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Pour une Europe de l’anti-modèle allemand

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Approfondir l’Europe ?

Le « pacte de compétitivité » de l’Allemagne et de la France pose un certain nombre de question. En partisan de l’approfondissement de la construction européenne, ou pourrait se dire que tout pas en avant est bon à prendre et que le travail de concert de la France et de l’Allemagne est le signe positif de la remise en route du moteur historique de l’Europe. Ce serait bien se tromper.

Approfondir la construction européenne, oui. Mais quelle construction européenne ? Car toutes les Europes ne se valent pas.

Un vernis européen sur une logique droitière

Si l’on regarde de plus près ce pacte, qu’y a-t-il dedans et quelle en est sa philosophie politique ? La solidarité financière est présentée comme un axe fort du pacte. Mais cette solidarité financière est lue selon le tropisme allemand de réduction des déficits et de rigueur. L’abandon de l’indexation automatique des salaires sur l’inflation – telle qu’elle se pratique en Belgique, en Autriche, au Portugal, au Luxembourg ou en Espagne – devient alors une condition. De la même manière, l’inscription de l’équilibre budgétaire dans les constitutions nationales ou le recul de l’âge de la retraite à 67 ans font partie du même cadre de pensée économique, marqué par l’orthodoxie, la rigueur et les efforts des peuples. Veut-on véritablement construire une Europe contre les peuples et désormais contre une partie des Etats-membres?

Sous couvert de projet européen, on étouffe la logique même du dessein européen.

D’autres solutions pour l’Europe de la solidarité financière

Nous pouvons penser différemment la solidarité financière en Europe. Permettons par exemple à la BCE de financer directement les Etats. Envisageons l’émission d’une véritable dette publique européenne rassemblant les surplus de dettes générés par la crise. Comme cela nous pourrions lier nos destins financiers et nous prémunir ensemble contre les marchés financiers. Enfin, nous devons changer de regard sur l’inflation. Un taux d’inflation de 3% permet de réduire en 10 ans de 26% le poids de la dette ». Tous les débiteurs y trouveraient leur compte : ménages, entreprises et Etats. Et les créanciers qui vivent de leurs rentes, comme les institutions financières, y laisseraient un peu de leur patrimoine, explique Dean Baker du Center for Economic and Policy Research. L’Europe doit ainsi s’interroger sur son identité sociale et économique. Les droites veulent en faire la zone de l’austérité budgétaire, des coupes sombres et de l’horizon bouché. N’a-t-elle rien d’autres à proposer à ses peuples que le la rigueur et des larmes ? Veut-elle indéfiniment endosser le rôle du père fouettard quand son mandat initial était d’être une plus-value, un supplément d’âme et un chemin qui mène autre part que vers la pensée économique unique ? Approfondir l’Europe en ce sens, c’est sans doute la mettre encore plus en porte-à-faux avec elle-même, c’est-à-dire avec les espoirs légitimes des peuples ?

L’Europe sous influence, ou la stratégie allemande de puissance

Cette Europe de marque allemande que l’on construit correspond à un développement historique qui peut se comprendre : l’Allemagne a décidé d’arrêter de se faire plus petite qu’elle n’est et de prendre pleinement sa place. Prendre pleinement sa place, cela veut dire – et on le voit nettement depuis la crise grecque, c’est-à-dire depuis que l’Allemagne a fait mine de ne pas vouloir venir au secours d’une Grèce qui n’a pas su maîtriser ses finances – porter et diffuser le modèle allemand. La droite française s’en fait un relais efficace pour porter l’austérité. « Regardez l’Allemagne, ses finances sont saines, ses réformes sociales sont engagées, son excédent commercial est important », nous répète-t-on. Ca c’est le côté pile du modèle allemand. Mais le côté face est moins attrayant. L’Allemagne a construit son modèle et conquis cette position par la déflation salariale. En clair, pour prendre un avantage sur ses voisins européens, elle a baissé les salaires à défaut de pouvoir toucher la monnaie commune. 1 gagnant et 26 perdants. Et l’Allemagne est-elle vraiment gagnante ? Le patronat allemand, à l’évidence, mais les salariés aux salaires sacrifiés et à l’âge de retraite repoussé à 67 ans sont aussi les perdants de la stratégie allemande. Par ailleurs, le résultat très positif du commerce extérieur allemand est constitué par les déficits des 26 autres Etats membres. Le modèle allemand est un modèle non-coopératif. Il nous faut une Europe de l’anti-modèle allemand, c’est-à-dire une Europe qui écarte la guerre économique du tous contre tous et qui pense des projets industriels ou agricoles forts pour affronter la compétition mondiale.

François-Xavier

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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