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Crise, fond de soutien européen, eurobonds … revoir l’Europe économique pour construire l’Europe politique autour de l’euro

 

Tout d’abord un petit retour en arrière sur la mise en place de l’euro. Il y avait en effet à l’époque deux visions différentes, en fonction de la stratégie économique des pays européens, et du « poids » de leur monnaie. Les pays à monnaie « forte », comme l’Allemagne, souhaitaient mettre en avant une union économique plutôt que monétaire, en mettant en place des critères strictes de stabilité économique, notamment sur le taux d’inflation. De leur côté, les pays à monnaie « faible », la France et les pays Méditerranéens en tête, préféraient une union monétaire sans trop de conditions restrictives.

En compromis, il a été décidé de mettre en place l’union monétaire avec un « pacte de stabilité » censé garantir le respect d’un déficit annuel limité à 3 % du PIB, et d’une dette totale restant inférieure à 60 %, avec une inflation faible garantie par la vigilance de la banque centrale européenne.

 

Néanmoins, si ces critères ont été globalement tenus au moment du passage à l’euro, grâce à une reprise économique dans tous les pays de la zone euro, rien n’a été pensé pour réagir à une période de crise où un ou des membres trop endettés pourraient mettre en danger toute la zone. C’est donc la crise grecque qui a démontré le besoin de cohésion et de solidarité entre les membres de la zone euro, faisant allègrement voler en éclat le fameux pacte de stabilité, plus guère respecté depuis la crise mondiale de 2008.

 

Et quel leadership politique a su montrer l’union européenne, quand ses membres, France et Allemagne en tête, se sont déchirés pendant des mois sur les mesures à prendre pour sauver la Grèce – et l’euro. Et quelle image responsable auprès des citoyens européens quand, sans le soutien du FMI de Dominique Strauss Kahn, le fond de soutien européen garantit par les Etats membres, déjà fort mis à contribution pour la Grèce et bientôt probablement pour d’autres pays du Sud, n’aurait pas vu le jour ? A voir les résultats auprès des marchés financiers de leurs rencontres ne débouchant sur aucun résultat concrets, ni Nicolas Sarkozy, ni Angela Merkel ne semblent très rassurants … et rassurés ?

 

Pourtant, que le veuille l’Allemagne ou non, la mise en place d’une union monétaire lie de fait le destin des pays de la zone euro. Et vouloir appliquer les recettes d’un pays dont l’industrie et les exportations sont dans les premiers rangs mondiaux à des pays moins chanceux n’est pas responsable. Une seule solution existe, déjà visible avec le fond de soutien européen, plus concrète avec les eurobonds : la communautarisation de la dette des pays membres de la zone euro. Et la possibilité pour les pays en difficulté de sortir de la spirale d’endettement forcé via les marchés pour financer leur reprise économique en baissant leurs taux d’intérêts. Bref, remettre l’euro non pas au service des spéculateurs comme il semble l’avoir été ces dernières années, mais bien en faire un outil de prospérité économique pour les membres les plus fragiles de la zone euro. Et, accessoirement, arrêter d’utiliser l’argent public pour financer ces mêmes spéculateurs, tout en incitant d’autres pays à investir dans ces eurobonds, qui seront considérés comme un placement fiable.

 

 

D’autres outils peuvent être utilisés pour investir dans le développement des économies de l’union européenne via la zone euro : la banque européenne d’investissement, qui pourrait financer à taux faibles des projets de grande ampleur par exemple. Et l’utilisation du fond de soutien européen pour recapitaliser les banques européennes en difficulté. Avec l’avantage de pouvoir, une fois la crise passée, revendre les parts acquises dans ces banques européennes avec une plus value pour les gouvernements abondant le fond de soutien, tout en s’assurant que les banques ayant eu besoin de ce capital soient bien nettoyées de leurs fonds « toxiques ».

 

La conclusion logique de cette crise, c’est que l’union européenne doit sortir du court-termisme de suivi de pseudo règles du marché qui n’ont fait qu’accroitre la crise économique des pays de la zone euro. Mettre en place une gouvernance économique qui n’ait pas pour but de « punir » les pays accumulant le plus de déficit, pour le résultat que l’on sait, mais qui favorise l’investissement et le soutien à l’économie européenne.

 

N’oublions pas que la dernière guerre mondiale a été initiée par les deux pays les plus touchés en Europe par la dernière crise économique d’ampleur, en 1929. Si l’union européenne veut justifier son existence et sa construction politique, elle doit montrer sa capacité à résister à ce genre de crises. A terme, il faudra également poser la question du soutien aux économies européennes en difficultés qui ne sont pas membres encore de la zone euro, comme la Roumanie ou la Hongrie.

 

Une gouvernance économique orientée vers de le développement de l’économie européenne sera le meilleur moyen de montrer l’utilité de l’Europe aux citoyens européens et de construire l’Europe politique que nous appelons de nos vœux, une Europe juste et solidaire entre tous ses membres, où les pays les plus riches soutiennent les pays les plus pauvres pour faire progresser l’ensemble de la zone euro et de l’union européenne.

 

Guillaume Sylvestre, trésorier de Convictions

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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