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Le Conseil de l’Europe, ou le prix du caviar

Un scandale de corruption a récemment éclaté – mais discrètement, restons politiques et gentlemen tout de même – au sein de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. « Blanchiment d’argent ? », quelle idée ! Cette institution, destinée à défendre la démocratie et les droits de l’Homme, souhaite justement préserver son aspect immaculé. C’est pourquoi l’enquête semble avoir du mal à avancer…
Quels sont les faits ? Le parquet de Milan a dévoilé que des versements réguliers – pour près de 2,40 millions d’euros – auraient été effectués au bénéfice d’une entreprise, appartenant officiellement à la femme de Luca Volontè, homme politique italien et ancien membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, où il dirigea le groupe du Parti Populaire européen (PPE).
La provenance de ces fonds ? Un tantinet exotique : l’Azerbaïdjan. Un doux pays où il fait bon vivre, où les hommes politiques comme les lobbyistes sont prêts à beaucoup – pour ne pas dire plus – pour donner une image positive de cette contrée, notamment en termes de respect des droits humains et des libertés fondamentales.
Luca Volontè admet avoir perçu cette somme, mais nie qu’elle soit liée à ses activités au sein du Conseil de l’Europe. Affirmation un tantinet déroutante, quand on connaît les liens d’amitié avec des personnalités azerbaidjanaises ces dernières années, sans compter un déplacement en 2011 dans ce pays, tous frais payés par le politicien Elkhan Suleymanov. On soupçonne que ces versements aient été destinés à influencer le vote sur un rapport consacré aux prisonniers politiques dans ce pays. Rapport qui fut – tiens, c’est étrange – rejeté en janvier 2013, à la surprise générale.
Cette « diplomatie du caviar » ne concernerait malheureusement pas que M. Volontè mais plusieurs hommes politiques de l’Assemblée, dont certains sont actuellement en poste. Et pourquoi s’en tenir à l’Azerbaïdjan dans ce cas ?
A l’heure où chaque représentant clame haut et fort son exigence de transparence (à défaut de la concrétiser en actes, l’actuelle campagne présidentielle en est un exemple flagrant), où la lutte contre l’évasion fiscale est devenue le leitmotiv de la plupart des institutions, de quelle crédibilité pourra se targuer le Conseil de l’Europe à l’avenir ? Ce serait dans son intérêt – si il souhaite continuer à jouer un rôle, ne serait-ce que représentatif, sur la scène diplomatique – de créer une autorité de la transparence, avec publication et vérification des patrimoines de chacun de ses membres.
De nouvelles découvertes sont faites chaque jour, la technologie et la science ont plus avancé en quelques années qu’en plusieurs siècles, mais certaines choses ne se démodent pas : Molière et son Tartuffe (entre autres) semblent rester d’actualité !

À propos Solen

Solen est notre chargée de plaidoyer. Ses dadas sont le codéveloppement et les libertés.
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