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Un vote sanction pour Barroso

On peut reprocher au premier tract national du PS de mêler problématiques franco-françaises et questions européennes. Je ne reviendrais pas sur la dimension nationale de la campagne du PS ; dans le contexte actuel, avec un gouvernement qui atteint des sommets dans l’autisme et qui tente désespérément de dépolitiser cette élection européenne, c’est de bonne guerre.

Cet appel à une “double sanction”, contre Sarkozy et contre Barroso, s’inscrit dans une évolution sensible de la politique européenne lors de la dernière mandature. La commission a connu ces cinq dernières années, sous l’impulsion de leaders des droites européennes aussi arrogants que revanchards (à l’image des inénarrables Sarkozy et Berlusconi), un nouveau paradigme.

Autrefois lieu d’élaboration de compromis, parfois douloureux, entre le libéralisme et le modèle social, la commission est devenue ces cinq dernières années l’outil d’une dérégulation ultralibérale dogmatique.
A contretemps des attentes des citoyens, Barroso, avec le soutien actif de la droite européenne, a voulu faire de l’Union Européenne le fer de lance d’une “révolution néoconservatrice”. De la “directive retour“, plus connue sous le nom de directive de la honte, à la directive Bolkestein, les exemples ne manquent pas du volontarisme néocon de la commission.

La conséquence de ces politiques, c’est une prodigieuse montée d’un “euroscepticisme” motivé, non pas par des persistances nationalistes, mais par le sentiment, justifié, d’une Union Européenne qui, sous la direction de Barroso, a perdu de vue les objectifs de la construction européenne. Après le TCE, rejeté par les citoyens français et néerlandais, le Traité de Lisbonne a également été rejeté par les irlandais, les seuls à avoir été consultés par referendum.

Plus que le texte de ces traités, c’est la dérive d’une Europe, outil de régulation pervertie en machine à déréguler, qui a été dénoncée par les partisans du “non de gauche”.

Cette dérive ultralibérale de l’Europe, il faut la combattre, non pas en s’attaquant aux institutions, qui ne sont que des outils qui, avec d’autres présidents de la commission (je pense à Delors ou Prodi), permettaient de faire de l’Europe un facteur de progrès et d’unification européenne, mais en s’attaquant aux projets politiques, en s’attaquant à la droite.

Le travail de déconstruction de la commission Barroso a déjà fait évoluer l’Europe : pour lutter contre ces dérives, les parlementaires de gauche ont affirmé le rôle du parlement, remplissant remarquablement leur travail d’élus d’opposition – en informant les citoyens, en amendant les directives, ils ont permis l’émergence d’un réel contre-pouvoir au parlement – il faut poursuivre et encourager ce travail. Les citoyens, que ce soit au moment du TCE ou par le travail associatif mené autour de la directive Reach ou de la directive de la honte, ont, eux aussi, appris à considérer l’Union Européenne et sa commission comme un organe politique, et non plus comme une machine technocratique.

Aujourd’hui, pour la première fois, le PSE fait une campagne autour d’un projet élaboré et porté dans les 27 pays de l’Union ; Europe Ecologie en fait autant , pendant que la droite joue l’abstention et espère encore en l’indifférence citoyenne pour sauver sa majorité.

L’opportunité de sanctionner Barroso, de stopper la dérive droitière de l’UE, de donner une nouvelle orientation à l’Europe, est là, sachons l’utiliser !

Florent Pessaud

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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