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La proportionnelle plaît aux partis et nuit à l’Europe

L’instauration de la proportionnelle nationale pour l’élection du Parlement européen en 2019, décidée par le gouvernement, réjouit les appareils des partis politiques et nuira « en même temps » (eh oui !) à l’Europe qu’elle éloignera encore un peu plus des électeurs.

La proportionnelle permet aux dirigeants des partis de confisquer le scrutin à leurs propres fins. Ils confectionnent les listes à l’abri des regards en sachant que les électeurs voteront pour des partis. Ils s’en servent pour caser des politiciens obéissants et dociles. Parfois il s’agit même de candidats battus par le suffrage universel lors d’élections nationales ou locales. Leur éventuelle méconnaissance des problèmes relevant de l’Europe importe peu. Tout comme le fait de ne parler aucune langue étrangère.

Une fois élus, tous ces heureux parlementaires européens savent que leur future réélection dépend des chefs de parti qui font les listes. Pour cette raison, les députés européens ne cultivent pas la relation avec les électeurs. Le plus souvent les citoyens ne les connaissent pas, ne les voient pas et ne les entendent pas. C’est déjà le cas avec l’actuelle proportionnelle de grande région. Dans mon département, la Haute-Savoie, je puis témoigner que les électeurs ignorent tout d’eux.

Des chefs de partis nationalistes profitent même de leur fonction élective, qui les fait vivre, pour mener leur politique nationale sans siéger sérieusement au parlement de Strasbourg. Pour dire les choses comme elles sont, les citoyens savent tout juste que les députés européens sont très bien payés et qu’ils voyagent beaucoup. Tout cela est clairement dû au mode de scrutin qui éloigne les élus européens des électeurs. La proportionnelle a pour effet inévitable de mettre aux prises des partis qui attendent surtout des électeurs qu’ils consolident leur position sur l’échiquier politique national.

Ce mode de scrutin nuit à l’Europe. Il éloigne systématiquement les électeurs de l’Europe alors qu’il faudrait les en rapprocher. C’était déjà le cas avec la proportionnelle par grande région. Ce sera encore plus vrai à l’échelle nationale. De plus, des Français se saisiront comme d’habitude de l’occasion de ce scrutin pour voter contre le pouvoir en place pour exprimer leur mécontentement. Ce sera mauvais pour l’Europe et pour la présidence d’Emmanuel Macron.

Qu’on permette à ce militant européen de toujours, qui a en outre occupé une haute fonction européenne, de proposer un mode de scrutin qui règlerait ces problèmes et créerait une relation entre l’Europe et les citoyens. Il suffirait de découper la France en 79 circonscriptions qui correspondent au nombre de députés européens auquel notre pays a droit. Les Savoyards auraient leurs parlementaires européens, tout comme les Bretons, les Méridionaux, les Alsaciens, les Parisiens, etc. Ils seraient à l’écoute de leurs problèmes. Ils leur rendraient compte de leur action et de l’évolution de l’Europe. Car c’est ainsi qu’ils auraient une chance d’être réélus. Ils dépendraient moins d’un chef de parti parisien. Pour être certain d’avoir un député qui soit au courant des problèmes de leur région en liaison avec l’Europe, les grands partis pourraient organiser des primaires dans chaque circonscription. Cela éviterait les « parachutages » d’apparatchiks et de membres de la caste dirigeante depuis Paris. Le scrutin uninominal, précédé de primaires, serait le moyen de rapprocher les citoyens de l’Europe et l’Europe des citoyens.

À propos de l'Auteur

ERIC HINTERMANN @EricHintermann Ancien secrétaire général adjoint de l’Union de l’Europe Occidentale avec rang d’ambassadeur

À propos Sauvons lEurope

Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire
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