Le leadership technologique américain s’est construit à partir de la seconde guerre mondiale sur l’accueil des scientifiques persécutés par l’Allemagne nazie, puis par celui des scientifiques nazis avec l’opération Paperclip. Son réseau d’universités et de programmes militaires en a fait le cœur de la recherche mondiale. Ce modèle connaît aujourd’hui une crise, infligée idéologiquement depuis la Maison Blanche.
Sous prétexte de lutter contre le wokisme qui aurait gangrené les universités, un ensemble de recherches touchant aux relations entre les hommes et les femmes ainsi qu’au changement climatique ne sont plus financées et leur publication est proscrite. Derrière une dérive supposée de certains compartiments universitaires, c’est en fait l’ensemble des sciences humaines qui sont touchées par les premiers effets et une bonne partie de la biologie. La leçon est évidente : le monde universitaire a toujours été susceptible, par vagues, de produire de la science de mauvais qualité pour des raisons de parti pris idéologiques. Encore faudrait-il, dans tout ce qu’on qualifie rapidement de wokisme, estimer ce qui constitue un travail fécond et fondé, et ce qui relève d’une extension absurde de concepts. Le temps fait le tri, et la censure n’est en réalité pas un outil adapté pour juger quels travaux présentent un intérêt scientifique réel.
La révocation des politiques de diversité frappe également le monde de la recherche. Certains chercheurs ont eu des facilités de recrutement et de promotion pour faciliter l’accession de minorités aux élites. Cette pratique a-t-elle des effets négatifs sur la production scientifique qui soit documentée ? Il est certain en revanche que son inversion ne peut aller que par la censure des travaux produits par des femmes et des chercheurs non blancs. C’est déjà ce qui s’observe dans les universités américaines et les journaux de publication scientifiques. Il est inutile de préciser que la politique de recrutement des meilleurs mondiaux par les universités américaines est en péril.
La tronçonneuse budgétaire enfin paralyse déjà le fonctionnement des universités et des centres de recherche dont les recrutements sont gelés par l’incertitude.
Cette attaque sur la science relève pour le Trumpisme d’une guerre plus générale aux faits. Maniant un discours qui repose sur des réalités alternatives, Trump et ses partisans s’emploient à détruire les contrepouvoirs du réalisme. La recherche, les statistiques publiées par les administrations qui disparaissent une à une, la presse indépendante.
Le moment est historique pour l’Europe, qui peut redevenir le lieu mondial de la science. Nous devons accueillir les chercheurs qui ne peuvent plus exercer leurs talent aux Etats-Unis, ou qui ne le veulent plus s’ils sont contraints à passer entre les gouttes. Accueillons la nouvelle génération des Albert Einstein, Enrico Fermi ou Lise Meitner.
Que pouvons-nous leur offrir ? La liberté académique qu’ils viennent de perdre. Elle est attaquée ici aussi et la recherche sur les migrations ou la criminologie peut être niée, mais elle est encore libre et financée par les Etats. Elle doit être garantie au niveau européen. Des carrières universitaires, à condition de créer – massivement – des postes. S’il y a bien un domaine dans lequel l’Europe peut cofinancer les Etats nationaux, c’est sur une politique de la recherche. Mettons les moyens, c’est à terme aussi important qu’une Europe de la défense et les sujets peuvent se croiser. Et bien sur, la qualité de vie européenne.
La construction de ce refuge scientifique, le recrutement actif de chercheurs dans le monde doit devenir l’une des politiques centrales de l’Union dès cette année. Dans un monde où les alliances et la libre circulation des connaissances ne sont plus garanties, l’indépendance scientifique devient stratégiquement aussi importante que l’énergie.
Cet article, non signé, fait état de nombreuses informations en provenance des USA, non sourcées mais toutes alarmistes. Une censure aux États Unis ? Une politique de diversité dans le monde de la Science ? L’idée même d’une telle politique démontre l’ignorance des méthodes de recrutement dans l’enseignement supérieur et la recherche. (Pour mémoire, les recrutements se font sur la seule base des travaux antérieurs des étudiants et des chercheurs, et sur rien d’autre). La vision de la science européenne est également « surréaliste ». Alors qu’en France certains sujets sont INTERDITS de recherche, aux USA, avec Trump ou sans, aucun sujet n’est tabou : c’est l’intérêt économique pour le pays qui a toujours gouverné la politique de financement de la recherche et rien d’autre.
Un article non signé, qui est un tissu de banalités, de voeux pieux et d’idées reçues. S’il est bien vrai que Trump a lancé une attaque frontale contre la recherche, et en particulier la recherche publique qui est un élément important du système de recherche et d’enseignement supérieur américain, pour pouvoir devenir « la terre d’asile de la science mondiale », il faudrait un minimum de moyen. En France, on fait le contraire, avec une diminution régulière des budgets, des postes, et un repliement violent de toute la voilure (sous couvert d’excellence), comme le montrent les actions du gouvernement (budget), du CNRS et du HCERES entre autres.
Je retiens de cet article, qu’une société a besoin de pouvoirs publics forts qui investissent massivement dans la recherche fondamentale et appliquée, loin des objectifs mercantiles à court terme de la recherche privée. Bref, un modèle sociétal diamétralement opposé à celui prôné par Trump et ses sbires. Pour cela, il faut augmenter les dépenses publiques et revoir complètement la manière dont on perçoit l’impôt pour mobiliser les richesses produites au profit de l’intérêt collectif. On pourrait suivre le même raisonnement pour l’enseignement, la justice, les protections sociales, la lutte contre le réchauffement climatique, les transports publics, etc.
Alors seulement, l’Europe pourra se prévaloir d’un modèle alternatif à celui des démocratures qui gouvernent le monde.
L’austérité prônée par les droites européennes (moins de dépenses publiques et moins de taxation des plus riches) va juste dans le sens inverse, certes de manière moins brutale qu’aux Etats-Unis.
La science molle ( sociologie) n’est pas toute la science! Trump n’est pas fou et n’a pas
Intention de pénaliser ses sciences « dures » yc l’informatique . Une « terre d’asile « ne se décrète pas, elle se construit en retenant nos chercheurs par des conditions de travail correctes et un salaire décent. Ça n’est pas, pour l’instant, la priorité du gouvernement, helas!
Bonjour.
Vous écrivez me semble t’il à tort que c’est aussi important qu’une Europe de la défense, l’un et l’autre ne s’oppose pas, que vaut une Europe qui n’a pas une bonne défense comme gage de sécurité pour les futurs scientifiques que nous pourrions accueillir ?