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En Pologne, tout est normal. Vraiment ?

« Nous sommes élus démocratiquement ». Voilà la phrase fétiche du nouveau gouvernement Polonais, qui permet de tout justifier. Invitée à s’expliquer devant le Parlement européen après la mise en oeuvre de la procédure de contrôle des droits fondamentaux par la Commission, le Premier ministre Polonais Mme Beata Szidlo a défendu mardi les positions de la Pologne officielle de manière lénifiante. Pas d’interpellation provocante comme Orban avant elle, ou comme ses ministres qui ont invoqué les mânes du pacte germano-soviétique. Pas d’attaque personnelle. En Pologne, tout est normal.

Le rééquilibrage à la hache du Tribunal constitutionnel, déclaré contraire à la constitution par ce dernier ? « Mon parti n’a jamais voulu dominer le tribunal constitutionnel, mais uniquement rétablir un certain équilibre. » Les  nouveaux juges « rendront les avis de la Cour plus démocratiques. » En d’autres termes, le Tribunal constitutionnel n’est pas une enceinte juridique veillant à l’Etat de droit, mais un organe politique fonctionnant selon une logique de délibération démocratique. La nomination des têtes de l’audiovisuel public par le ministre des finances ? « Nous souhaitons rétablir le caractère impartial des médias publics, ils ont besoin de plus de pluralisme et de neutralité » Qui en doute ? Etrange mélange que celui-ci : impartialité, neutralité et… pluralisme ? Gageons que les futures nominations vont incorporer un quota de journalistes de l’opposition…

Il n’est que d’examiner les réformes en cours pour s’interroger : remplacement de tous les chefs des services secret le lendemain de la nomination du Gouvernement, préparation d’une fusion entre les procureurs et le ministère de la justice, une réforme électorale dont on s’inquiète après l’exemple hongrois. Le point commun à toutes ces réformes est la suppression des contre pouvoirs et des organes de contrôle de l’action gouvernementale. C’est une conception de la démocratie dans laquelle ceux qui ont emporté l’élection sont légitimes pour faire. C’est bien sur extrêmement dangereux et l’histoire de la construction de la démocratie en Europe consiste précisément à se détacher de ce principe vénéneux.

Pourquoi donc ? Passons rapidement sur les limites au choix démocratique, tenant par exemple aux droits de l’Homme. C’est vénéneux parce que c’est une entourloupe, qui repose sur l’idée que les dirigeants élus vont bien faire ce pour quoi ils ont été élus et pas autre chose. Le gouvernement Hongrois n’avait pas pour programme dans les élections l’équarissage de l’Etat de droit. Il l’a fait sans mandat. De même le programme électoral du PIS vitupérait l’accaparement des pouvoirs par le gouvernement Tusk, contraire aux principes fondamentaux de la démocratie. Le nouveau gouvernement élu fait donc le contraire de ce qu’il a promis aux électeurs. Où est sa légitimité démocratique ? Ensuite, les instances de contrôle sont là pour vérifier l’activité du Gouvernement. L’indépendance des médias ou des agences publiques, par exemple, l’empêche de mentir. Verrouiller les médias signifie en pratique s’arroger le droit de mentir. En quoi la facilitation du mensonge est elle légitime pour un gouvernement démocratique ? Et une fois, comme en Hongrie qu’on a redéfini les conditions électorales pour réduire le risque de perdre le pouvoir démocratiquement, la référence prend un caractère de plus en plus factice. Cet argument de la légitimité démocratique contre les contrepouvoirs initié par Poutine n’est qu’une vaste blague couvrant les pratiques les plus classiques d’autoritarisme et de corruption.

Saluons enfin ce miracle de l’action de la Commission et de l’unanimité des groupes démocratiques du Parlement, la Pologne actuelle n’y étant soutenue que par les anti-européens et l’extrême droite. A quoi est-il dû ? A l’isolement politique du PIS, le parti au pouvoir. Celui-ci ne fait en effet pas partie de la droite, le PPE, mais du groupes des conservateurs anti-européens, l’ECR. Ils ne sont donc pas membres de la grande coalition parlementaire qui soutient la Commission, contrairement à la Hongrie d’Orban. Ce point peut sembler secondaire, mais dans la construction du système démocratique et Parlementaire au sein des institutions européennes, il est en réalité très important. La Pologne est sans doute le seul Etat que l’équilibre institutionnel et d’abord démocratique de l’UE permet d’attaquer de front sur ses politiques liberticides.

Pour ceux qui ont encore des doutes sur le caractère de ce parti, qui ne ferait que défendre la souveraineté Polonaise, citons simplement les propos de campagne du président polonais Andresz Duda qui considère que son rôle est d’éviter à son pays « la dévastation des églises, l’introduction de la sharia, l’obligation d’adopter l’islam et le terrorisme ».
Arthur Colin

 

 

Arthur Colin – @arthurcolin

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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