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Royaume-Uni : Europe or not Europe ?

Les sondages, Pythie des temps modernes, se sont donc largement trompés. On nous promettait un match serré entre le Parti travailliste et le Parti conservateur pour les élections législatives au Royaume-Uni, et ce fut un triomphe de la droite.

Nous ne reviendrons pas ici sur les raisons de la défaite de la gauche britannique, mais sur les conséquences de ce succès de la droite pour nous autres, Européens du continent, et nos relations communes au sein de l’Union européenne.

La nette victoire de David Cameron, débarrassé de ses alliés libéraux-démocrates pro-européens en déroute, le conduira à organiser un référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Europe, probablement en 2016. Il s’agit en effet d’une promesse de campagne auquel il est probable que le Premier ministre ne dérogera pas sous peine de déclencher une fronde au sein du Parti conservateur. Car au sein même du parti de David Cameron, l’aile droite europhobe gagne en influence depuis de nombreuses années… Sans oublier que l’UKIP, parti de la droite nationaliste et anti-immigration, a obtenu 12,6 % des voix lors de ces élections législatives après avoir atteint plus du double et la première place lors des européennes de 2014. Ces deux ensembles étant convaincus que l’avenir de la Couronne est hors de l’Europe.

Pour rester dans l’Union européenne, David Cameron va essayer de négocier avec les dirigeants européens de nouvelles exemptions qui lui permettront de sauvegarder ses soi-disant intérêts nationaux et d’appeler les Britanniques à voter en faveur du maintien dans l’Union. Mais que pourraient obtenir les Britanniques qu’ils n’ont déjà ?

David Cameron devrait demander à modifier les traités européens sur deux points. Tout d’abord, faire en sorte de ne plus avoir à appliquer le droit social européen aux immigrés originaires de l’Union (les ouvriers polonais semblent plus visés que les banquiers luxembourgeois), et d’autre part, exempter la City des régulations financières (le marxisme ne passera pas). Bref, limiter l’Europe à un grand marché, car il faut garder en mémoire que 50 % du commerce britannique se fait avec l’Europe.

Au regard de l’histoire, de la géographie, mais aussi de l’économie, la place du Royaume-Uni est en Europe. Si nous souhaitons un jour une Europe de la défense, nous avons également tout intérêt à ce que le Royaume-Uni reste au sein de l’Union européenne.

Les Britanniques, notamment les classes populaires, ont également intérêt au maintien de leur pays. En effet, les réelles protections sociales apportées par le droit européen disparaitront et il n’est pas impossible que la plupart des sièges des grandes entreprises quitteront Londres si elles ne peuvent plus bénéficier des avantages du marché unique européen. Par ailleurs, rien ne dit que les Ecossais, voire les Gallois ou les Nord-Irlandais, ne profiteraient pas de ce départ pour décider de rester dans l’Europe en tant qu’Etat indépendant cette fois.

Sans compter le symbole historique que représenterait la sortie d’un Etat membre de l’UE. Jusqu’ici, on frappait à la porte de l’UE pour y entrer, pas pour y sortir… Car, malgré tous ses défauts, quelle réussite cette Union européenne ! Pour la première fois dans l’histoire, on associe de manière pacifique et volontaire des peuples et des Etats pour construire un projet supranational commun fondé sur des idéaux de paix, de démocratie et de solidarité.

Bien sûr, on peut toujours espérer que sans le Royaume-Uni, l’UE gagne en cohésion et ouvre la porte à une uniformisation sociale et fiscale. Mais qui est prêt à tenter ce pari, à ouvrir la boîte de Pandore ?

En tout état de cause, il faudra profiter de cet exercice démocratique qui s’annonce outre-Manche pour s’interroger sur le sens du projet européen. A force de laisser s’épanouir les égoïsmes nationaux, à faire une Union à la carte, l’Europe n’a-t-elle pas perdu son âme ? A laisser le soin aux Etats membres de conduire ou non des politiques sociales solidaires pendant que Bruxelles joue les croquemitaines budgétaires, l’Europe ne s’est-elle pas couper des classes populaires en attente de solidarité ? A ne pas avoir régler rapidement et efficacement le problème de la dette grecque, l’Europe est-elle encore crédible ? Quelles valeurs partageons-nous vraiment en commun quand on laisse un régime autoritaire se mettre en place en Hongrie ?

Et pourtant, malgré tout cela, quelle alternative humaniste existe-t-il à la construction d’une Europe démocratique et solidaire ? On ne voit que repli sur soi, nationalisme agressif et xénophobie…

Mille fois oui à une Europe démocratique et solidaire, seul cadre pertinent pour réguler l’économie, protéger l’environnement et peser sur les relations internationales. Mais alors, où sont passés les ouvriers de ce beau projet ? Lorsque les responsables politiques pro-européens désertent le champ de bataille, ne nous étonnons pas que les populistes prennent l’avantage.

 

Fabien Chevalier

Président de Sauvons l’Europe

 

Article Paru dans Témoignage chrétien du 21 mai 2015

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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