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CC Tommie Hansen

Que reste t il de nos amours ?

A l’issue du weekend, la surprise ne sera pas venue d’outre Rhin, mais bien d’au delà des Alpes. Pour la seconde fois en Europe, après le Brexit, les partis hostiles à l’Europe sortent majoritaires en voix et en sièges. Voilà bien des années que notre mouvement assume qu’aujourd’hui le seul combat politique est bien celui de l’Europe contre les populismes !

Election après élection, nous constatons à défaut d’un espace démocratique unifié qu’il existe bien des courants d’opinion publique trans-européens. En effet, même si elles s’expriment au travers de silos nationaux, à des dates et selon des modalités différentes, les thématiques et les dynamiques politiques à l’œuvre au sein de chacun Etat Membre sont éminemment similaires. Sans que cela nous mène forcément vers un monde meilleur, car cette nouvelle tectonique démocratique voit comme une ritournelle s’opposer l’Europe et les populismes. En Italie, ce weekend l’Europe a perdu.

La question désormais centrale des migrations, des frontières et des identités en Europe fait très mal dans les urnes. Au total, plus de 690 000 personnes, pour la plupart originaires d’Afrique sub-saharienne, ont débarqué depuis cinq ans sur le sol italien. Le pays compterait aujourd’hui quelque 500 000 clandestins. Comme lors des élections en France, en Allemagne ou en Autriche, les candidats de droite et d’extrême droite, mais aussi du Mouvement 5 étoiles ont su « exploiter le filon»…

Tout en haut de ce noir podium, il y a la ligue du Nord, devenue récemment « la Ligue » tout court, sous l’impulsion de son nouveau leader Matteo Salvini. Ce changement de nom officialise un changement de ligne, c’est à dire l’abandon des objectifs fédéralistes d’autonomie fiscale pour devenir une formation nationale souverainiste et xénophobe, telle qu’il en prospère tant en Europe. Dimanche soir, le pari était tristement gagné pour Mattéo Salvini passé largement devant le parti de Silvio Berlusconi.

Devenu premier parti d’Italie au soir des élections avec plus de 30% des voix, l’OVNI politique « Mouvement 5 étoiles » illustre localement l’émergence partout en Europe d’un « techno-dégagisme » pour le moins ambigu. Il pratique avec ses fans une horizontalité participative de velours qui masque une verticalité de fer en matière de pratique du pouvoir. Ange déchu de la révolution digitale, ce parti hétéroclite surfe sur la critique des institutions, avec une idéologie libertaire et pas mal de xénophobie. Plus intéressant, il adresse aussi la question générationnelle, une des clefs de lecture transversale de la nouvelle tectonique de nos démocraties. Alors que la moitié des moins de 25 ans boudait les urnes dimanche, le Mouvement 5 étoiles séduit les jeunes adultes sur fond de fracture générationnelle. Les jeunes nés à partir de 1985, soit la génération Y, estiment que les générations précédentes leur barrent l’accès au logement et à l’emploi. Non sans raison d’ailleurs, comme l’a illustré la campagne « Qui Va payer ? » de Sauvons l’Europe dès 2011.

Ainsi, le président Macron, défait tout récemment à Bruxelles par la CDU de Madame Merkel sur la question de listes transnationales pour les élections européennes, aura au moins l’amère satisfaction en ce début de semaine d’être rassuré sur un point : Angela Merkel et lui même n’ont maintenant plus d’autre choix que de réussir l’Europe ensemble. Il leur reste surtout l’un et l’autre à accepter d’en payer le prix : moins viser les « premiers de cordée exemplaires » que les solidarités concrètes !

 

Une première version de cet article a été publiée par nos amis de Témoignage Chrétien

À propos de l'Auteur

Henri Lastenouse, Secrétaire général de Sauvons l’Europe

À propos Sauvons lEurope

Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire
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