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Syriza, l’irruption des nouvelles générations

« Qui va payer la dette d’aujourd’hui et les investissements de demain ? » Avec les choix du peuple grec le dimanche 25 janvier d’un côté et ceux de la BCE de l’autre, la question d’un juste équilibre entre les générations sur la distribution des dettes et des actifs en Europe occupe désormais le centre du terrain économique et politique.

En France, conscient du prix politique payé par un François Hollande pour avoir jusqu’à présent esquivé la question, Manuel Valls a courageusement défloré le sujet en évoquant« l’apartheid » afin de parler des banlieues. Nos quartiers défavorisés sont le centre névralgique de la crise que traverse une grande partie de l’Europe, où les plus chanceux s’évadent vers la Californie quand d’autres voient miroiter le fantasme tragique du djihad, comme une « start-up du pauvre ».

La question générationnelle n’est jamais agréable à évoquer pour le monde politique. Elle renvoie à l’image d’une société qui dévore ses enfants, un monde dans lequel prime un réalisme froid, car comme nous le rappelait il y a à peine trois ans le président du groupe Socialistes et Démocrates au Parlement européen : « Ce sont quand même les vieux qui font l’élection… » Jusqu’à un certain point. Andreas Papandréou notait déjà il y a vingt ans : « Soit nous ferons disparaître la dette, soit la dette nous fera disparaître. »

Le drame grec de ces dernières années n’est pas autre chose que la caricature de ces maux. La caste politique qui se succédait à elle-même depuis trente-cinq ans a endetté sans compter l’État pour payer sa prévarication et son clientélisme. Devant l’ampleur de la catastrophe, l’Union européenne a apporté une aide sans précédent de 240 milliards d’euros, et un ballet infernal s’est aussitôt mis en place entre les gouvernements Pasok puis Nouvelle Démocratie, prêts à céder sur tout sauf sur la fin de la corruption, et une troïka de fonctionnaires représentant les gouvernements prêteurs, imposant une politique d’austérité d’une violence terrible pour la société grecque. À la veille de l’élection, le rétablissement financier en fin de perfusion européenne s’était fait entièrement sur le dos des plus pauvres et des classes moyennes mais en hypothéquant lourdement la jeunesse grecque, soit l’avenir de ce pays.

Vue de Bruxelles ou de Paris, la question de la dette grecque n’apparaît qu’à travers celle de l’État. Il suffit pourtant de parcourir le programme du parti Syriza pour comprendre que le sujet est d’abord celui de la dette des petites gens, envers les banques et envers l’État. Les jeunes générations subissent ici une double peine avec les faillites parallèles de leur État et de leur famille. En Grèce comme en Espagne, les dettes personnelles excessives ne s’éteignent pas avec la saisie d’un appartement ou une procédure de surendettement. Quand le soutien public s’évapore, que les familles enchaînées n’ont plus que leurs peurs et leurs colères à partager, quel espoir pour une jeunesse au chômage ? Une communauté humaine ne peut se faire voler son avenir indéfiniment sans sombrer dans une apathie économique et démocratique traversée de tentations d’exil, ou de destruction. Ne nous y trompons pas, Syriza est la dernière chance de la démocratie grecque avant que la parole ne soit donnée aux tueurs néonazis d’Aube dorée.

Le choix démocratique du dimanche 25 janvier n’a rien de mystérieux. Les Grecs ont choisi une majorité présentant une double caractéristique : de gauche certes, mais surtout jeune et neuve. Créé en 2004 et clairement proeuropéen depuis les scissions de 2009 et de 2013 qui ont clarifié sa ligne, Syriza n’est autre qu’un Pasok vierge et rajeuni de trente ans. To Potami – vieux de tout juste un an – et Kinima, fondé… vingt jours avant le scrutin par l’ancien président du Pasok, ont recueilli en outre ensemble 9 % des voix. Comprenons-le bien. Pour le camp progressiste la question générationnelle est existentielle, car l’ambition de transformer le lendemain ne peut s’imaginer contre les jeunes générations qui incarnent par définition cet avenir. Le futur des différents partis progressistes en Europe est ainsi directement lié à leur choix d’où situer le curseur entre la dette et la jeunesse, l’innovation et la rente. Aux nombreux incrédules quant à la question générationnelle, le Pasok est un utile « memento mori » et les progressistes français, – encore capable de réussir une synthèse des générations ? – devraient s’interroger sur les limites du référendum que vient de faire la France avec ses pieds le 11 janvier, quand tout le monde n’a pas choisi de défiler.

Quant au projet européen – qui promet solidarité et souveraineté partagée dans le respect des choix démocratique de chaque nation, tout en inscrivant l’indépendance de sa Banque centrale dans les traités – il doit trouver en ce début d’année un fragile chemin pour réussir le basculement générationnel indispensable à son avenir.

Arthur ColinArthur Colin – @ArthurColin

henri lastenouseHenri Lastenouse

Article initialement publié dans La Croix du 10 février 2015

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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