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Les Congrès du PS et du PG : L’Europe 10 ans après

Le référendum sur le projet de traité constitutionnel européen a été la grande fracture de la gauche ces dix dernières années. Au sein même du non cohabitaient cependant deux visions incompatibles mais réunies par les circonstances: une volonté de réorientation de l’Europe et un refus de sa construction. Rassemblant au départ les progressistes favorables au oui, Sauvons l’Europe s’est très rapidement attachée à dépasser cette frontière pour faire converger ceux qui portent le projet politique d’une Europe de libertés, démocratique et solidaire.

 

Les congrès en cours du Parti socialiste et du Parti de gauche nous permettent d’apprécier l’état du débat dix ans après. Et il est assez étonnant: après toutes les empoignades que nous avons connues les positions des différentes motions d’orientation sont très proches au sein de chaque parti.

Le Parti socialiste

Le Ps nous offre le spectacle curieux d’un consensus européen, descendant assez loin dans les détails, et ne s’échappant donc ni dans un flou artistique, ni dans une Europe rêvée sans lien avec la réalité. Ceci est assez rare pour être salué !

La motion A, de la direction actuelle, porte ainsi un constat sur la réorientation de principe de l’Europe avec une stratégie de sortie de crise symétrique entre le Nord et le Sud (et une coquille – lapsus – amusante, confondant la France et l’Allemagne), l’Union bancaire, la taxe sur les flux financiers, un véritable programme d’investissement européen, l’aide à la Grèce, une plate-forme des services publics et un Traité social. Surtout, le texte place ces points non plus sur une négociation avec « Bruxelles » mais dans un cadre politique face aux droites européennes, et demande que la délégation au congrès du PSE qui se tiendra en juin à Budapest soit mandatée pour tenir ces positions.

C’est ce combat politique que la motion B des frondeurs accuse le gouvernement de n’avoir pas suffisamment mené. Elle demande en outre une Europe protectrice, une réorientation de l’austérité pour éviter la « dette sociale », un salaire minimum européen (anathème il y a encore deux ans dans ce courant mais porté par le programme commun de Martin Schulz aux dernières européennes) et un impôt européen sur les sociétés.

La « petite » motion C abonde en propositions. Surtout, elle traite des questions européennes au sein de chaque thématique et non pas seulement dans un grand paragraphe bien isolé. Sans tout citer, relevons une plus grande ccopération fiscale européenne, une Europe plus protectrice, une transparence des décisions de la BCE, une élection au suffrage universel du Président de la Commission.

Enfin la motion D, à mi-chemin entre direction et frondeurs, propose un renforcement des liens entre socialistes européens, par un progrès des jumelages de section, une orientation des nouveaux militants vers les « city groups » du PSE (en pratique, souvent la commission fédérale Europe), des échanges plus institutionnels et réguliers entre parlementaires nationaux et européens, une réforme bancaire, un véritable budget fédéral, un impôt européen sur les sociétés, une réforme de la PAC, le renforcement du plan d’investissement.

Les motions sont donc extrêmement proches, jusque dans leur très grande méfiance vis à vis du TTIP, que cependant elles baptisent chacune d’un acronyme différent. L’orientation générale du pacte europrogressiste que nous défendions il y’a encore peu est bien devenue la pensée commune des socialistes ! Mieux encore, cette unanimité entre motions sur les thèmes européens, à des points de détail près, devrait selon nos informations se traduire par des choses plus substantielles que des textes d’orientation. Nous aurons rapidement l’occasion d’en reparler.

Le Parti de gauche

Le Parti de gauche, issu d’une scission du PS, présente le même unanimisme sur les questions européennes, mais exactement inverse. Précisons ici que nous ne disposons pas des textes, qui ne sont pas diffusés auprès du public: le PG fait son congrès à huis clos, ce qui est étrange pour un parti démocratique mais conforme au manque de vie interne qu’on entend souvent déplorer. Les échos et citations sont cependant convergents pour en saisir l’esprit.

Deux motions s’affrontent: celle de l’ensemble la direction, issue d’un large consensus et réalisant donc une synthèse entre des sous-tendances assez nombreuses (« tout est possible »), et un autre texte « Plus belle la vie » issu des mouvements d’éducation populaire et de démocratie directe. Notons que seuls 1.700 membres se sont exprimés (à peine plus qu’au dernier congrès du NPA) et que l’ensemble de la direction n’a recueilli que 55% des voix. Sur le fond en revanche, les textes se rejoignent en matière d’Europe. La motion minoritaire, articulée autour de la démocratie directe et de la souveraineté du peuple, estime ce projet incompatible avec l’Europe et demande donc la sortie de la France de l’Union (via référendum) si le programme politique qu’elle propose n’était pas réalisable dans le cadre européen à l’arrivée du PG au pouvoir. La motion majoritaire est plus nuancée, ou moins claire (ce qui est le propre des motions de synthèse). Elle considère qu’à l’heure d’aujourd’hui, maintenant (« A ce stade de l’histoire »), la démocratie n’existe qu’au niveau national (ce qui est faux depuis les dernières élections européennes, perdues par la gauche) et envisage donc la sortie de l’Euro, pas de l’UE, mais sans trop trancher quand même.

Deux choses frappent ici. D’abord, que la séparation au sein des nonistes, à gauche, s’est faite in fine par une scission du PS.

Ensuite et surtout qu’elle s’est faite dans une dynamique européenne. Le PS appartient au Parti socialiste européen, et l’évolution du débat interne tient aussi à cet élément extérieur, dont la candidature et le programme de Martin Schulz à la Commission européenne ont été un catalyseur. L’exemple du SMIC européen déjà relevé en est très révélateur, et les motions A et D se situent explicitement dans le cadre du PSE (c’est fortement implicite pour la B et la C). La situation est totalement inversée pour le PG, qui évolue à contre courant de la Gauche unitaire européenne à laquelle il appartient. En particulier, Syriza est le seul mouvement de la GUE a être aujourd’hui au pouvoir et Tsipras était le candidat commun de la GUE. Or Syriza a clarifié sa position proeuropéenne depuis sa fondation récente par des scissions successives, et son attachement à l’Europe et l’Euro dans la crise que connait aujourd’hui la Grèce est fondamentale. C’est que les contraintes européennes imposées à la Grèce sont la contrepartie d’une solidarité dont le gouvernement actuel a besoin pour éviter une crise d’austérité pire encore.

Adressons au PS nos voeux les plus sincères pour ce consensus nouveau ! Et au Parti de Gauche nous disons: ressaisissez vous ! Et lisez avec profit la motion majoritaire du dernier congrès du PCF:

Là où des forces actent l’impuissance à changer l’Europe, prônant une dissolution de la zone euro qui renverrait d’une autre manière chaque peuple à la même guerre économique, nous pensons indispensable de lutter contre les divisions et les nationalistes, et de construire des rapports de force solidaires entre peuples à l’échelle de l’Europe pour émanciper le continent de l’emprise des marchés. Il est nécessaire d’approfondir une stratégie politique européenne.

Nous voulons augmenter encore la dynamique du Parti de la gauche européenne et favoriser avec lui tous les espaces de coopération où pourront se rassembler les forces politiques, sociales et citoyennes qui remettent en cause les orientations européennes actuelles, et sont disponibles pour travailler à des alternatives à l’échelle européenne.

 

 

Arthur Colin

 

 

Arthur Colin – @arthurcolin

 

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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