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Après l’attentat de Cologne : l’Allemagne, les réfugiés, l’Europe et nous

Le 16 octobre Henriette REKER, candidate au poste de maire de Cologne était victime d’un attentat de l’Extrême-droite, deux jours avant l’élection. Elle a appris son élection depuis en sortant de son coma artificiel et écrit une lettre ouverte aux habitants disant qu’elle ne se laisserait pas intimider et qu’elle assumerait son mandat. Elle a été agressée parce qu’elle était l’adjointe au maire sortant (SPD), en charge des affaires sociales, de l’environnement et (surtout) de l’intégration.

Bien que non affiliée à un parti politique, elle avait été déjà proposée par les Verts (Grünen) pour ce poste d’adjoint, dans le cadre d’une alliance avec le SPD. NB : en Allemagne il y a en général deux élections locales séparées et à des moments différents, une pour le Conseil municipal (instance délibérative) et une pour le maire (exécutif) ; ce dernier n’est pas élu par le conseil municipal comme en France.

Henriette REKER, se présentait en concurrence avec un nouveau candidat du SDP, Jochen OTT, le maire sortant ne se représentant pas. Elle avait toujours le soutien des Grünen mais aussi de la CDU, des libéraux du FDP et des « Electeurs libre »; pour Les Verts c’est un choix de personnalité et une façon d’agir pour un rééquilibrage du pouvoir. Elle a été donc élue avec 52, 7% des voix contre 32% à OTT. Le candidat de l’AFD demeure sous les 5% ; un candidat humoriste, du type Beppe Grillo, obtient quand même 7,2%. La participation électorale a été seulement de 42,3%, plus faible dans les quartiers populaires, comme en France ; l’attentat n’a pas suscité plus de participation, on ne peut que le déplorer ; il est vrai que REKER était déjà donnée gagnante avant l’attentat.

Comme citoyen européen je peux voter à une élection locale et j’ai suivi les consignes des Verts, et surtout parce que j’ai eu l’occasion de croiser H REKER à une réunion de notre quartier de PESCH en février dernier, où elle venait soutenir la création par la Ville de logements d’accueil pour les réfugiés. J’ai été convaincu par son engagement, sa compétence et sa pédagogie vis-à-vis d’habitants inquiets par exemple de l’impact sur l’école. Elle était soutenue par une « initiative citoyenne » d’habitants d’ici en faveur de ce projet et par des associations antiracistes, caritatives ou d’églises.

Comment évolue la situation à Cologne et en Allemagne avec la montée du débat sur l’accueil des réfugiés ? Matériellement débordée par l’arrivée en flux continu de réfugiés venus de Bavière par trains spéciaux ou vols, la Ville de Cologne vient demander officieusement une pause de deux semaines pour pouvoir mieux organiser l’accueil. En effet à ce jour 9000 personnes ont été accueillies depuis début 2015 et la Ville est dépassée par les problèmes logistiques, lits, toilettes, containers, transport de nourritures … Heureusement les bénévoles sont nombreux à côté des agents publics, les dons des particuliers affluent et des entreprises apportent leurs appuis. Des postes de travailleur social (un pour 80 réfugiés) sont créés. Tout cela demanderait du temps, mais la pression de l’immédiat ne le permet pas, des constructions en dur assez bien équipées, on est passé à des accueils plus provisoires dans des halls, grandes tentes , containers etc.

Les communes sont en première ligne et toutes sont sollicitées, exemple : le bulletin municipal de Schömberg, petite ville de 3500hb du Juras Souabe (Bade Wurtemberg), où nous avons une maison de famille qui publie une annonce de recherche de logements. Les communes ont recours aux aides financières des Länder et de l’Etat fédéral. Le ministre SPD des finances du land de Nordrhein – Westfalen, le plus grand d’Allemagne, vient d’annoncer son projet de budget 2016 : sachant que 200 000 demandeurs d’asile auront été accueillis en 2015, il est prévu 3,7 milliards d’euros de dépenses totale pour les réfugiés (aide sociale, logement, soins, nourriture, services publics) dont 2 milliards iront directement aux communes. 2400 emplois publics supplémentaires y seront créés, en majorité dans les écoles où 40 000 enfants de réfugiés sont attendus. Le land prévoit en conséquence un endettement de 1,8 milliard, tout en protestant contre l’Etat fédéral qui ne prendrait en charge qu’un cinquième des surcoûts. Pour mémoire rappelons que le budget total de la région Ile-de-France pour 2015 est de 5 milliard d’euros.

Au niveau fédéral, l’euphorie « wilkommen in Deutschand » des mois derniers a été suivi d’un retour aux problèmes concrets à surmonter ; des sondages montrent les doutes de la population vis-à-vis de la maîtrise de la situation. La tension au sein de la coalition au pouvoir se fait publique ; on pouvait un peu le prévoir car l’engagement humaniste et résolu d’Angela Merkel pour l’accueil des réfugiés a pris de court des conservateurs, par exemple le leader de la CSU bavaroise, le premier à s’opposer ouvertement à la chancelière ; il est vrai que la Bavière est en première ligne pour l’accueil des réfugiés et que l’Autriche voisine s’empresse de les amener directement par bus à la frontière … Le ministre de l’intérieur De Maizière insiste pour des camps de rétention aux frontières et s’oppose au regroupement familial. Angela Merkel parait en minorité au sein de  la direction de la CDU et est soutenue bien plus par la gauche et les Verts… Pendant ce temps les réfugiés continuent de préférer l’Allemagne et leur arrivée en masse se poursuit, non entravée comme hélas dans la plupart des autres pays européens …

On a beaucoup parlé de Pediga, mouvement anti-islam reflet d’une opposition plus importante à l’accueil de migrants dans les ex Länder de l’est : les excès de leurs manifestations les disqualifient, si cela était encore nécessaire. Leur dernière trouvaille était de manifester le 9 novembre, jour d’anniversaire de la Nuit de Cristal de 1938 où les nazis ont lancé leur grande attaque contre les synagogues et les magasins juifs ! Heureusement, en dehors de Dresde, ils sont incapables de rassembler un nombre significatif de personnes. Par contre l’AFD, parti anti-européen qui avoisine les 5% aux élections, les rejoint de temps à autre alors qu’il s’était initialement créé sur une seule base économique et un retour au mark.

On voit bien que l’Allemagne, comme la Suède, qui ont donné l’exemple aux autres européens sans malheureusement être suivis, ne peuvent pas porter seuls ou presque la crise des réfugiés. Angela Merkel vise juste quand elle dit que les valeurs de l’Europe sont particulièrement mises à l’épreuve par cette crise. De belles paroles venus d’ailleurs ne suffisent pas (je pointe ma longue-vue de l’autre côté du Rhin vers l’hexagone), les mauvais actes sont une trahison de l’Europe (Cf. ORBAN et compagnie). La crise des réfugiés, comme la lutte contre les populismes et l’extrême droite, sont des combats à mener au niveau européen. A nous d’agir, citoyens européens, c’est urgent ; à nous de manifester notre volonté de voir appliquer au moins chez nous les droits humains à la dignité, soyons bénévoles si nous le pouvons et faisons pression sur ces gouvernements aveugles qui campent sur leurs petits égoïsmes nationaux et mettent en péril le fragile édifice européen.

 

Guy Morvan

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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