, je pense que l’Europe à partir de là à aura un rôle à jouer dans ce débat mondial aujourd’hui, qui pose de manière très aiguë cette question de l’avenir de l’alimentation de l’humanité : un milliard, plus d’un milliard d’hommes qui souffrent de la faim aujourd’hui ; on sait que d’ici 2050 on sera 3 milliards d’être humains supplémentaires. Il y a là, quand même, une question majeure. Et je reprends toujours cette formule qu’on a imaginée avec Edgar Pisani, : pour nourrir le monde, il faudra qu’on aide et qu’on soutienne toutes les agricultures du monde. Celle de l’Europe, dans sa diversité, comme celle de tous les autres pays du monde. C’est la condition pour pouvoir régler ce problème alimentaire que l’on traite, à mon avis, d’une manière beaucoup trop faible aujourd’hui. Le sommet de la FAO à Rome n’a pas déplacé les foules. Ce n’est pas acceptable. Ce n’est pas acceptable, ça fait partie des grands enjeux et des défis de ce siècle. On ne peut pas construire ce monde qui se globalise aujourd’hui en pensant qu’il va y avoir plusieurs centaines de milliers d’enfants, d’êtres humains, qui meurent toutes les semaines de la faim. Ce n’est pas acceptable. Donc il faut qu’on se pose ces questions-là, et qu’on résolve le problème. Ça fait longtemps qu’on le dit, hein, depuis 1976 la question alimentaire, ensuite le club de Paris, toutes ces questions ont été évoquées, mais jamais traitées de manière concrète, ni avec des résultats. Il y a 10 ans, on devait diminuer de moitié le nombre d’hommes qui souffrent de la faim dans le monde, et au lieu de diminuer de moitié, il a réaugmenté, il a passé la barre des 800 millions, la barre du milliard, donc ça c’est une question qui mérite vraiment un engagement politique très fort.

Donc si je me résume, en est à la veille pour moi d’un changement nécessaire de la manière dont on a pensé l’agriculture, et dont on va penser la politique agricole commune.

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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