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Tombée des masques en Italie

La langueur de l’économie Italienne, homme malade de l’Europe, a fini par avoir raison provisoirement de son ressort démocratique.

La ligue du Nord est depuis beau temps un mouvement xénophobe, opposé aux étrangers auxquels elle joint les Italiens du Sud. Elle a cherché à se recentrer, à présenter un visage plus aimable, mais à l’orée du pouvoir les symboles réapparaissent. Matteo Salvini revendique ainsi d’être un barbare plutôt qu’un laquais, et le terme résonne drôlement.

Le Mouvement 5 étoiles a longtemps été un inclassable. A sa création, nombre de ses représentants étaient issus de la gauche et nous avions, sans succès, essayé de faire adhérer ses députés européens au groupe des verts. Ceux-ci se sont finalement inscrit dans un groupe des eurosceptiques nationalistes, et ont failli cette année rejoindre les libéraux. Le suivi de leurs votes au Parlement européen les classe cependant plutôt à droite.

Contrairement à ce qu’on lire ici au là, cette coalition gouvernementale ne rassemble pas tant dégagistes de droite et de gauche, sur un modèle Le Pen / Mélenchon, que deux variétés de populisme apparus dans le Nord et le Sud de l’Italie. Cette forme incongrue d’unité nationale pose la question de sa durabilité, compte tenu de l’héritage fondateur de la Ligue. Les premiers couacs entre les partenaires sur le devenir du TGV Lyon-Turin, genre de Notre Dame des Landes local, sont en ce sens un signal à surveiller.

Voici donc sorti le programme officiel et définit, auquel le M5 et la Ligue accordent une importance fondamentale. La nouveauté majeure de la version finale est que l’Italie ne sort plus de la zone Euro (excusez du peu). Mais le premier point qui retient l’attention est un détail de la lutte anticorruption: les franc-maçons ne peuvent être ministres. Certes, la franc-maçonnerie italienne a hébergé des scandales retentissants, certes la corruption endémique en Italie trouve un milieu accueillant dans des réseaux de sociabilité cachés au regard, mais tout de même ça pue ! Lors de la dernière présidentielle française, le dégagisme a irrigué l’ensemble des candidatures, de Fillon qui le théorisa en interne de la droite à Hamon qui en fut un véhicule primaire, et bien entendu Emmanuel Macron et sa répudiation de l’ancien monde. Mais l’exemple français montre précisément que la captation de la méfiance des citoyens envers les « élites » du pays ne tombe pas forcément dans une chasse aux sorcières. Or le spectre de la franc-maçonnerie, avec tous les fantasmes qu’il charrie, autorise précisément cela en Italie et d’autant plus que l’on peut accuser n’importe qui d’être franc-maçon.

Sur le fond, la nouvelle majorité promet la sortie de l’austérité. Pourquoi pas? L’austérité est dans l’ensemble une mauvaise politique qui s’est imposée parce que les marchés financiers coupaient le crédit aux pays du Sud. La BCE et le pacte de stabilité ont permis de contourner ce problème de manière plus ou moins efficace, mais réelle. Le Portugal a récemment montré que l’on pouvait avoir une certaine flexibilité dans ce cadre, et de longue date la France qui pratique une variété particulière d’austérité à 3% de déficit public. Il y’a donc du sens à infléchir les choix économiques de l’Italie dans une certaine mesure.

Mais là, foin d’inflexion, le programme commun est un monument d’absurdité. Les impôts seront rabaissé à une flat tax à deux niveaux: 15% et 20% seulement ! En face côté dépenses, un revenu universel mensuel à 780 €, la relance des investissements publics (mais pas le Lyon-Turin, ou peut-être si), la baisse de l’âge de la retraite dans un des pays les plus vieux d’Europe. De quoi faire exploser tout budget, alors qu’une partie de la dette italienne est dans les faits garantie par les institutions européennes.

Ceci promet un bras de fer violent entre l’Italie, qui est rappelons-le payeur net au budget européen, et les autres pays qui assurent sa dette. Sans se risquer à des pronostics, les turbulences risquent d’être autrement plus violentes qu’avec la Grèce.

 

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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